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28/06/2008

Bernays (V) : Conclusion

Série Bernays, partie V, (I II IIV IV).

V.I. Quel est le monde que nous préparait Bernays ?

À mon avis, l'image même du monde organisé selon les vœux et les méthodes de Bernays, c'est Le meilleur des mondes, celui du roman d'Aldous Huxley. Voici plusieurs points saillants :

  • L'utilisation de la psychologie pour comprendre le fonctionnement de l'humain, générer en lui les désirs que l'on veut qu'il ait, et neutraliser les déviances : dans Le meilleur des mondes, on retrouve clairement ces tendances : le conditionnement néo-Pavlovien pour faire associer certaines émotions à certains objets aux individus, pour qu'ils aient les goûts pour lesquels ils sont prédestinés, les maximes hypnopédiques répétées aux enfants pendant leur sommeil pour qu'ils intériorisent l'ordre social, etc.
  • L'exhortation à la consommation perpétuelle : avec ce slogan que l'on répète hypnopédiquement : "mais les vieux habits sont affreux, nous jetons toujours les vieux habits", "plus on reprise, moins on se grise; plus on reprise, moins on se grise; plus on reprise, moins on se grise", "mieux vaut finir qu'entretenir; mieux vaut finir qu'entretenir; mieux vaut finir qu'entretenir;", "comme j'aime avoir des vêtements neufs ! comme j'aime avoir des vêtements neufs ! comme j'aime avoir des vêtements neufs !"
  • Le sacrifice de toute les autres dimensions de l'humain au profit de celle de la satisfaction de son désir : comme le slogan "happyness machines" de Bernays résonne bien avec les propos de Mustapha Menier !


Il y a aussi, bien sûr, des grosses différences entre le meilleur des mondes et celui de Bernays. Alors que le monde de Bernays repose sur l'entretien permanent de la frustration, celui d'Huxley repose sur sa suppression : ne jamais resentir de manque, consommer du soma en cas de tristesse, ...

Il est intéressant de savoir qu'Aldous Huxley a beaucoup travaillé sur les stratégies de manipulation des masses. Son livre, Retour au meilleur des mondes, fournit une bonne occasion de faire un pont entre Le meilleur des mondes et Propaganda.

V.II. Pourquoi Bernays est-il beaucoup plus dangereux que Sarkozy ?

Plutôt que de toujours parler de Sarkozy, mieux vaudrait parler de Bernays et de ses comparses. Pourquoi ? La raison est simple : vaut-il mieux penser que, si tout va mal dans ce monde, c'est de la faute à un méchant monsieur, ou a des processus économiques qui se sont généralisés et des manières d'agir qui ont été intériorisés par la majorité de la population ? Vous devinez quelle réponse je préfère.

Sarkozy n'est qu'un pantin, une marionnette, au service d'intérêts qui le dépassent largement et qu'il ne comprend sûrement même pas. Le seul véritable danger qu'il représente est qu'il sert d'écran à la critique politique : son rôle est de couvrir l'ensemble de la surface médiatique pour que toutes les critiques fusent sur ses actions anecdotiques et spectaculaires (ses montres en or et son "casse-toi pauvre con !"), pendant que, derrière, certains propagent la véritable politique réactionnaire en modelant nos désirs et nos actions. Sarkozy est une diversion déstinée à nous empêcher de nous intéresser à des gens comme Bernays et à tenter de lutter contre eux.

Bernays, au contraire, a été l'artisan de la propagation du système tel qu'on le connaît actuellement. Bernays a eu énormément plus d'influence sur notre siècle que n'importe quel politicien, puisqu'il a façonné les manières d'agir de la masse. Observons rapidement les changement que lui et ses collègues ont introduits dans notre siècle :

  • D'un point de vue très concret, il a poussé au développement de l'industrie dans les pays riches : il fallait que celle-ci trouve un désir de consommer chez les masses pour pouvoir écouler sa production et prospérer. Si les gens avaient continué à consommer comme il y a cent ans, non pas qualitativement (consommer les mêmes produits et se priver des avancées de la science), mais quantitativement (consommer autant de produits, avec les mêmes critères de durabilité, mais des produits qui peuvent être issus des avancées technologiques), les industries n'auraient tout simplement pas pu se développer comme elles l'ont fait, la majorité de la population d'une certaine époque n'aurait pas travaillé en usine, certaines avancées qualitatives n'auraient pas vu le jour, le paysage et l'urbanisme n'auraient pas été les mêmes, etc. Le développement du désir de consommer toujours plus de produits industriels chez les masses a été un des leviers qui ont façonné le monde tel qu'il est aujourd'hui.
  • Du point de vue des représentations qu'ont les acteurs sociaux, son rôle a été considérable : il a généralisé l'idée que le bonheur s'épanouissait dans la consommation, celle que la bonne santé de la démocratie reposait sur l'industrie, celle que les masses sont soumises à des pulsions irrationnelles qui obligent à les gouverner sans qu'elles s'en rendent compte, et d'une manière générale, a développé l'attitude consumériste. L'attitude consumériste est celle de l'individu qui se comporte désormais en client non seulement dans un magasin, mais aussi par ce qu'il demandes aux politiques, la manière dont il agit dans son cercle privé, dans un mouvement social, etc. Ces représentations sont d'autant plus indécrottables aujourd'hui qu'elles sont désormais perçues comme des évidences, or on le sait bien : plus une idée est évidente, moins on s'arrête sur elle pour l'examiner.

(Res)Sources :

  • Propaganda, le livre de Bernays qui expose les principes de sa stratégie, est disponible sur internet, en français (voir aussi le bonus) et en anglais. La traduction française comporte une bonne préface de Normand Baillargeon dont sont tirées un certain nombre d'informations de cet article. Elle comporte en outre une bibliographie et "internetographie" très complètes. Il est aussi possible de l'acheter en librairie.
  • Citons aussi deux émissions de §§là-bas si j'y suis§§ consacrées à Bernays, à télécharger sur internet : Propaganda, d'Edward Bernays, Chomsky et Cie (2), et Petit cours d'auto-défense intellectuelle.
  • Il existe aussi un excellent documentaire (en anglais malheureusement) /Century of the Self/, d'/Adam Curtis/. Seuls les deux premiers volets concernent Bernays, mais les deux autres aussi sont excellents. Bon nombre d'informations présentes dans cet article viennent de ce documentaire, elles ont été ici traduites en français et mises à l'écrit pour ceux que la compréhension orale de l'anglais rebuterait.
    • Le tome 1 concerne exclusivement la vie de Bernays jusqu'à la seconde guerre mondiale.
    • Le tome 2 concerne le développement des relations publiques aux États-Unis après la seconde guerre mondiale, les considérations politiques sous-tendues par ses promoteurs (notamment Bernays), la vision d'Anna Freud sur l'utilisation de la psychanalyse pour le contrôle de l'individu.
    • Le tome 3 concerne le mouvement de contestation du consumérisme comme produit des relations publiques à partir de 1968 et plus tard, puis la manière dont ces revendications ont été finalement récupérées par les publicitaires et autres contrôleurs des masses.
    • Le tome 4 concerne la manière dont cette vision du consumérisme a forgé un individu consommateur au détriment de l'individu citoyen, et comment la gauche anglaise et américaine, en voulant s'adapter à cette nouvelle personnalité, s'est fourvoyée dans une conception clientéliste de la politique qu'elle ne parvient plus à dépasser aujourd'hui.
  • Vous trouverez quelques articles sur Bernays, notamment ici, et ici. On trouve aussi des choses sur le bog de Normad Baillargeon, notamment sa préface de Propaganda (la même que sur Zones) et un extrait du film Chomsky et Cie où il parle de Bernays.
  • Enfin, certaines informations ont été glanées ça et là sur internet, notamment sur wikipedia.

07/05/2008

Bernays (IV) : une lecture de Propaganda

Ce texte est la suite de Bernays (IIV)  : De Freud à Bernays

« La propagande ne cessera jamais d'exister. Les esprits intelligents doivent comprendre qu'elle leur offre l'outil moderne dont ils doivent se saisir à des fins productives, pour créer de l'ordre à partir du chaos. »

Propaganda est un livre dont je vous conseille la lecture. Il est truffé d'anecdotes intéressantes (de la guerre du dentifrice aux soirées de la femme de présidents de banques en passant par l'industrie du velours, ou l'engouement pour les pianos) et facile à lire. Il est disponible gratuitement sur internet.

Bernays a plus d'un tour dans son sac : en même temps qu'il a pour but de convaincre les industriels de l'efficacité de la propagande pour la manipulation des masses, il doit assurer envers le grand public la crédibilité de son entreprise, sans quoi elle perd toute efficacité. Il doit donc montrer qu'elle est efficace d'une manière qui la rend encore plus efficace. Pour s'y prendre, il fait de la propagande au carré, de la propagande pour la propagande : il s'efforce de nous démontrer son utilité social et son caractère émancipateur, alors même qu'elle devra servir à aliéner les masses pour servir les intérêts de ceux qui sont déjà les plus puissants. C'est cette contradiction qui donne un ton si particulier au texte : sous les formulations les plus candides se cachent les projets les plus inavouables, les fantasmes les plus dominateurs, les opinions les plus élitistes (cf. le chapitre 7 sur le rôle des femmes en politique : derrière des phrases prétendant concéder à la femme le droit de participer elle aussi à la politique se cache en fait un machisme féroce qui ne l'autorise qu'à s'occuper de la décoration des jardins publics et la santé des nouveaux-nés.). On retrouve toujours cette contradiction chez Bernays : comment faire l'éloge de quelque chose (la démocratie, la femme) pour mieux le renverser.

Cette page présente quelques extraits saillants de l'état d'esprit de Bernays, en même temps qu'un résumé des chapitres qui s'en tient aux arguments et non aux exemples. Si elle peut contribuer à vous donner envie de lire le livre, et vous permettre de le faire avec un certain œil critique, je serai content. bien souvent, je ne fais que synthétiser ce que dit Bernays lui-même, considérant que le lecteur est assez grand pour faire lui-même sa critique. Mais ce n'est pas parce que je ne critique pas que je suis d'accord...

I. Organiser le chaos

« Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »

La société d'aujourd'hui (les États-Unis en 1929) serait devenue tellement complexe que, même si nous vivons en démocratie, nous sommes obligés de nous soumettre à des gens haut placés chargés de nous dire quoi faire.

Par exemple, on ne pourrait pas s'y retrouver si on avait à choisir entre des milliers de candidats individuels aux élections, il faut faire confiance à un parti pour qu'à la fin il n'en reste plus qu'entre deux et quatre à élire. De même, on ne peut comparer soi-même les prix et qualités de milliers de versions concurrentes qui nous sont proposées d'un même produit : nous devons faire confiance aux propagandistes.

Une société aussi complexe que la notre ne peut se passer de gens pour choisir à la place du peuple ce qu'il devra choisir. Bien sûr, cela peut mener à quelques dérives, mais c'est le prix à payer pour que quelques personnes mettent de l'ordre dans le chaos de notre société.

II. La nouvelle propagande

« Il est désormais possible de modeler l'opinion des masses pour les convaincre d'engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. »

La propagande est simplement une technique qui vise à influer sur l'opinion de la majorité, pour la faire aller en direction des désirs d'une minorité. Le terme a acquis une connotation négative après la première guerre mondiale, pourtant ce qui est à blâmer n'est pas la propagande en-soi, mais les cas où l'on en fait un mauvais usage.

La propagande peut donc aussi être utilisée à bon escient, par exemple pour convertir les mentalités à des causes progressistes, pour sauver une industrie de la faillite et par conséquent les emplois qui y sont liés.

Aujourd'hui la propagande est partout, elle est utilisée par tout le monde dès lors qu'il s'agit d'entreprendre une action. C'est la structure actuelle de la société qui rend nécessaire le recours à la propagande, puisque l'adhésion de la population est nécessaire pour tout grand projet. Vouloir blâmer la propagande en elle-même serait donc un non-sens.

IIV. Les nouveaux propagandistes

« Qui sont les hommes qui, sans que nous en ayons conscience, nous soufflent nos idées, nous disent qui admirer, et qui mépriser, ou ce qu'il faut penser de la propriété des services publics, des tarifs douaniers, du prix du caoutchouc, du plan Dawes, de l'immigration ? qui nous indiquent comment aménager nos maisons et comment les meubler, quels menus doivent composer notre ordinaire et quel modèle de chemise il est de bon ton de porter ? ou encore les sports que nous devrions pratiquer et les spectacles que nous devrions voir, les œuvres de bienfaisance méritant d'être aidées, les tableaux dignes d'admiration, les argotismes à glisser dans la conversation, les blagues censées nous faire rire ? »

Ceux qui font l'opinion et les goûts sont les individus jouissant d'un certain prestige (politiciens connus, vedettes, ...). Mais ces mêmes individus suivent les conseils ou les ordres d'autres personnes vivant dans l'ombre (conseillers, ...), qui constituent le véritable gouvernement invisible.

« Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d'êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d'habiles personnages agissant en coulisse.

Plus important encore, nous ne réalisons pas non plus à quel point ces autorités façonnent à leur guise nos pensées et nos comportements. »

Du fait du coût de ces opérations de façonnage de l'opinion, seuls les individus ou entreprises possédant déjà un certain pouvoir ont les moyens de se les offrir. De plus en plus, ils font appel à des individus dont c'est le métier, qui maîtrisent déjà les canaux de l'information : les Conseillers en Relations Publiques.

Ceux-ci ne se contentent pas d'élaborer un slogan pour qu'il paraisse aguicheur, comme un simple propagandiste. Leur tâche principale consiste à évaluer le terrain des opinions, soit savoir ce qui est bien vu et ce qui est mal vu au sein d'un groupe social donné, afin de conformer l'image de son client à l'image qu'a le public de ce qui est considéré comme bien. D'une part le conseiller en relations publiques doit faire en sorte que l'offre de l'industriel corresponde vraiment à la demande formulée par ses clients, d'autre part il doit faire en sorte que les clients trouvent un intérêt dans ce qu'offre l'industriel.

Du fait de sa position, le conseiller en relations publiques ne peut pas être malhonnête, ni en faisant le choix de défendre des clients immoraux, ni dans les techniques qu'il emploie, puisque sa marge de manœuvre provient précisément de sa crédibilité, et qu'il ne peut pas se permettre de remettre celle-ci en question.

IV. La psychologie des relations publiques

« D'où, naturellement, la question suivante : si l'on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu'elles s'en rendent compte ?

La pratique de la propagande a récemment prouvé que c'était possible[...] »

La psychologie des foules montre que celles-ci ne se comportent pas exactement comme les individus isolés. Pour autant, chaque individu isolé possède toujours en lui sa part de "membre d'une foule" et se comporte toujours en tant que tel. L'appartenance à une foule n'est donc pas le fait physique de se trouver en compagnie d'autres personnes, mais le fait psychique de se comporter aussi selon des pulsions grégairement motivées.

Il est possible de dégager les grands traits d'un comportement au sein d'une foule : les individus auront tendance à imiter un leader en qui ils ont confiance. Elle peut prédire qu'un certain type d'évènement a certaines chances de susciter un certain type de réaction, mais demeure incertaine car elle ne peut pas prendre en compte la totalité des évènements qui interagissent pour former le jugement.

Lorsqu'un individu fait un choix (acheter une voiture, des actions, ...), il existe toujours une raison explicite qu'il invoque et qu'il croit être la seule raison de son choix car c'est la seule à laquelle il a accès. Mais il existe aussi des raisons implicites, inaccessibles à l'individu, qui concernent sa relation au désir et à sa frustration, et la manière dont il associe tous les actes de sa vie quotidienne à ce désir.

« Selon le schéma en usage autrefois, le fabricant suppliait l'acheteur potentiel : « Achetez-moi un piano, s'il vous plaît ! » Aujourd'hui, le schéma s'est inversé et c'est l'acheteur potentiel qui dit au fabricant : « Vendez-moi un piano, s'il vous plaît. » »

Alors que le propagandiste de la vieille école utilise les techniques behaviouristes de conditionnement (la répétition d'un stimulus, la prise à partie individuelle, ...), le propagandiste de la nouvelle école se fonde sur les travaux de Freud concernant l'association inconsciente des objets avec le désir. Plutôt que de concevoir sa publicité sous forme d'ordres envers ses clients, elle tentera de voir ce qui leur inspire confiance et sympathie (la position du médecin, la noblesse d'une cause, la popularité d'une vedette, ...), puis de faire en sorte que ce sentiment de sympathie soit associé au produit à vendre. Le client aura donc l'impression que c'est de lui-même qu'il va vers le produit, puisque c'est son désir qui le guide vers le produit, et non une injonction à consommer; mais en réalité son désir aura été façonné sans qu'il s'en rende compte par les publicitaires.

V. L'entreprise et le grand public

« Ce type d'argument de vente bien spécifique sera ensuite popularisé par la manipulation des principes bien connus du propagandiste – le grégarisme, la soumission à l'autorité, l'émulation, etc. »

Aujourd'hui, l'entreprise doit se soucier de son image auprès du grand public, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, car certains scandales des années passées ont rendu l'opinion vigilante au comportement des entreprises. Deuxièmement, car la production de masse implique une consommation de masse : plus on produit, plus il faut inciter le client à acheter. Troisièmement, la publicité peut aujourd'hui atteindre une population plus grande et peut l'atteindre plus efficacement. Quatrièmement, les entreprises sont aujourd'hui cotées en bourse, et c'est de leur image que dépendra le choix d'acheter ou de vendre leur actions : une rumeur à leur sujet peut être fatale au cours de leurs actions.

Il existe deux manières principales d'influer la vision qu'un consommateur a d'une entreprise :

« L'interprétation continue répond à la volonté de maîtriser les différentes façons de toucher l'opinion, en sorte de lui faire éprouver l'impression voulue, le plus souvent à son insu. L'exaltation des points forts vise quant à elle à capter l'attention du public pour la fixer sur un détail ou sur un aspect caractéristique de l'entreprise tout entière ; »

Aujourd'hui, l'opinion juge une entreprise sur la qualité de ses produite, mais aussi sur la personnalité de son président, la vie mondaine de sa femme, la qualité de vie de ses employés, etc. Une entreprise doit se conformer aux usages sociaux du public qu'elle cible en adoptant, dans sa manière de communiquer, les valeurs en usage au sein du milieu en question.

Il ne s'agit pas, pour le propagandiste, de dresser un portrait flatteur mais mensonger de l'entreprise, ses produits, son président; au contraire il s'agit d'amener à la connaissance du consommateur un certain nombre d'éléments sciemment choisis. Lorsque le propagandiste promeut un produit en l'associant à la justesse d'une cause sociale, il favorise en même temps un engouement pour cette cause, et ce faisant joue un certain rôle social.

« Le principe voulant qu'il existe un commun dénominateur entre les intérêts du vendeur et ceux des acheteurs peut être décliné à l'infini. » : il est dans l'intérêt de l'entreprise de montrer qu'elle œuvre dans l'intérêt du client.

Aujourd'hui, la concurrence n'a plus lieu simplement entre deux marques qui produisent un même produit, mais entre les produits entre eux, qui se battent pour le portefeuille du consommateur : dépensera-t-il son argent dans une voiture ou un piano ? L'un est en concurrence avec l'autre. De même, l'adoption d'un certain bien ou service peut modifier les habitudes de vie pour pousser à se passer d'un autre type de bien ou de service.

De plus, la concurrence entre produits industriels tend généralement vers une baisse de plus en plus grande des prix, qui n'est finalement pas profitable aux producteurs en concurrence. Pour sortir victorieux de la concurrence, mieux vaut le faire en se démarquant par un argument stylistique particulier plutôt que par l'argument du prix bas. Ainsi, on peut continuer à vendre son produit à son prix de départ.

VI. La propagande et l'autorité politique

« On peut amener une collectivité à accepter un bon gouvernement comme on la persuade d'accepter n'importe quel produit. »

Un des problèmes de la politique actuelle est que les politiciens se sentent obligés de s'inféoder à l'opinion du peuple. Or cette opinion est elle-même façonnée par des personnages influents. En jouant sur ce façonnage de l'opinion, le politicien pourrait la contrôler plutôt que de s'y soumettre : il n'adapterait plus son programme à ce que veut le peuple, mais adapterait ce que veut le peuple à son programme.

Les méthodes de propagande moderne sont nées de la politique, en temps de guerre, puis ont été ré-utilisées et affinées par l'industrie, mais la politique n'a pas su tirer en retour les bénéfices de ces améliorations de la propagande par les entreprises. La politique croit qu'elle peut convaincre en se contentant de discours, sans réaliser qu'elle aurait beaucoup plus d'impact en recourant aux émotions.

Voici la stratégie que devrait suivre un politicien : se fixer un but en sondant le terrain des opinions pour savoir quelle popularité ont les objectifs affichés, puis tendre à rapprocher l'un de l'autre, soit en façonnant l'opinion pour que ses préoccupations en viennent à correspondre au programme, soit en modifiant le programme et le discours pour qu'il s'adapte à la réceptivité du public.

« Ainsi, quelle que soit la manière dont il s'y prenne il réussira à attirer l'attention sur le problème avant de s'adresser en personne au public. Le jour où il parlera à la radio, il n'aura donc pas besoin de marteler ses arguments à ces millions de gens qui ont sûrement d'autres sujets de préoccupation, et pourraient s'offusquer qu'on vienne encore les solliciter. Son discours répondra au contraire aux questions qu'ils se posent spontanément ; il exprimera les attentes et les émotions d'un public déjà en partie gagné à sa cause. »

Les politiciens devraient intégrer de manière plus rigoureuse les frais de relations publiques au sein de leur budget de campagne, mais aussi une fois au pouvoir. Il devrait exister une instance spéciale chargée de veiller en permanence au lien entre le public et les gouvernants.

Non seulement le politicien doit élargir la palette des émotions qu'il entend toucher au sein de son public, mais de plus il doit veiller à ce que l'émotion suscitée soit adaptée et corresponde à un message, un style, faisant partie intégrante de son programme et ses objectifs de communication, qu'il entend transmettre.

Le politicien a tout à gagner en diversifiant les supports sur lesquels il opère sa propagande : aux médias habituels, il peut ajouter l'organisation d'évènements culturels, et tenter de s'adjoindre le support de personnalités diverses de la communauté qui ne versent habituellement pas dans la politique.

« Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la voie, elle doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider. »

VII. La propagande et les activités féminines

« De même que dans la vie privée les femmes complètent les hommes, elles les compléteront dans la vie publique en concentrant systématiquement leurs efforts sur ces objets qu'ils ont tendance à négliger. Un espace immense s'ouvre aux femmes désireuses d'être les protagonistes de nouvelles idées et de nouvelles méthodes dans l'administration politique et sociale du foyer. »

En politique, les femmes ne doivent pas empiéter sur le terrain des hommes, ceci pour deux raisons :

- « Elles ont, dans l'ensemble, des centres d'intérêt et des activités bien à elles, qui s'ajoutent à leurs occupations économiques et professionnelles. »

- « La position que les Américaines occupent aujourd'hui dans la sphère politique est beaucoup plus importante du point de vue de l'influence des divers groupes qu'elles ont constitués que du point de vue de l'autorité individuelle découlant des positions de pouvoir ou des charges qu'elles occupent. La femme politique n'a jamais eu beaucoup d'ascendant, jusqu'à présent, et les femmes en général estiment d'ailleurs que ce n'est pas là le plus important. »

Autrement dit : laissons les hommes s'occuper des choses sérieuses, et laissons-les jouir de leur charisme individuel, qui fait tant défaut aux femmes. Est-ce à dire que les femmes n'ont aucun rôle à jouer en politique ? Bien sûr que non ! Elles sont aujourdh'hui organisées en multiples clubs, groupes et organisation, et en usant des méthodes de la propagande plutôt qu'en faisant réellement de la politique, elles peuvent aussi avoir une influence.

« Aussi étonnant que cela paraisse, il était somme toute logique que les dernières recrues du monde politique s'emparent des armes neuves de la persuasion pour contrebalancer leur inexpérience dans ce qu'on appelle, par euphémisme, la « pratique » politique. »

Attention, comme nous l'avons dit plus haut, elles ne doivent pas traiter des sujets sérieux dont traitent les hommes. Par contre, il leur est tout à fait loisible de prendre des initiatives dans les domaines qui les concernent : la protection maternelle et infantile, l'assistance sociale, ...

« D'une portée très large, elles vont de la protection des enfants aux tâches domestiques, en passant par l'éducation, la cherté de la vie, les rémunérations des métiers féminins, la santé et la moralité publiques, l'émancipation civique et juridique des épouses, etc. »

Les femmes sont aussi jugées compétentes pour s'occuper politiquement de tout ce qui a trait à la vie du foyer, à l'art, la musique, et la littérature, « à la santé et à l'hygiène ; à l'approfondissement des connaissances artistiques ; à l'adoption de lois visant à améliorer le sort des femmes et des enfants ; à l'aménagement de terrains de jeu et à l'embellissement des jardins publics ; à la moralité sociale ou politique ; aux tâches ménagères et à l'économie domestique ; à l'éducation, et ainsi de suite. »

Parmi les actions glorieuses qu'elles peuvent commettre : l'organisation de cours de cuisine, le soutien à un mouvement pour la distribution de lait dans les écoles, ou l'ouverture d'un centre de soins pour les enfants en bas âge, le soutien à une radio locale pour qu'elle passe de la musique de qualité, l'organisation d'expositions ou de dissertations, ... Bref, les questions cruciales de la vraie politique, quoi !

IIX. La propagande au service de l'éducation

« La prospérité d'une université d'État dépend en définitive de sa capacité à se vendre à ses bailleurs, autrement dit à la population de l'État. »

Le système éducatif se trouve face à un dilemme : d'une part, il joue un rôle très important et il conviendrait de le doter de moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. D'autre part, il souffre d'une certaine déconsidération au sein de la population et des chefs d'entreprises, et c'est la raison pour laquelle il n'obtient pas les fonds nécessaires.

Ceci vient d'une mauvaise vision du système éducatif par les deux partis : à l'extérieur de celui-ci, les critères de "ce qu'est une vie réussie" poussent à admirer beaucoup plus un cadre qu'un professeur, qui gagne peu; et à l'intérieur-même de celui-ci, les professeurs vivent dans une forme de mépris de l'argent et négligent la nécessité d'être bien perçus pour pouvoir attirer des fonds et enseigner correctement.

« La formation qu'ils reçoivent dans les écoles normales devrait les amener à réaliser que leur tâche comporte en fait deux volets : l'enseignement à dispenser aux élèves en tant que professeur, et l'enseignement à dispenser à l'opinion en tant que propagandiste. »

Les établissements d'enseignement devraient donc pratiquer la propagande en faveur de l'éducation en général, et d'eux-mêmes en particulier, en jouant sur leurs particularités. Telle Université a-t-elle mauvaise presse ? Soit cette mauvaise presse n'est pas justifiée, et alors la corriger ne pose aucun problème, soit cette mauvaise presse est justifiée, et l'Université doit alors elle-même se corriger pour se conformer aux attentes de la population.

« Considérée sous l'angle de l'éthique, la propagande entretient avec l'enseignement le même rapport qu'avec l'entreprise ou avec la politique. Elle peut, c'est vrai, être dévoyée, utilisée pour flatter la réputation d'une institution et lui conférer dans l'opinion une valeur artificielle. Rien ne permet de garantir qu'elle ne sera pas abusivement employée. »

IX. La propagande et les œuvres sociales

« Autrefois, c'étaient les chefs de tribu, les rois, les dignitaires religieux qui créaient ou modifiaient l'opinion publique. Aujourd'hui, tout le monde partage ce privilège. »

La propagande est nécessaire non seulement à la propagation des idées humanistes mais aussi à la levée de fonds par les plus riches pour les œuvres sociales.

« En réalité, toutes les activités de nature sociale relèvent de la propagande. [...] En définitive, le service social peut être défini comme une propagande humaniste. »

Elle permet de diffuser les idées progressistes qui amélioreront la vie de demain. Sans elle, l'évolution l'opinion publique se heurte à l'inertie des idées. Elle permet à n'importe qui ayant une démarche altruiste de communiquer son message au public.

X. L'art et la science

« Les industriels n'ont donc pas d'autre solution que de créer dans de nombreux secteurs des conditions concurrentielles fondées sur des valeurs esthétiques. Des entreprises de tous ordres capitalisent sur ces valeurs ; elles capitalisent sur le sens du beau pour s'ouvrir des marchés et augmenter leurs bénéfices. Ce qui revient à dire que l'artiste a maintenant l'occasion de collaborer avec l'industrie et de cultiver ce faisant le goût du public, d'injecter de la beauté en place de la laideur dans des articles d'usage courant, et d'y gagner par-dessus le marché de la reconnaissance et de l'argent. »

L'art peut aujourd'hui s'allier à l'industrie pour être mieux diffusé. Il constitue une valeur ajoutée sur les produits qui leur procure un avantage concurrentiel, leur permettant ainsi de mieux se vendre, et favorisant l'éducation esthétique du peuple.

La propagande artistique consiste à rendre médiatiquement visible un évènement où des personnalités reconnues vanteront les mérites d'un certain type de produit dans un cadre artistique glorieux. Ceci aura pour effet d'éduquer le peuple à apprécier ce qui leur sera suggéré par les autorités reconnues, au travers des médias.

Les musées aussi peuvent user de la propagande pour inciter les gens à les fréquenter. Mais le principal but de la propagande pour les musées doit être de façonner les goûts en conformité avec ce qu'ils y représentent.

« Pourquoi n'instituerait-il pas un haut conseil des arts, chargé de préciser les règles du beau dans la décoration intérieure, en architecture et dans la production commerciale ? »

« Ce qui vaut pour l'art vaut également pour la science, pure ou appliquée. La première fut longtemps protégée et couvée par des sociétés savantes et des associations scientifiques. Aujourd'hui, l'industrie aussi la soutient et l'encourage. Bien des laboratoires de recherche théorique abstraite sont désormais rattachés à une grande entreprise, qui n'hésite pas à consacrer des centaines de milliers de dollars à ces hautes études scientifiques, dans l'espoir qu'elles débouchent un jour sur une invention ou une découverte en or. »

La science et l'industrie gagnent à collaborer : pour la première, l'industrie lui permet des fonds supplémentaires et la propagation de ses résultats au sein du grand public, pour la seconde, la science est un investissement qui permet de rapporter gros lorsqu'il débouche sur une nouveauté technologique.

XI. Les mécanismes de la propagande

Il existe plusieurs types de supports pour la propagande : notamment les journaux, les conférences, le cinéma :

« Il n'y a pas si longtemps, les rédacteurs de presse s'offusquaient de ce qu'ils appelaient « l'utilisation des colonnes des journaux à des fins de propagande ». [...] Aujourd'hui, [...] il n'est ni dans les attributions ni de la responsabilité d'un journal de garantir que rien de ce qu'il publie ne sert les intérêts de qui que ce soit. [...] Telle est la dure loi de l'actualité. »

« Les conférences n'ont plus tout à fait le même pouvoir de persuasion que jadis, et leur valeur s'est réduite à celle, toute symbolique, d'un cérémonial. La seule chose qui compte, pour les objectifs visés par la propagande, est qu'elles aient lieu. »

« Dans notre monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Il n'a pas son pareil pour propager idées et opinions.

Le cinéma a le pouvoir d'uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. [...] Le cinéma ne sert que les idées et les faits à la mode. »

L'école est aussi un lieu dans lequel les industriels peuvent promouvoir leur produit (cf. ici et ici ce qu'en pensent les casseurs de pub)

« La diffusion d'informations scientifiques peut éventuellement passer par l'école. Le fait qu'une entreprise en bénéficie parce que cela contribue à éclairer la nature de ses activités ne condamne pas en soi ce mode de dissémination de l'information, pourvu que celle ainsi traitée ait toute sa place dans les programmes d'étude. Imaginons une boulangerie industrielle qui proposerait à une école des tableaux et des graphiques décomposant le processus de fabrication du pain ; si les explications sont exactes et claires, cette propagande n'a rien de répréhensible, étant entendu que les autorités scolaires auront soigneusement soupesé les qualités pédagogiques de ces documents avant de les accepter. »

Pour finir, en cadeau pour ceux qui sont allés jusqu'au bout, une petite note qui a comme une allure de verité à notre époque... devinez à qui je pense !

« La personnalité des dirigeants est un autre instrument de choix de la propagande. La tactique qui consiste à exploiter les traits de personnalité aurait-elle été poussée trop loin ? Il y a lieu de le craindre, au vu des photographies montrant le président Coolidge en grand attirail de chef indien au milieu de guerriers peau-rouge bon teint – images qui marquent le point culminant de vacances abondamment commentées dans la presse. Un personnage public peut devenir absurde si l'on utilise à contretemps le mécanisme qui a contribué à lui donner son ascendant. »

La suite : Bernays (V) : Conclusion

26/04/2008

Bernays (IIV) : De Freud à Bernays

Ce texte est la suite de "Bernays en exploits".

Nous tenterons de mettre à jour le soubassement théorique des agissements de Bernays, en partant des concepts qu'il a empruntés à Freud. Pour les deux notions clés que sont celle d'inconscient et celle de désir, nous procéderons de la même manière. Dans un premier temps, nous rappellerons brièvement leur teneur dans la théorie freudienne, puis nous verrons l'interprétation particulière que Bernays leur donna, et enfin nous discuterons la justesse de cette interprétation.

I. La notion d'inconscient

I.1. Chez Freud

Une des idées principales portées par Freud est celle selon laquelle il existe des causes latentes qui agissent en nous sans que nous en ayons conscience et donc sans que nous puissions raisonner à leur propos. Dire que ces causes sont inaccessibles, c'est dire deux choses : premièrement, nous ne pouvons pas en avoir connaissance, deuxièmement, nous ne pouvons pas les modifier.

I.1.1. la connaissance de l'inconscient

L'homme se situe dans l'illusion de la transparence à lui-même : il croit qu'il est capable de connaître, donc d'expliquer, tout ce qui se joue en lui et qui détermine ses comportements. Ainsi, on trouve toujours une bonne explication bien concrète à propos des motifs apparents de nos actions. Or, une des hypothèses de Freud est qu'il existe en nous des rouages qui nous poussent à agir mais auxquels nous n'avons pas accès. C'est ce que Freud voulait dire en introduisant la notion d'inconscient, terme qui n'est pas forcément bien choisi, mais qui a le mérite de montrer que certaines choses sont soustraites aux données directes et immédiates de la conscience. C'est ce qui, pour certains, a été si difficile à entendre dans le message de Freud : si jamais nous n'avons pas accès à tout ce qui détermine notre comportement et nous ne pouvons pas modifier cette partie de nous, alors nous ne sommes pas libres ! Car dire qu'il existe un inconscient, c'est aussi dire que toutes nos actions ne sont pas seulement déterminées par les choix que nous faisons explicitement, et pour les motifs apparents que nous donnons : certaines de nos actions proviennent de quelque chose en nous qui nous reste inaccessible.

Il y a là l'impression angoissante de ne plus vraiment être "le maître du jeu". Non seulement nous ne pourrions jamais connaître ce qui nous pousse réellement à agir, mais en plus, nous ne pourrions jamais modifier ceci !

I.1.2. la modification de l'inconscient

Or, justement le but de la psychanalyse est de fournir un certain nombre de techniques qui donnent accès à cette partie implicite en nous-mêmes, pour pouvoir avoir prise sur la manière dont elle détermine nos comportements. Ces techniques d'accès sont celles qui sont utilisées dans la cure psychanalytique : la libre association, l'interprétation des rêves, la traque aux lapsus et autres actes manqués, ... La manière d'avoir prise sur cet inconscient est la suivante : au fur et à mesure que l'on a accès au plus profond de nous-mêmes, nous prenons conscience de certaines tendances en nous, et si nous en avons pris conscience, c'est précisément qu'elles ne font plus partie de l'inconscient. Si nous prenons conscience de certains déterminismes qui nous poussent à agir, il semble que ceux-ci deviennent un peu moins déterminants (mais il reste toujours quelque chose dans l'inconscient, et l'on ne se libère jamais complètement). Par exemple, si je comprends que telle phobie tient à un traumatisme dans mon enfance, je ne suis pas pour autant forcément libéré de cette phobie, mais au moins je ne suis plus ballotté par quelque chose que je ne comprends pas : dès lors que je peux prendre un certain recul sur mes tendances, je peux, dans une certaine mesure, avoir un certain contrôle sur elles. La psychanalyse, en même temps qu'elle dit aux gens "vous n'êtes pas vraiment libres car vous avez un double fond", leur dit aussi "vous pouvez vous libérer en tentant d'accéder à ce double fond".

Mais l'on voit bien que, si ce double fond détermine effectivement nos actions sans que nous en ayons véritablement conscience, on peut vouloir accéder au sien propre pour se libérer, ou au contraire accéder à celui des autres pour les assujettir...

I.2. La réinterprétation politique de l'inconscient par Bernays

La notion d'inconscient a été réinterprétée sous ses deux aspects par Bernays : du fait que l'homme ne connaissait pas et donc ne maîtrisait pas ce qui le poussait à agir, Bernays en a tiré la conclusion que le comportement des individus était irrationnel, par conséquent qu'il était légitime de les manipuler. Du fait que l'inconscient pouvait déterminer les comportements, et que certaines techniques permettaient d'y avoir accès, il a déduit que l'on pouvait pousser les gens à agir d'une certaine manière sans qu'ils s'en rendent compte. L'inconscient a donc été réutilisé à la fois pour sa signification anthropologique sur la valeur de l'homme et pour son influence causale sur les comportements, ces deux points correspondant à peu près au fait que l'inconscient soit inaccessible et à celui qu'il détermine nos actions.

I.2.1. l'inconscient prouve que les hommes ne sont pas libres

L'idée selon laquelle les actions des hommes étaient guidées par des pulsions ancrées profondément en eux et non par leur simple capacité à délibérer amena Bernays à penser que les individus (du moins les plus communs) n'étaient pas fiables. On ne pouvait pas leur confier la bonne marche de la société. La démocratie devait être révisée. Pourtant, les individus n'accepteraient pas que l'on s'empare du pouvoir et qu'on les en prive ainsi : il fallait maintenir le discours démocratique et l'illusion de démocratie (cf. la Democracity dans l'article 2).

Comment alors décider à la place des gens tout en leur laissant l'impression que ce sont eux qui décident ? En les manipulant. Les hommes ont des peurs profondes et des comportements irrationnels et non propices à la vie sociale : soit l'on se laisse submerger par eux, soit on les exploite afin de les contrôler. En leur faisant faire les choix que l'on veut qu'ils fassent, mais en leur laissant l'impression que c'est de leur plein gré qu'ils le font. La véritable aristocratie consistera en un gouvernement invisible (cette notion est présente au chapitre 1 (organiser le chaos) de son livre "Propaganda"), composé de publicitaires, conseillers en relations publiques, etc, qui modifiera en profondeur et de manière sous-jacente les opinions des gens, pour qu'ils adoptent celles que l'on veut qu'ils adoptent.

Ceci semble tout à fait justifié aux yeux de Bernays : les évènements sanglants du XXème siècle montrent que Freud avait raison et que les individus ne sont pas rationnels, par conséquent il est dangereux de leur laisser les rennes de la société. Le gouvernement invisible est un moindre mal : les individus sont heureux car ils ont l'impression de prendre eux-mêmes leurs décisions, mais en même temps, la cité est dirigée par les individus de nature supérieure qui sont capables de surmonter les affres de leurs pulsions inconscientes.

Si les masses doivent contribuer à la bonne marche de la Cité pour Bernays, ce n'est pas en tant que citoyen et pour les décisions qu'ils prendront, mais en tant que consommateurs. L'individu n'est plus perçu comme celui qui dispose d'une capacité à délibérer, mais comme celui qui contribue au fonctionnement économique de la société.

Bernays n'a pas inventé ces idées de toutes parts. Il les a reprises à d'autres, et notamment à Walter Lippman. Selon celui-ci, l'homme ne peut pas se gouverner lui-même, et la psychologie doit être utilisée comme un outil pour comprendre le fonctionnement de l'humain et mieux contrôler l'individu dangereux. Bernays considérait que sa méthode correspondait aux objectifs de Lippmann : endormir les individus en les satisfaisant par la consommation, en faire des "happiness machines" (machines à être heureux), œuvrer par là à l'ingénierie de l'assentiment ("ingeniering of consent").

Il est intéressant de savoir que les thèses de Bernays étaient suivies par Goebbels. Cristallising public opinion était un des livres de sa bibliothèque. Hitler lui-même pensait que la démocratie était dangereuse, car elle poussait les individus au chaos.

I.2.2. il est possible de manipuler les gens en manipulant l'inconscient

Bernays se dit que, si l'on parvient à accéder à ces processus qui déterminent nos comportements, et à influer dessus de manière incidente, alors il sera possible de pousser les gens à agir d'une certaine manière, non seulement sans qu'ils s'en aperçoivent, mais surtout de manière à ce qu'ils aient l'impression que l'impulsion vient d'eux-mêmes.

La "modification" intervient dans les deux sens : premièrement, il faut parvenir à modifier l'inconscient, à l'aide de certaines techniques qui permettent d'y pénétrer, deuxièmement cet inconscient modifiera notre comportement, selon les processus psychiques à l'œuvre chez l'être humain.

La différence par rapport à Freud est que Bernays ne souhaite pas connaître l'inconscient de telle ou telle personne particulière, il souhaite insérer quelque chose dans l'inconscient d'une population entière. Il ne peut donc pas utiliser de techniques comme l'interprétation des rêves (puisqu'un même motif dans un rêve pourra avoir des significations totalement différentes selon les histoires différentes des individus : il n'y a pas de clé des songes), ou la traque des lapsus.

Il reste une technique particulière, qu'il faudra alors un peu modifier : la libre association. Dans la psychanalyse, elle consiste à demander à l'individu de se laisser aller à dériver de sujet à sujet selon les relations que lui inspirent telle ou telle évocation. Petit à petit, on parvient à dresser un réseau de faits liés symboliquement et à s'approcher de ce qui les lie. Chez Bernays, encore une fois, il ne s'agit pas d'avoir accès aux associations de telle ou telle personne, mais de générer des associations dans la tête des masses. Pour cela, il peut pourtant être utile de connaître certaines associations qui sont déjà là dans l'esprit des gens. Par exemple, lorsque Abraham Brill lui expliqua que la cigarette symbolisait le pénis (cf. art. II), Bernays se dit qu'il pouvait profiter de cette association pour la réassocier à l'émancipation de la femme : si l'on parvenait à faire que les femmes fument précisément parce qu'elles ont elles aussi envie d'avoir un pénis pour être l'égal des hommes, alors fumer pour une femme ne sera plus quelque chose de tabou mais sera paré de vertus égalitaires.

Cette technique montre bien la stratégie de Bernays : d'abord, l'on accède à une association habituellement opérée par les gens, puis on parvient à la modifier par des évènements à forte valeur symbolique, et enfin cette nouvelle association poussera les gens à changer d'attitude envers un certain produit de consommation. La manière d'attirer les gens vers un produit ne consiste plus à leur exposer des informations concernant la qualité de ce produit, mais à toucher leurs émotions pour qu'ils réagissent émotivement face à ce que le produit leur inspire.

I.3. Discussion de l'interprétation de Bernays

On peut dire que la racine du débat entre le démocratisme et un anti-démocratisme à la Bernays se situe en fait dans l'opposition entre un optimisme et un pessimisme concernant la nature humaine. Si l'on est pessimiste concernant la nature humaine, on considère qu'une masse d'individus ne sera jamais capable de se gouverner, et qu'il faut en laisser le soin à une minorité d'individus supérieurs, qui peuvent alors jouir de privilèges. Au contraire, si l'on est optimiste, on peut constater que l'état actuel des consciences rend difficile une autogestion des peuples (cf. gueule de bois de fin de mouvement), tout en maintenant qu'il doit être possible, dans l'absolu, de rendre les consciences aptes à se gouverner elles-mêmes. Pour cela, l'éducation est bien sûr indispensable, mais une part non négligeable du travail consisterait aujourd'hui plutôt à déjouer les mécanismes d'aliénation de la masse (le spectacle). Il est peut-être plus judicieux de tenter de résorber le mal qui est déjà fait par les abrutisseurs en chef que de vouloir développer une conscience supposée vierge.

Pour expliquer l'incapacité actuelle des individus à s'autogérer, il est en effet possible d'invoquer deux types de facteurs : les premiers attribuent cette incapacité à une stupidité congénitale de l'homme qui le rendrait incapable de savoir consciemment ce qui est bon pour lui; alors que les seconds considèrent que l'état actuel des consciences est, au moins partiellement, le produit de conditionnements, de mécanismes qui infantilisent et abrutissent l'individu. En mettant à jour et en luttant contre ces mécanismes, il devrait alors être possible d'accéder à un état supérieur des consciences politiques qui rendrait possible l'autogestion.

C'est sur ce point que nous pouvons considérer l'argumentation de Bernays comme fautive : Bernays tente d'expliquer sa volonté de domination des masses en invoquant les premiers facteurs (la stupidité congénitale), alors qu'il met en oeuvre les seconds facteurs (les conditionnements) pour mettre cette domination en pratique. Il ne peut pas nier l'existence des seconds facteurs, puisque c'est lui-même qui les crée. Pourtant, nous explique-t-il, si les hommes sont ingouvernables, ce n'est pas parce qu'il les a abrutis, mais parce qu'ils étaient déjà d'emblée des brutes.

Bernays prend le produit de son travail (l'abrutissement des masses) pour le point de départ qui rendrait ce travail légitime, car il a besoin de trouver quelque chose qui justifie sa volonté de les dominer. Autrement dit, Bernays prend pour donné d'avance un fait qu'il a créé, puis s'en sert pour légitimer sa création. Il abrutit d'abord les individus avant de dire que, puisque ce sont des brutes, alors il est légitime de les abrutir.

Nul doute que les individus possèdent des dispositions qui les rendent perméables aux mécanismes d'aliénation qu'il met en oeuvre : nous avons tous des pulsions irrationnelles qui peuvent être exploitées pour faire de nous des bêtes. Mais Bernays considère que c'est en gouvernant l'homme par ses pulsions, soit par son irrationnel, qu'il sera possible d'atteindre une société convenable : s'il y a donc une part d'irrationnel dans l'homme malsain, la solution de Bernays consiste à exacerber cette part et à s'en servir pour diriger un comportement sain : c'est totalement contradictoire.

II. La notion de désir

II.1. Chez Freud

Une autre notion importante de Freud reprise par Bernays est celle de désir. Le désir s'oppose au besoin, pour deux raisons : il ne porte pas sur le vital, et il est intarissable.

II.1.1. Désir du superflu

Le besoin concerne des choses vitales : le maintien de la température du corps à 37°C, la nourriture, l'instinct de reproduction, le sommeil, les reconnaissances affectives primordiales, etc. Le désir quant à lui, se porte sur du superflu, ou du moins sur une manière superflue qu'a un besoin vital de s'exprimer. Par exemple, j'ai besoin de manger, mais je désire manger tel chou à la crème plutôt que tels choux de Bruxelles.

II.1.2. Désir intarrissable

Le besoin peut être comblé : bien sûr c'est toujours temporaire car, au bout d'un certain temps, l'organisme a de nouveaux besoins. Mais il existe malgré tout une période où, après que le besoin ait été satisfait, il n'est plus ressenti : l'organisme possède ce qu'il lui faut. Le désir, quant à lui, est intarissable. On ne l'assouvit jamais entièrement, directement et complètement, soit parce que la morale nous empêche d'agir de manière à l'assouvir directement, soit parce qu'elle nous taraude si nous avons agi de cette manière, et la mauvaise conscience entrave la pleine jouissance. Par conséquent, l'assouvissement d'un désir est toujours relatif. Chaque situation, si elle contient sa part de satisfaction, contient aussi toujours une part de frustration, que, quoi qu'on fasse, on ne parvient jamais à éradiquer entièrement. C'est pourquoi le désir est un abîme sans fond. On peut toujours consommer plus, on ne sera jamais entièrement satisfait, et on sera toujours poussé à encore consommer. Il s'agit toujours du même désir qui se fait sentir, celui-ci peut se manifester projeté sur différents supports successifs. Mais la diversité apparente des vecteurs de cette passion ne doit pas cacher le fait que c'est toujours la même passion qui se manifeste sur eux. En même temps nous n'avons qu'un désir, en même temps il se manifeste comme le désir de consommer une multiplicité d'objets.

II.2. L'exploitation du désir par Bernays

Bernays réutilise ces deux propriétés du désir : la première pour pousser à consommer ce dont on n'a pas besoin, la seconde, pour pousser à toujours consommer plus.

II.2.1. Pousser à consommer ce dont l'on n'a pas besoin

Aujourd'hui, dans notre société, il est relativement facile pour un individu moyen de satisfaire tous ses besoins, il n'aura pas beaucoup à débourser. Mais si l'on se contente de consommer selon ses besoins, ce n'est pas rentable pour les entreprises. Pour que les entreprises puissent vendre autant qu'elles produisent, et continuer leur expansion, il faut créer chez le consommateur de nouveaux désirs. Il faut leur faire ressentir qu'ils éprouvent un désir envers quelque chose, même s'ils n'en ont pas besoin. On n'achète plus un nouveau manteau parce que l'ancien est usé, mais pour se sentir mieux (à ce sujet, cf. les écrits de Raoul Vaneigem).

II.2.2. Pousser à consommer toujours plus

Nous avons vu que c'est un désir identique qui se projette sur une multiplicité de supports. La libido (si l'on prend ce terme en son sens large) est partout, tout objet est potentiellement la cible d'un désir. En même temps, aucun objet n'apporte jamais une satisfaction entière, ce qui fait que le désir se reportera toujours sur un nouvel objet, à l'infini.

Ceci a pour condition l'éternelle insatisfaction de l'homme. Pousser à la consommation exige une stratégie assez tordue : en même temps il faut faire croire à l'individu que son insatisfaction disparaîtra dans la consommation du produit, en même temps il faut entretenir perpétuellement cette insatisfaction : il faut la nourrir tout en se présentant comme celui qui peut la tuer.

II.3. Discussion de l'interprétation de Bernays

Il est normal de considérer qu'un degré supérieur de l'épanouissement de l'homme consiste à satisfaire non plus simplement ses besoins, mais aussi ses désirs. Si l'on en reste au stade de la simple satisfaction de ses besoins, notre vie ne vaut guère plus que celle d'une brave bestiole à qui l'on apporte sa dose quotidienne de nourriture, d'hygiène, et de sommeil. La particularité de l'homme est justement qu'il éprouve quelque chose de plus, ce désir ambivalent et superflu dont la satisfaction ne peut s'opérer qu'au prix d'un certain effort (qui la justifiera comme méritée) et d'une insatisfaction toujours latente. C'est ce qui le porte vers l'art, la science, la relation amoureuse qui se distingue d'une simple copulation, etc.

Et c'est justement là qu'est toute la question : à travers quels canaux va-t-on canaliser ce désir ? Pour certains, c'est l'amour, la science, ou l'art; pour Bernays c'était la consommation. La consommation, comme toute action humaine, garde toujours une petite touche d'insatisfaction qui fait que l'on continuera à consommer, et si l'on en fait le centre le l'accomplissement du désir de l'humain, on a trouvé un exutoire pour écouler sans fin les biens de consommation produits par l'industrie. Vraiment sans fin ? C'est une autre question... Car la consommation de masse a pour condition l'éternelle insatisfaction du désir de l'homme, mais elle a aussi d'autres conditions : un portefeuille sufisamment pourvu pour pouvoir consommer, des matières premières et un environnement qui permettent la production, etc. Si le désir est une condition qui sera éternellement remplie, ce n'est pas forcément le cas des autres...

L'idée de l'éternelle insatisfaction peut être retournée contre les relations publiques : sachant que, de toutes façons, nous serons toujours insatisfaits, et par conséquent que la consommation n'est pas ce qui nous comblera, pourquoi continuer à tant consommer ? L'intérêt de l'exhortation à la consommation perpétuelle n'est pas celui du consommateur, ou du sujet qui désire, qui ne fait que reconduire sa frustration de support en support : c'est celui des producteurs qui cherchent à écouler leur marchandise en se faisant plus d'argent, ou de celui qui fait désirer. Il est même possible de dire que l'entretien artificiel du désir a pour corollaire celui de la frustration. Nous sommes sans cesse sollicités par ce que nous pourrions avoir mais que nous n'aurons pas, par ce que les autres ont mais que nous n'avons pas : il ne semble pas que cette perpétuelle sollicitation contribue vraiment à l'apaisement des gens, bien au contraire.

III. D'une utilisation incidente de Freud : la psychologie de comptoir au service de consumérisme

La plupart des notions freudiennes passées ici en revue n'étaient pas connues du grand public, alors que Bernays était une vedette aux États-Unis au début du XXème siècle. Par contre, Bernays avait tenté de diffuser l'œuvre de Freud (cf. l'article II). La conséquence de ceci avait été la diffusion de l'une vulgate freudienne au service de la consommation. On venait d'inventer la "psychologie de la consommation", avec des grandes stars payées par Bernays pour déclarer que la manière dont on s'habille était "révélateur de notre personnalité profonde", et que par conséquent il fallait consommer de nouveaux produits pour exprimer ce que l'on avait en soi de particulièrement personnel.

La suite : Bernays (IV) : une lecture de Propaganda

06/04/2008

Bernays (II) : en exploits

Ce texte est la suite de "Qui était Edward Bernays ?"

II. Bernays en exploits

Après la guerre, Bernays commence donc par monter un petit bureau de "conseil en relations publiques". Il compte utiliser les mêmes méthodes qu'en propagande, mais pour pousser les masses à consommer plutôt que pour l'entrée en guerre. Pour y parvenir, il commence par se faire envoyer un volume de l'Introduction à la psychanalyse, de tonton Freud, en échange dune boîte de cigares.

II.1. Bernays a fait fumer les femmes

En 1929, George Hill, président de l'Amercian Tobbacco Corporation, contacte Bernays. Il est confronté au problème suivant : il est tabou pour les femmes de fumer en public. Ceci fait potentiellement perdre à Hill la moitié de sa clientèle ! Bernays consulte alors un psychanalyste (Abraham Brill), qui lui explique que la cigarette est le symbole du pénis, du pouvoir masculin. Pour être acceptée parmi les femmes, elle doit être vue comme un défi au pouvoir masculin. Si Bernays parvient à donner aux cigarettes l'image d'un objet subversif de libération de la femme, et non celui de leur domination, alors elles fumeront. Si la cigarette est associée au pénis de l'homme, il faut que les femmes, en fumant, se disent qu'elles auront leur propre pénis.

1043622385.gifLors d'une parade à New-York, Bernays embaucha des jeunes femmes, à qui il demanda, à un signal donné, de sortir des cigarettes en public et de les fumer. Il avait aussi prévenu les journalistes que des féministes (les "suffragettes", militantes pour que les femmes acquièrent le droit de vote) feraient un coup d'éclat, un "geste fort de protestation". Elles allumèrent alors les cigarettes en public, fait qui fit la une de tous les journaux et l'objet de toutes les conversations. Lorsqu'elles furent interrogées par les journalistes, les jeunes femmes expliquèrent qu'elles avaient allumé "les torches de la liberté". Ce slogan avait été préparé à l'avance par Bernays.

Il faisait évidemment référence implicitement à la statue de la liberté. Puisque c'est de liberté dont il s'agissait, on ne pouvait pas être contre. Au fait de fumer pour une femmes avait été implicitement associé la cause féministe : quiconque soutenait les libertés de la femme se sentait obligé de défendre leur "droit de fumer en public". Le tabou fut ainsi levé car assimilé à un machisme réactionnaire. De leur coté, les femmes pensèrent être puissantes et indépendantes en fumant : elles faisaient enfin comme font les hommes. L'association du fait de fumer et de la cause des femmes est totalement irrationnelle, mais elle permit de voir le fait de fumer non comme une aliénation mais comme une libération : cela les fait se sentir et être vues comme indépendantes.

II.2. Bernays a fait sourire le président

1804913994.2.gifCalvin Coolidge, qui fut président des États-Unis de 1923 à 1929, avait mauvaise presse auprès de sa population, du fait de sa mine taciturne. Il n'était pas apprécié, car jugé trop froid et inexpressif. Pour remédier à ce problème, il contacta Bernays à qui il demanda d'améliorer son image de marque.

Pour y parvenir, Bernays invita 34 stars (acteurs, et clients de Bernays, évidemment) à la maison blanche pour un déjeuner. Le président fut vu en compagnie de personnes joyeuses et populaires, dans une ambiance décontractée et festive : sa réputation d'homme austère se trouvait contredite. Bien sûr, des journalistes étaient invités en masse à couvrir l'évènement. Ils le relatèrent tous. L'expression qui fit mouche à propos de Coolidge fut la suivante "Il a presque ri".

II.3. Bernays a fait connaître Freud en Amérique

1302082171.jpgMême la diffusion de Freud aux États-Unis est le fait de Bernays. Freud connaissait des graves difficultés financières après la crise de 1929. Non seulement Bernays était redevable à son oncle d'un certain nombre de choses, mais de plus il vit en lui une occasion supplémentaire de faire du profit et d'accroître son pouvoir : il ne se contenta pas de faire publier les livres de son oncle, mais surtout il en fit la promotion, s'arrangea pour en faire l'objet de controverses passionnées, ceci afin de donner l'envie de les lire. Ce n'est qu'alors qu'il tira profit de leur publication, non sans retourner à son oncle ne partie de la mise.

Il ira même jusqu'à proposer à Freud d'écrire un article dans le Cosmopolitain sur le sujet suivant : "la place mentale de la femme dans le foyer". Bien sûr, Freud s'offusque et refuse la proposition ! Mais au delà de l'anecdote, cela montre bien que Bernays ne reculait devant rien pour promouvoir ses produits ni même devant la fierté de celui-ci lorsqu'il s'agissait de son oncle.

Au delà du simple coup de main à son tonton, la propagation des idées de Freud a été bénéfique pour Bernays aussi, dans le sens où les individus, inspirés par la vulgate freudienne, se mirent à penser qu'ils pouvaient exprimer leur personnalité profonde au travers de ce qu'ils consommaient, et cette idée fut très bénéfique à Bernays.

II.4. Bernays a rendu le capitalisme démocratique avec une boule blanche

Après la crise de 1929 vint le New Deal et la politique de grands chantiers d'État qui employaient de très grandes quantités de personnes. Le président Roosevelt était opposé aux théories de Bernays et de l'industrie des relations publiques selon lesquelles l'individu était irrationnel devait être manipulé par son inconscient pour le maintien de l'ordre dans le pays. Au contraire, il considérait les citoyens comme rationnels, et leur demandait leur avis lorsqu'il s'agissait de faire des choix importants.

Cette conception promue par Roosevelt allait à l'encontre des industrie, en ce qu'elle promouvait un État fort chargé, de par la responsabilité de ses citoyens, de réguler les aléas du marché économique. Du coup, l'Empire du business contre-attaque. Il fait appel à Bernays et l'industrie des relations publiques avec la mission suivante : associer dans la tête des gens l'idée de la démocratie à celle de la consommation. L'idée à véhiculer est simple : ce qui a créé l'Amérique dans sa splendeur actuelle, c'est le business, pas les politiciens.

1553062525.jpgBernays est donc chargé de monter une campagne dans laquelle il expose la manière dont les entreprises ont contribué à ériger le pays à son état actuel. Le point culminant de cette campagne consiste en l'inauguration, en 1939, d'un "Futurama", un dôme blanc géant, construit par General Motors, à l'intérieur duquel on nous fournit une vision idyllique des bénéfices que procureront les sociétés industrielles à la société démocratique de demain. La ville du futur décrite en exemple, dans laquelle fleurissent General Motors et tout un tas d'autres industries, s'appelle "democracity". Rien de moins. Le but est d'associer inconsciemment la démocratie au capitalisme, et de véhiculer l'idée que l'un ne peut pas aller sans l'autre.

II.5. Bernays a renversé le Guatemala pour sauver les bananes du communisme

Entre 1953 et 1961, c'est Eisenhower qui est au pouvoir. La peur du communisme bat son plein. Plutôt que de réduire celle-ci, ce que préconise le président est de l'utiliser comme une arme dans la guerre froide. Elle peut aussi être utilisée comme une arme pour d'autres intérêts.

À l'époque, le Guatemala est contrôlé par l'entreprise United Fruits, qui produit des bananes. Ceci lui permet de fixer librement le salaire et les conditions de travail de ses employés, pour obtenir à moindre frais des bananes qu'elle revend aux États-Unis. En 1951 est élu démocratiquement Jacobo Arbenz, sur la base d'un programme qui promet de libérer le pays du joug de United Fruits. La mesure prise est en réalité bien modeste, elle consiste à se réapproprier, contre une compensation, les terres possédées par la compagnies, mais non utilisées par celle-ci.

Destituée de son trône, United Fruits fait appel à Bernays pour reprendre le pouvoir et ses privilèges. Celui-ci va utiliser la peur du communisme pour renverser le gouvernement et permettre à United Fruits de retrouver sa place.

Il doit donc s'arranger pour que le Guatemala soit présenté comme une dictature communiste, alors qu'Arbenz a été élu démocratiquement, et qu'il ne porte pas les revendications communistes. Pour y parvenir, il invite des journalistes ignorants de la situation à venir séjourner au Guatemala, pour un séjour qu'il a lui-même organisé de fond en comble : le voyage, le logement, les divertissements, ... Il ne lui fut donc pas difficile de leur présenter le Guatemala comme un pays communiste. Au cours de séjour éclate une violente manifestation anti-américaine. La rumeur veut qu'elle ait été organisée par Bernays lui-même.

1052498035.jpgDe plus, Bernays crée à New York une fausse agence de presse indépendante, nommée la Middle American Information Bureau, qui diffuse l'information selon laquelle Moscou compte utiliser le Guatemala pour envahir les États Unis. Le gouvernement d'Arbenz est donc considéré comme dérangeant par les États-Unis : la CIA organise un putsch, en collaboration avec United Fruits. Ils arment et entraînent une guérilla au Guatemala, puis bombardent le pays. Ceci est présenté aux États-Unis comme "la libération du Guatémala par les soldats de la liberté pour la démocratie". Le général Castillo Armas, un président fantoche et entièrement dévoué à la cause américaine et celle de United Fruits, est alors mis au pouvoir par les États-Unis.C'est d'ailleurs de cet évènement que provient l'expression "république bananière"...

Selon Normand Baillargeon, "Ce coup d'État marque le début d'un bain de sang qui fit plus de 100 000 morts dans ce pays au cours des cinq décennies qui suivirent." (préface à Propaganda)

II.6. Autres faits de Bernays

Du fait du succès que connut très vite Bernays, son cabinet devint grand et prestigieux. Le grand nombre de ses clients lui permit d'établir des réseaux, et d'utiliser ses clients pour qu'ils renforcent mutuellement leur image. Telle star, cliente de Bernays, vantait les mérites de tel produit, produit par un client de Bernays, sur tel journal, client de Bernays : et tout le monde y gagnait.

  • Bernays a organisé un concours de sculpture sur barres de savon Ivory, pour la compagnie Proctor & Gamble : ce concours a consommé 1 million de barre chaque année où il eut lieu, soit 37 millions de barres de savons écoulées ainsi.
  • Bernays a fait manger des oeufs et du bacon aux américains pour leur petit déjeuner, en vantant cette recette comme la forme typiquement américaine du vrai petit déjeuner copieux, et en le faisant recommander par des médecins qu'il consultait.
  • Bernays a réussi à répandre l'idée que chaque famille digne de ce nom devait absolument avoir un piano chez elle.
  • Bernays a organisé et fait la promotion de la fameuse conférence, en 1920, de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP)
  • Bernays a été le premier à voir dans la voiture le symbole de la masculinité. Il en a joué dans les campagnes de promotion qu'il en a faites.
  • Bernays a répandu l'idée que n'importe quel citoyen américain, même démuni, se devait d'acquérir des actions et de boursicotter. Ceux qui n'en avaient pas les moyens pouvaient emprunter à des banques... clientes de Bernays.
  • En 1929, Bernays organise une immense fête, pour General Electric, ayant pour but de célébrer l'anniversaire de l'invention de la lampe à incandescence par Thomas Edison. Il était alors au sommet de sa gloire, et cette fête réunissait tout le gratin new-yorkais du spectacle et des affaires. Ironie du sort, c'est lors de cette soirée que parvint l'annonce du krach de Wall Street, qui engendra une période de relatif désaveu pour Bernays et les relations publiques en général, avant de repartir de plus belle.

II.7. Contemporains de Bernays

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Évidemment, Bernays ne fut pas seul à travailler dans l'industrie des relations publiques. Un autre exemple : Ernest Dichter a travaillé pour Betty Crocker, qui fabriquait des gâteaux tout-préparés. Ceux-ci se vendaient mal. Il diagnostiqua que c'était à cause de la mauvaise conscience de la ménagère qui avait l'impression de céder à la paresse et de ne plus faire elle-même le gâteau. Il fallait qu'elle y apporte sa propre contribution. Ainsi, la recette du gâteau fût modifiée pour que la ménagère ait à y rajouter... un œuf. Désormais, elle avait l'impression d'apporter son geste personnel à la confection du gâteau. Et les ventes grimpèrent en flèche.

La suite : De Freud à Bernays

31/03/2008

Bernays (I) : Qui était Edward Bernays ?

125123738.jpgEdward Bernays (1891-1995) est un nom qui ne vous dit sûrement rien. Presque personne ne le connaît plus aujourd'hui. Pourtant, il est sûrement un de ceux qui ont le plus profondément bouleversé la société au cours du XXème siècle. Non seulement il a poussé les individus à avoir le mode de vie qu'ont les citoyens des pays riches aujourd'hui, modifiant par-là considérablement le poids matériel et financier des industries et des entreprise au sein de notre société, mais il a aussi augmenté leur ascendance symbolique sur le consommateur en créant les techniques pour le pousser à la consommation. Politiquement parlant, il a aussi contribué à façonner l'individu passif et malléable d'aujourd'hui en mettant au point tout un tas de stratégies qui pacifient le citoyen, l'endormissent en le transformant en consommateur de masse. C'est en effet lui qui a mis au point les "relations publiques". Non content d'avoir accompli des exploits spectaculaires en usant de ses techniques de manipulation (cf. ch.II), il est aussi un des théoriciens de l'étouffement de la démocratie par l'assouvissement des pulsions consuméristes des individus. Voilà qui mérite qu'on s'y arrête un instant.

Qui était Edward Bernays ? Le double neveu de Freud. Il connaissait très bien les idées de la psychanalyse puisqu'il avait été immergé très tôt dans ce milieu, de par son environnement familial. Ce sont ces idées qu'il a réutilisées, mais pas vraiment à des fins thérapeutiques... En tant que créateur des "relations publiques", il fut très sollicité par les entreprises pour les aider à vendre leurs produits en touchant les émotions des acheteurs. Observons quelques unes de ses prouesses, puis comment les idées de Freud ont été ré-utilisées afin de soumettre les individus plutôt que les libérer, en les transformant en consommateurs serviles.

Plan :

I. Qui était Edward Bernays ?

  • Introduction
  • Plan
  • I. Épisode 1 : Stars, War

II. Bernays en exploits

  • 1. Bernays a fait fumer les femmes
  • 2. Bernays a fait sourire le président
  • 3. Bernays a fait connaître Freud en Amérique
  • 4. Bernays a rendu le capitalisme démocratique avec une boule blanche
  • 5. Bernays a renversé le Guatemala pour sauver les bananes du communisme
  • 6. Autres faits de Bernays
  • 7. Contemporains de Bernays

IIV. De Freud à Bernays

  • I. La notion d'inconscient
    • I.1. Chez Freud
      • I.1.1. la connaissance de l'inconscient
      • I.1.2. la modification de l'inconscient
    • I.2. La réinterprétation politique de l'inconscient par Bernays
      • I.2.1. l'inconscient prouve que les hommes ne sont pas libres
      • I.2.2. il est possible de manipuler les gens en manipulant l'inconscient
    • I.3. Discussion de l'interprétation de Bernays
  • II. La notion de désir
    • II.1. Chez Freud
      • II.1.1. Désir du superflu
      • II.1.2. Désir intarrissable
    • II.2. L'exploitation du désir par Bernays
      • II.2.1. Pousser à consommer ce dont l'on n'a pas besoin
      • II.2.2. Pousser à consommer toujours plus
    • II.3. Discussion de l'interprétation de Bernays
  • III. D'une utilisation incidente de Freud : la psychologie de comptoir au service de consumérisme

IV. Une lecture de Propaganda

  • I. Organiser le chaos
  • II. La nouvelle propagande
  • IIV. Les nouveaux propagandistes
  • IV. La psychologie des relations publiques
  • V. L'entreprise et le grand public
  • VI. La propagande et l'autorité politique
  • VII. La propagande et les activités féminines
  • IIX. La propagande au service de l'éducation
  • IX. La propagande et les œuvres sociales
  • X. L'art et la science
  • XI. Les mécanismes de la propagande

V. Conclusion

  • I. Quel est le monde que nous préparait Bernays ?
  • II. Pourquoi Bernays est-il beaucoup plus dangereux que Sarkozy ?
  • (Res)Sources

 

I. Épisode 1 : Stars, War

Plutôt que de suivre le chemin que lui avait tracé son père marchand de graine, et de s'engager dans l'agriculture, Bernays opte pour le journalisme. Alors qu'il travaille pour une revue nommée Medical Review of Reviews, Bernays découvre une pièce de théâtre d'Eugène Brieux, Avariés (traduite par "Damaged Goods" en américain). Cette pièce, audacieuse pour l'époque, raconte l'histoire d'un homme atteint par la syphilis, qui le cache à sa fiancée, avec qui il se marie et met donc au monde deux enfants syphilitiques. Il en publie une critique élogieuse dans son journal, puis apprend que le célèbre acteur Richard Bennett est prêt à la faire jouer. La pièce abordant un sujet très controversé à l'époque (les maladies sexuellement transmissibles), Bernays met au point une stratégie pour parvenir à la faire accepter : il monte une fondation, la Sociological Fund Committee de la Medical Review of Reviews, pour donner des airs de noblesse à la cause qu'il compte défendre. Il parvient à convaincre des centaines de célébrités d'y adhérer, et présente la pièce Damaged Goods comme une pièce à vocation informative, pédagogique, et préventive, sur les dangers de la syphilis et les moyens de la prévenir. D'un sujet scandaleux, la pièce traite désormais un sujet honorable, cautionné par des intellectuels influents. C'est ainsi que la pièce sera jouée et très bien accueillie par le public. C'est le premier pas d'une technique que Bernays ne cessera de ré-utiliser : donner des airs de noblesse à un produit pour le faire non seulement accepter par l'opinion, mais surtout l'associer à certaines problématiques qui le travaillent pour lui donner envie de le consommer.

1699691153.jpgAprès ce succès, Bernays décide de devenir agent de presse pour des célébrités. Parmi ses principaux clients, on pouvait compter le célebrissime chanteur d'opéra Caruso, le danseur Nijinsky, les ballets russes. Plutôt que de simplement vanter les qualités de ceux pour qui il travaillait, Bernays s'efforça de relier leur image à des problématiques et des centres d'intérêts de leur public présumé. Le but était de faire en sorte que le public opère une association inconsciente entre le produit et un de ses désirs (on perçoit ici nettement l'influence de Freud).

D'une promotion anecdotique de quelques vedettes de music-hall, la méthode de Bernays changea de registre lorsqu'elle prit une toute autre ampleur et se chargea d'un contenu politique. Au sein de la Commission on Public Information (dite "commission Creel"), Bernays se mit à faire, à l'échelle nationale, de la propagande en faveur de l'entrée en guerre des États-Unis.

Avant la première guerre mondiale, le gouvernement Wilson avait été élu sur la base d'un programme pacifiste. Ainsi, il était fort embarrassé lorsqu'il décida, en 1917, de s'engager dans la guerre, puisque cette décision s'opposait à l'opinion publique. Il fit donc appel à des gens comme Edward Bernays afin de modifier l'opinion publique concernant la guerre, pour rendre la population favorable à celle-ci. Il y parvint en usant de méthodes de propagande.

1541165290.jpgLe travail de propagande se fit tant sur la forme, soit la manière dont on communiquait avec le public pour lui faire changer d'avis, que sur le fond, soit la tenue du discours. Concernant la forme, retenons la fameuse affiche de l'oncle Sam : "I want YOU for US Army", et les four minute men, des célébrités payées par la commission pour proclamer en leur nom et dans des lieux public (réunions, meetings, ...), l'avis du gouvernement. Concernant le fond, une des stratégies utilisées par le président Wilson et ses conseillers fut d'annoncer que les États-Unis n'entraient pas en guerre contre un pays ou pour la restauration d'un ancien Empire, mais pour maintenir un idéal de démocratie, et la propager dans le monde entier (tiens tiens, ce n'est donc pas nouveau comme discours...).

Ce fût pour Bernays le point de départ de sa carrière et de sa démarche : il se dit que, s'il pouvait utiliser ces méthodes de propagande en temps de guerre, pourquoi ne le pourrait-il pas aussi en temps de paix ? Le terme "propagande" étant connoté péjorativement, il convenait en premier lieu de changer de mot, mais pour désigner toujours le même processus. Bernays se mit alors à parler de "relations publiques", terme qu'il fonda.

La suite dans l'article "Bernays en exploits".