05/11/2008

"Au nom du peuple"

Lors de discussions militantes, on assiste parfois à de drôles de débats entre individus qui, chacun de leur coté, prétendent parler "au nom du peuple" "légitime". D'un coté, des individus dénués d'esprit critique qui prétendent représenter le peuple car ils disent en faire partie, sans réaliser que le discours qu'ils nous sortent n'est que celui qu'ils ont bien appris par coeur auprès des classes dominantes qui les manipulent. De l'autre, les donneurs de leçons à la petite semaine, qui, parce qu'ils parviennent à échapper à la représentation de la réalité forgée par les classes dominantes, ont en même temps échappé au peuple, et se voient contraints de lui expliquer de l'extérieur, qui il est réellement et ce qu'il veut réellement.

Dans les deux cas, on invoque un "peuple" auquel on semble venir à la rescousse; en réalité, c'est lui qui vient à notre rescousse, car c'est lui qui nous permet de justifier - sous les grands mots de "démocratie", "volonté générale", ... - les thèses que l'on a à défendre. "Ce n'est pas une prise de position personnelle, je défends la volonté du peuple !". Or, ce soi-disant "peuple" qui revient à tour de bras, bien pratique qu'il est pour se justifier, n'en est pas moins un fantôme qui ne correspond en fait qu'aux cadres de pensée des divers protagonistes du débat. La notion de peuple n'est qu'un cheval de Troie destiné à nous faire accepter tout discours positionné en le parant de la vertu du "bien commun". C'est le genre de notion qui oblige à l'assentiment et permet à son porteur de ne pas assumer le fait qu'il parle bien d'un certain endroit. En même temps, ce recours a la volonté générale subit un drôle d'effet pervers, ayant pour conséquence qu'il ne peut jamais fonctionner...

I. Quand les dominés parlent au nom des dominants

Dans le premier cas, la position défendue semble de bon sens : "Moi je fais partie du peuple, je rame pour un mauvais salaire, alors je sais ce que l'on veut, nous, les gens du peuple". Qu'est-ce que vous voulez ? "Je revendique au nom du peuple la liberté de travailler plus !". Ah. Bien. Bon, d'accord, que dire de plus ?

Dans ce type de cas, ce qui permet à l'individu de prétendre qu'il parle "au nom du peuple", c'est qu'il fait partie de cette classe majoritaire et défavorisée de la population qu'on appelle "le peuple". En réalité, cet individu confond faire partie d'un groupe et défendre les intérêts de ce groupe. Il se pourrait très bien qu'un individu fasse partie d'un groupe, mais soit amené à défendre des positions qui n'avantagent pas ce groupe. Logiquement, ce n'est pas contradictoire, simplement, pour admettre cette hypothèse, il faut admettre que l'individu ne sait pas réellement qu'il ne défend pas son groupe, qu'en fait il croit le défendre. Il défend alors non ce qui est bon pour lui, mais ce qu'on lui a dit qui était bon pour lui.

Et qu'est-ce qui pourrait pousser un individu à croire que tel énoncé vise à défendre son groupe, alors que ce n'est pas le cas ? Une manipulation. Par exemple, si des médias n'arrêtaient pas de dire que la seule solution au mal-être c'est l'augmentation du temps de travail, pour pouvoir consommer plus de produits, il se pourrait que, malgré le caractère extravagant de cette affirmation, une grande partie de la population finisse par le croire. Or, c'est le cas. Et pas seulement dans le cas du travail : pour chaque domaine de notre existence, les dominants, qui possèdent les moyens de transmettre leurs messages et l'information qu'ils veulent, nous proposent, de manière plus ou moins subtile, une solution comme étant la bonne. La bonne pour qui ? Selon les médias, pour nous bien sûr; mais si l'on y regarde de plus près, on voit qui elle avantage vraiment. En plus d'une domination matérielle, le dominé subit alors une domination symbolique lorsqu'il intériorise l'hégémonie conceptuelle que lui inculquent les barons des médias. Ce sont les mêmes actionnaires qui possèdent l'usine qui l'asservit et la télé qui, sous prétexte de le divertir, modèle son imaginaire. À partir de là, il n'est pas compliqué de deviner dans quel sens cet imaginaire sera modelé...

Ainsi on en arrive à cette situation paradoxale que les individus appartenant effectivement à la classe des dominés en viennent à relayer la voix des dominants telle qu'elle leur est inculquée dans les journaux, télévisions, publicités, etc., en se servant précisément de cette situation de dominé pour justifier ces thèses qui privilégient les dominants. Lorsque le dominé prétend parler "au nom du peuple", il se trompe. Il parle "du point de vue du peuple", mais ce point de vue est "au nom des dominants".

II. Quand les critiques parlent au nom des non-critiques

Dans le second cas, la situation est tout autant paradoxale. Le peuple possède des propriétés intéressantes : il est opprimé. C'est toujours plus classe de parler au nom des opprimés. Mais il a aussi un petit défaut, voyez-vous, il est bête. Alors, quand il est opprimé, on en fait partie, mais pas quand il est bête ! On est dedans sans être dedans.

L'étendard du "peuple" est alors brandi par des individus qui ont échappé à la manipulation. Ils en connaissent les rouages, savent lire les publicités et "décrypter" (comme on dit si bien...) les journaux. Bref, ils ne sont pas dupes. Et ils sont assez fiers de ne pas se laisser manipuler comme le peuple. Eux, au moins, ils ne recrachent pas un discours dont ils ne se rendent même pas compte qu'il n'est pas le leur, non, eux, ils ont leur propre discours. De quel discours le leur "propre" est-il différent ? De celui du "peuple", c'est à dire celui des individus non-critiques. Donc, à cet égard, ils sont bien heureux de ne plus faire partie du peuple. Pourtant, dès qu'ils parlent, c'est pour défendre le "peuple". "Ce que je dis là ne me concerne pas directement, je le dis pour vous ! Même si je ne suis plus dominé symboliquement, je tiens à défendre ceux qui le sont." Quelle grandeur d'âme ! D'une contradiction (je ne fais plus partie du peuple / je défends le peuple), le critique aboutit à un discours qui magnifie son dévouement pour ceux dont il est fier de ne plus faire partie. Le critique donne l'impression de se "tuer à la tâche" pour ceux que, lorsqu'il discute tranquillement avec ses amis critiques, il appelle les "veaux" et les "moutons".

Le critique souhaite alors expliquer au peuple ce que sa bêtise (c'est le cas de l'écrire) l'empêche de voir : le peuple se croit heureux mais en fait il est opprimé. Il voudrait travailler plus alors que ce qui lui serait profitable, c'est de travailler moins. Il pense que la division sociale est justifiée rationnellement par une quelconque "nature des choses", en fait elle est totalement arbitraire et pourrait être renversée. Ces thèses sont sûrement justes. Mais le problème est qu'elles ne peuvent être proférées que de l'extérieur, car il faut précisément ne plus faire partie du peuple pour pouvoir parler en son nom.

Alors que le peuple avait disparu du discours car il ne savait pas ce qui était bon pour lui, il revient tout à coup au galop comme celui qu'il faut défendre ! Du coup, puisque d'un coté le peuple ne sait pas vraiment ce qui est bon pour lui, et que d'un autre coté il faut le défendre, la solution semble simple : "moi, l'intellectuel omniscient qui, libéré de la manipulation, voit aussi clairement dans le monde social que dans de l'eau de roche, je n'ai qu'à lui dire ce qui est bon pour lui ! Et s'il n'est pas d'accord, c'est qu'il est bête, car moi je sais, et je ne me trompe jamais. Pensez donc, je lis Halimi !". C'est ainsi que la notion de peuple, d'abord révoquée à cause de la malvoyance qu'on prête à celui-ci, est ré-invoquée lorsque cela nous arrange, pour permettre à l'intellectuel de justifier son impérialisme politique. Il doit s'agir d'une subtilité de la dialectique... Les thèses défendues sont peut-être justes, le seul problème vient de ce qu'il prétend les imposer de l'extérieur, et par un tour de passe-passe, à une frange de la société qu'il a reconstruite après coup pour cacher sa partisanerie sous un humanisme douteux.

Car il est partisan. Etre liberé de la manipulation ne signifie pas pour autant être libéré de toute mise en forme de la réalité sociale et ne permet pas l'accès immédiat à la réalité sociale en soi. De quelque bord qu'il soit, le critique, même si, contrairement au peuple il a plus ou moins choisi son idéologie, ne peut pas se dispenser d'une idéologie, et ce n'est que selon celle-ci qu'il prétendra édicter au peuple qui il est, ce qu'il veut, et ce qu'il doit faire. Le discours de la "sortie de l'idéologie" n'est rien de plus qu'une nouvelle idéologie qui se cache derrière son petit doigt.

La principale contradiction vient de ce que le critique prétend parler au nom de ceux dont il n'est plus. Il prétend dire à la place du peuple ce que veut celui-ci, car, croit-il, le peuple, manipulé qu'il est, ne peut le faire lui même. Mais qui est-il pour dire aux autres ce qu'ils veulent ? Le critique dispose peut-être de la clairvoyance qui fait défaut au peuple, mais plus de l'appartenance qui justifie son propos. Il en est alors réduit à plaquer ses conceptions partisanes du bien-être désiré sur une catégorie de la population qu'il doit imaginer de loin et à qui il prête les souhaits qui correspondent à son idéologie. Le critique de connaît plus la réalité populaire que son statut l'a obligé à quitter, il en est réduit à fantasmer sur les désirs et représentations d'une frange de la population qu'il a définitivement quittée...

***

On n'est jamais légitime lorsque l'on parle "au nom du peuple". On le fait toujours soit pour s'enorgueillir de son statut de dominé symbolique afin de resservir avec plus d'authenticité un discours de domination ("au nom du fric"); soit pour parler de ceux dont on n'est plus mais dont on prétend décrire les intérêts ("au nom des simples d'esprit"). Dans tous les cas, lorsqu'on invoque le peuple, il faut se plier; car personne n'osera jamais dire qu'il s'oppose à la volonté du peuple ("Amen").

"Au nom du peuple, du fric, et des simples d'esprit, Amen"

Le seul intérêt de parler "au nom du peuple" provient du "Amen" : cela force l'inclination, le respect. Personne ne contredira quelqu'un qui prétend vouloir le bien général. Mais on le discréditera, soit parce qu'il appartient au peuple, soit parce qu'il n'y appartient pas.

Cruel dilemme. Le dominé se vante de son appartenance à la "France d'en bas" pour légitimer le discours dominant qu'il recrache, alors que le critique se gargarise de sa non-appartenance à cette France pour tenir à leur place le discours de ceux auxquels il n'appartient plus. Dans les deux cas, le discours "au nom du peuple" est discrédité. Soit parce qu'il provient justement du peuple, que l'on soupçonne alors d'être manipulé, soit parce qu'il provient de ceux qui ne sont plus manipulés, mais qui ne font plus partie du peuple et devraient alors uniquement pouvoir dire "notre théorie politique projette ces désirs sur le peuple".

19/09/2008

L'exception qui confirme la règle

J'ai toujours trouvé ça débile, comme expression. Et pourtant, je crois que je commence à comprendre ce que ça veut dire. En un certain sens, du moins. Nos institutions accusées de tous les maux ont toujours recours à une minorité exceptionnelle pour se justifier face aux accusations dont elles sont l'objet. Maintenir un privilège pour une minorité leur permet de montrer qu'elles peuvent procurer ce privilège, et par conséquent que leur existence ne s'oppose pas par nature à ce privilège : elles cultivent le positif pour une exception, ce qui leur permet de justifier le négatif qui est la règle pour la majorité.

Démonstration en pratique :

1. les parvenus à l'école

Certains (Bourdieu, Ivan Illich) disent de l'école qu'elle a pour rôle la justification de la ségrégation sociale. Ainsi, ce que mesure l'école n'est pas l'intelligence, concept totalement fictionnel qui ne signifie rien du tout, mais bien la conformité aux dispositions sociales d'une certaine catégorie (cet énoncé peut sembler brutal, assené comme cela, mais il est très bien justifié dans la reproduction et les héritiers (Bourdieu & Passeron)). Il est intéressant de remarquer que l'on n'est jamais parvenu à créer un test "d'intelligence" ou de "connaissances" qui ne fasse pas appel aux présupposés sociaux d'une certaine catégorie de la population... ceux des individus qui élaborent les tests, en général. Ces tests excluront donc forcément ceux qui n'ont pas les présupposés de la catégorie sociale en question, mais l'exclusion sera attribuée à un "manque d'intelligence". Or, ce n'est pas la conformité aux comportements et représentations du bas peuple qui est évaluée par l'école : on ne demande pas de savoir changer une roue de vélo pour entrer en CM2. La catégorie par rapport à laquelle seront évalués les comportements, c'est celle des dominants, les individus haut placés socialement. Ainsi, la véritable question que posent les interrogations de l'école est la suivante : "partagez-vous les dispositions de la classe dominante ?". Si c'est oui, alors vous réussissez à l'école, et on attribue cela à votre mérite, on dit que vous êtes intelligent, que vous avez bien travaillé, par conséquent vous méritez la promotion sociale qu'est l'autorisation de continuer à monter l'échelle des diplômes. Si la réponse est non, on ne vous dira pas "mais mon pauvre ami, c'est normal que tu n'aies pas réussi, puisque tu appartiens à la plèbe et ce test avait pour rôle de t'exclure", ce que l'on vous dira, c'est que ce n'est pas bien, que vous n'avez pas travaillé, ou peut-être que vous êtes stupide, en tout cas, si vous avez des mauvais résultats, on vous fera bien sentir que c'est de votre faute. Alors, vous vous direz qu'en effet, vous êtes moins bon que celui qui a eu de bons résultats, et donc qu'il mérite sa position sociale privilégiée, et que vous méritez de croupir dans la France d'en bas. Ainsi, l'école justifie l'exclusion puisqu'elle génère une exclusion sociale qu'elle fait passer pour une répartition fondée sur le mérite.

Voilà pour le reproche adressé à l'école : par un certain nombre de mécanismes, notamment celui décrit plus haut (mais pas seulement), elle exclut une certaine partie de la population de l'accès aux études supérieures, et par là à un haut statut social. Elle n'est pas l'ascenseur social que l'on croit, puisqu'en réalité son organisation a pour conséquence de rendre plus difficile le succès scolaire des pauvres que celui des riches. Mais voilà, si l'école annonçait cette ségrégation, c'en serait fini de sa légitimité ! Qu'en serait-il de "l'accès à l'éducation pour le plus grand nombre" ? En réalité, elle doit, pour pouvoir continuer à être crédible, et donc continuer à exister, et continuer à exclure les pauvres, entretenir le mythe de l'égalité des chances. Voici donc ce que cache cette belle formule : la justification morale de cette machine à exclure.

Et comment l'école s'y prend-elle pour entretenir ce mythe ? Elle prend quelques personnages, de préférence pauvres et particulièrement résistants, qui sont parvenus à échapper à son mécanisme d'exclusion, soit du fait d'un énorme travail, ou bien de celui d'une faille dans le système d'exclusion, ou encore à la faveur d'une quelconque rencontre qui a glissé un peu d'humanité dans la machine scolaire. Ces personnages pauvres mais qui ont réussi, elle les monte sur un piédestal, en disant à la population : "Voyez, ceux-là sont pauvres et ils ont réussi ! C'est bien la preuve que l'école permet aux pauvres de réussir. C'est aussi la preuve que si vous êtes pauvres et si vous n'avez pas réussi, alors c'est de votre faute !". Peu importe que le taux des pauvres qui réussissent soit statistiquement inférieur à celui des riches qui réussissent, que nous disposions de données fiables et parlantes pour montrer le caractère discriminatoire de l'école : tout ceci est balayé d'un revers de la main par l'exposition spectaculaire et éhontée de quelques méritants, trop heureux de leur sort pour songer qu'ils sont en fait les instruments de la culpabilisation de leurs frères.

C'est ainsi que l'exception de la réussite de quelques uns confirme la règle de l'exclusion de tous les autres par l'école.

cf. La "grande querelle" de Marc Kravetz avec Bourdieu, en direct sur France Culture

2. les grincheux à l'Université

Certains disent qu'une Université dépendante des finances de l'État ne peut pas engendrer de discours qui remettent sa légitimité en cause : l'État, en dispensant la manne financière, dispose d'un moyen de pression des plus efficaces. Certains ont même le toupet d'en venir à dire qu'une Université qui n'a les moyens de s'exprimer que lorsqu'elle loue l'État et sa grande bonté n'est pas bonne à grand-chose, que peut-être vaudrait-il mieux imaginer des lieux indépendants de création et transmission du savoir. Car cette Université-là ne saurait former que des érudits pour qui l'étude de la philosophie consiste à apprendre par coeur les textes poussiéreux d'Aristote plutôt qu'à réfléchir sur le monde actuel, pour qui les sciences sociales consistent à élaborer des théories sociobiologiques du darwinisme social pour justifier le caractère prédateur du monde de l'entreprise plutôt que d'analyser les rouages cachés des institutions, pour qui la biologie consiste à forger des chimères génétiques plutôt qu'à élaborer des voies pour une agriculture de performance frugale.

Alors, l'État paye quelques grincheux, qu'elle nomme au Collège de France par exemple, et qui sont payés par lui pour dire du mal sur son dos devant une cinquantaine d'étudiants dociles. Ainsi, elle se paye une caution, elle dit aux contestataires : "voyez, l'Université est tolérante, elle ouvre ses portes à ceux qui critiquent l'État et les idées ambiantes". Peu importe les exemples quotidiens de crédits coupés, de laboratoires fermés, de mises au placard, l'Université s'est achetée sa dose minimale de subversion qui légitime la soumission ambiante aux grands dogmes portés par l'État.

Et ces universitaires sont heureux de pouvoir critiquer l'État tout en ayant la reconnaissance sociale de l'enseignant-chercheur et le salaire qui va avec. Il ne leur vient pas à l'idée qu'ils sont en fait payés pour faire taire une critique bien plus profonde que celle qu'ils ont l'impression d'adresser. Et c'est pourtant leur existence qui justifie le maintien d'un système qui fait taire leurs collègues en bien plus grand nombre. À nul moment ne leur vient l'idée d'une contradiction. Ils pensent être ceux qui se jouent de l'État en étant payé par lui pour le critiquer alors qu'ils ne sont que les garants moraux de sa logique d'étouffement de la contestation.

C'est ainsi que l'exception de la critique à l'Université confirme la règle de sa terne conformité idéologique.

3. la culture à la télé

Certains pensent que la télévision ne représente qu'un instrument d'asservissement des masses en leur faisant gober toujours plus de fausses informations sous un caractère solennel au JT, en leur faisant assimiler le bonheur à la triste consommation des plats surgelés et voitures de sport vantés par les blondasses de la publicité, et en les abrutissant à coup de jeux télévisés débiles et avilissants. Certains vont même jusqu'à dire que, tant qu'elle restera dans ce contexte social (des chaînes gérées soit par des grands groupes commerciaux soit par l'État), la télé ferait mieux de disparaître.

Alors, pour justifier l'intérêt de la télévision, on diffuse, entre deux et trois heures du matin, ou pendant l'été, quelques documentaires qui font 2 à 3% d'audimat, et que l'on appelle "culturels", sur la vie privée de François Mitterand ou l'extinction des dinosaures. Ces documentaires font l'objet d'une double page dans Télérama, ainsi que d'un ramdam médiatique incroyable : plus de personnes auront lu un article à leur sujet que regardé les émissions en question. Il existe même des chaînes culturelles que personne ne regarde mais que tout le monde subventionne, destinées à fournir la caution bienséante d'une télévision racoleuse et démagogique.

C'est ainsi que l'on peut, en toute impunité, continuer à corrompre le peuple à coup de programmes débilisants et formatants, justifié que l'on est par la part symbolique de culture que personne ne regarde. Peu importe que l'immense majorité du temps passé devant la télévision le soit à regarder des programmes violents, stupides, de propagande, au service des grands groupes commerciaux et du maintien de l'idéologie en place, l'État peut brandir fièrement son échantillon culturel, avant de noyer sa goutte d'elixir instructif dans le flot ininterrompu de programmes infantilisants.

C'est ainsi que l'exception de l'éclaircie formatrice à la télé confirme la règle du torrent de formatage qu'elle nous fait subir.

***

Méfiez-vous lorsque vous avez l'impression d'introduire un peu de positif dans une institution qui est foncièrement corrompue. Vous êtes peut-être en train de lui fournir la caution dont elle avait besoin.

15/09/2008

Contradiction de l'avant-gardiste

"Bobo ? Ça, c'est un terme de bobos !"

Qu'est-ce que l'avant-garde ? C'est une perpétuelle fuite en avant pour ne pas être rattrapé par ceux que l'on méprise. L'avant-gardiste ne souhaite pas être à la mode : pour lui ce qui est actuellement à la mode est déjà en retard. Ce que l'avant-gardiste souhaite, c'est être dans la position qui demain, sera à la mode. L'avant-gardiste a besoin d'être en avance pour se distinguer des autres. Il ne supporte pas d'être mélé à la masse. Tout ce qui plaît au peuple ne lui semble pas digne de l'intense effort de refléxion dont il se rend capable : l'avant-gardiste ne souhaite décidément pas faire partie de cette société qu'il méprise, il aime être un outsider.

Mais il y a plusieurs manières d'être à l'extérieur de la doxa. On peut être devant, derrière, à sa droite, à sa gauche, au dessus, ou en dessous ! Celui qui se revendique d'avant-garde se place dans une perspective temporelle : il souhaite être avant la masse, avoir les idées qu'elle aura dans 20 ans. En raisonnant dans ces termes, l'avant-gardiste considère de manière sous-jacente que la succession des idées dans le temps est le produit de modes : ce n'est que parce que les idées se succèdent au fil du temps que l'on peut prétendre forger celles qui viendront. Or ce n'est pas cela qui le gène : l'avant-gardiste ne critique pas la mode des idées en tant que processus; la seule chose qui le dérange, c'est ce qui est actuellement à la mode et qui pourrait entâcher de populisme son immaculée intégrité subversive. Non seulement l'avant-gardiste ne critique pas le processus de la mode des idées, mais au contraire il s'inscrit en plein dedans, puisqu'il prétend que c'est grâce à lui si l'on a aujourd'hui les idées qu'il avait hier, et que l'on aura demain celles qu'il a aujourd'hui. L'avant-gardiste se place en créateur de la mode des idées, il se considère comme étant le moteur qui fait tourner la "machine à renouveller les idées". Mais quelle machine fait-il tourner ? S'est-il vraiment un jour posé la question ? L'avant-gardiste est en fait dépendant de ce processus de mode des idées, puisque sans elle, il perd son statut de précurseur temporel. Mais cela, il ne s'en rend pas compte.

Ainsi, l'avant-gardiste n'a pas compris qu'il entretient lui-même ce qu'il prétend dénoncer. Il n'a pas compris non plus que la gloriole dont il se targue est entièrement soumise à ce processus de la mode des idées. Ce processus, il ne le critique que ponctuellement et superficiellement, lorsque le fait d'"être à la mode" risquerait de le mêler à ce si vil bas peuple, mais en se donnant le statut de "précurseur de la mode", il le foritifie en fait jour après jour.

***

Pendant 20 ans, l'avant-gardiste se bat pour des idées qui ne sont pas encore reconnues; puis, le jour où elles le sont, il balaie tout d'un revers méprisant de la main en déclarant : "c'est à la mode en ce moment" : l'avant-gardiste accepte alors de lâcher cette idée qui lui tenait tant à coeur, car s'il la garde il se met à penser comme tout le monde. Comme tout le monde ? Beurk, comme c'est écoeurant ! Pourtant, ce n'est pas sans fierté qu'il explique que, ce que tout le monde pense aujourd'hui, il le défendait à corps et à cris il y a 20 ans, alors que personne n'écoutait. Il est fier d'avoir été un précurseur. Mais voilà, il préfère garder son rôle de précurseur et quitter sa position actuelle pour une position novatrice. La raison qu'il invoquera pour quitter cette idée qu'il avait si durement et si longuement soutenue est bien simple : en se popularisant, elle s'est vulgarisée : forcément, ayant été comprise par la plèbe, elle n'a pu être que mal comprise, dévoyée de son sens premier et de la belle radicalité qu'elle arborait auparavant. Et maintenant que sa belle idée a été dénaturée par ce peuple ingrat, il n'a plus qu'à tout recommencer ! Mais, bizarrement, cela ne semble pas le déranger outre mesure.

L'avant-gardiste éspère-t-il vraiment que ses théories s'appliquent un jour ? Non, car pour qu'une théorie s'applique, il faut qu'elle soit reprise par les masses, or voir sa théorie sortir du petit cercle fermé des branleurs pédants est bien ce qu'il abhorre plus que tout. On ne fait pas la révolution à 5 dans une chambre, mais dès lors que la théorie est adoptée par plus de 5 personnes, ce que pour l'avant-gardiste elle était démagogique, donc mauvaise. Il faut donc tout recommencer, et en attendant, la révolution n'est pas pour demain ! L'avant-gardiste fuit l'appropriation de sa thèse par les masses, qui est pourtant la condition première de son application : il ne souhaite pas changer la société, mais simplement se complaire dans son statut de chic radicalité. L'avant-gardiste préfère s'admirer dans son miroir tous les matins en se félicitant de son "authenticité" plutôt que de véritablement entrer en dialogue avec le peuple qu'il est censé vouloir libérer.

On ne peut pas prétendre affranchir le peuple en le méprisant. Méprisons les méprisants !

Voir aussi Debord trahi

12/03/2008

Et la politique devint anecdote...

I. Pré-texte : que je vous dise un peu ce que je ne vous dirai pas...

Il y a plusieurs manières de critiquer le traitement des mouvements sociaux par les médias.

  • On peut dire que, soumis aux pressions de leurs annonceurs et leurs propriétaires, les journaux ne prennent pas position en faveur de ceux qui entrent en grève car ils ne peuvent se permettre de s'afficher contre ceux dont ils dépendent financièrement.
  • On peut dire que, parce qu'ils se sentent obligés de prendre leurs lecteurs pour des veaux, afin de maintenir un nombre de lecteurs suffisamment élevé, ils n'abordent pas les questions qu'ils jugent trop compliquées et se complaisent dans un infantilisme démagogique de leur lecteur.
  • On peut dire aussi que la concurrence entre les médias pousse chacun à racoler dans le plus spectaculaire et le plus aguicheur. Ceci conduit à une surenchère de l'obscène et du violent dans les journaux, afin d'ébahir et de captiver toujours plus le lecteur/spectateur.

Ces raisons, et d'autres sûrement, ont des effets bien connus sur la manière dont sont abordés les mouvements sociaux : on fait l'impasse sur les réelles revendications de ceux qui entrent en grève ou manifestent, car celles-ci sont jugées trop compliquées ou techniques, et risqueraient de susciter un mouvement de sympathie des lecteurs/spectateurs. À la place, on préfère insister sur les évènements violents, dont on est sûr qu'ils attireront le public; et arborer des analyses simplistes dont on est sûr qu'elles conforteront le lecteur dans ses préjugés. On se contente alors de montrer le mouvement social dans son aspect gênant pour les usagers, ce qui permet de stigmatiser assez vite ses acteurs, qui sont perçus comme des égoïstes gênant la bonne marche de la société pour maintenir/obtenir des privilèges.

Ce sont les manières traditionnelles de critiquer le traitement médiatique des mouvements sociaux. Elles sont justifiées. Mais l'objet de ce texte concerne un autre genre de critique, celle d'une dérive plus insidieuse des médias et de l'opinion publique en général : la clientélisation de la politique, et la banalisation d'un mouvement social. Pour pasticher Durkheim, le fait politique est pris comme une chose, mais pas au sens épistémologique où l'entendait le sociologue : il devient une chose au sens banal du terme, un "truc" parmi d'autres, sans plus aucune valeur symbolique, un "machin" qui cause des désagréments aux usagers de temps en temps, une anecdote parmi les évènements de la journée. Et c'est ainsi que l'on en vient à classer les manifestations dans la rubrique des "routes bouchées", en même temps que les travaux de voirie...

II. Texte :

"Manifestations : comment éviter les bouchons."

Ouest-France titrait ça à la une, l'autre jour, sur les affichettes que l'on voit sur le devant des buralistes. Ils semblent en être fiers à Ouest-France. Et tout le monde passe devant, personne n'y fait trop attention, en tous cas, personne n'est choqué.

Peut-être n'a-t-on pas pris le temps de réfléchir à tout ce que ça signifiait. Peut-être faut-il tout reprendre à zéro.

Une manifestation, c'est des personnes qui se réunissent. Bien, c'est un bon début. Mais ils ne se réunissent pas pour faire la fête, ni pour réparer la chaussée. Ils se réunissent car ils ont un message à véhiculer, des revendications à scander, des informations à diffuser, des exigences à porter. Une manifestation porte en elle un message politique qu'elle souhaite faire connaître aux gens de l'extérieur. Non seulement une manifestation est quelque chose de symbolique, mais quelque chose qui vise à rendre public le message qu'elle porte, à le faire entendre au reste de la population. Donc si des gens manifestent, c'est d'abord parce qu'ils ont quelque chose à dire, et ensuite parce qu'ils estiment qu'ils ne sont pas assez entendus.

Voilà qui devrait faire la joie des médias, si ceux-ci jouaient encore leur rôle. Tout d'abord, ils ont en face d'eux des gens porteurs d'un message, des gens prêts à diffuser largement une information, sur leurs conditions de travail, sur une nouvelle réforme qui passe, ou sur un autre sujet. Mais plus encore, ils ont face à eux des gens qui estiment que le travail journalistique d'information est mal fait (sans quoi ils n'auraient pas besoin de manifester) et qui demandent qu'on le fasse. Ainsi, non seulement on leur mâche le boulot en leur fournissant le sujet politique et les informations, mais on ne demande qu'une chose aux journalistes, c'est qu'ils piochent allègrement dans le travail d'information que l'on a fourni, car la seule chose qui compte pour nous c'est qu'elle soit diffusée.

Mais il faut croire que parler de politique, c'est ringard pour les journalistes de Ouest-France. Prendre un mouvement social par ses revendications, ça risquerait de fâcher et faire perdre des lecteurs. Parler d'un projet de loi, c'est trop compliqué pour les lecteurs. Et, puisque ça ne les concerne pas, ça ne les intéressera pas. D'ailleurs, si ça les avait intéressé, ils seraient allés manifester. "Quoi, comment ça, pour aller manifester, il faut d'abord être informé de la manifestation ? Mais vous ne croyez tout de même pas que c'est le travail d'un journaliste que de faire de l'information ?!"

Bref, il vaut mieux parler d'une manifestation comme d'un désagrément passager, au même titre que les travaux de voirie et les contrôles radars. Là, au moins, on est certain de faire de l'information utile pour le consomm... pardon, le citoyen.

J'imagine un enfant biberonné au Ouest-France, tombant par hasard sur une manifestation dont les brillantissimes recherches du journal ne sont pas parvenues à le protéger. Il découvrira alors avec stupeur que les manifestants sont des gens comme lui. Tiens, et ils ont même des pancartes, et ils disent des choses.

- "Qu'est-ce qu'ils disent maman ?"

- "Ne les écoute pas, ils parlent de politique, c'est obscène"

Il réalisera peut-être qu'une manifestation, ce n'est pas une réunion impromptue de personnes en mal de relations sociales, mais que les gens se réunissent pour une raison. Mais ça, ce n'est pas avec Ouest-France qu'il l'apprendra.

Après les frasques de la politique-spectacle, décrite par d'autres avec brio, on tombe ici dans la politique-anecdote. La politique qu'on contourne en tournant au feu à droite 100m plus tôt que d'habitude. La politique qui dérange un peu parce qu'elle fait du bruit et qu'elle bloque la route, mais surtout pas la politique porteuse d'un message. Alors, d'une vision d'ensemble de la société, vous n'y pensez encore moins !

Et le pire, c'est que personne ne s'en émeut. Tout le monde trouve ça normal de voir la politique ainsi vidée de son essence pour être rabaissée au même rang qu'une route bouchée pour raisons d'innondations ou de fortes chutes de neige. On est presque content de savoir quand une route sera bouchée pour pouvoir faire le détour, parce que "quand-même, c'est bien pratique, on peut prévoir avant".

Un jour, chaque ville disposera d'un terrain vague, un peu à l'écart, pour que les mécontents puissent y manifester autant qu'ils le veulent sans déranger personne. Ouest-France pourra affréter des cars pour que les militants puissent se rendre jusqu'à ce terrain vague. Et tout le monde trouvera ça bien pratique.

III. Après-texte : Ce qui n'était pas dit dans ce qui est dit

Au delà de l'anecdote sur Ouest-France et les manifestations, c'est la transformation de la manière dont est perçue la politique qui est en cause. D'un projet de société fondé sur un certain nombre de valeurs et une démarche collective, dont on discute avec d'autres, et que l'on essaie de mettre en pratique, on passe à un évènement parmi d'autres, susceptible lui aussi d'être agréable ou désagréable pour celui qui le vit individuellement. On ne juge plus un fait politique parce qu'il se fonde sur des valeurs que l'on cautionne, parce que son application se traduirait par une société que l'on jugerait plus juste, désormais on le juge pour l'agrément ou le désagrément immédiat qu'il nous procure. "Je suis contre les grèves car elles me nuisent en tant qu'usager", "Je voterai pour tel candidat parce qu'il a promis tel avantage pour les gens de ma catégorie" Mais est-ce qu'il propose une société juste ? "Ça, je m'en fous !".

On ne se demande même plus "vais-je voter pour une société de l'individuel ou bien une société du collectif ?", car on ne vote même plus pour une société, mais seulement pour son intérêt propre d'individu. L'individualisme (la droite) a triomphé en politique, car il s'est insinué non plus dans le contenu du vote, mais dans sa démarche même. Et, puisque désormais les individus vote pour des motifs individuels, nul doute qu'ils voteront du coté de ceux qui orientent le plus leur discours vers l'individu...

Et la gauche qui croit aux élections est obligée de s'adapter à cette nouvelle conception du politique. Elle doit transformer son message : plutôt qu'un modèle de société, elle doit se mettre elle aussi à proposer des avantages individuels directs. C'est ainsi qu'elle en vient à se couper d'une partie de son électorat traditionnel : ceux à qui le vote à gauche n'est pas susceptible d'apporter d'avantages individuels directs, mais pour lesquels il correspond à leurs convictions. Par exemple, les gens bénéficiant d'un fort taux d'éducation, et gagnant beaucoup, qui paieront plus d'impôts sous un gouvernement de gauche, mais qui défendent l'impôt au nom d'une vision collectiviste de la société. Dès lors que la gauche se coupe de cette vision collectiviste pour se vendre comme un banal prestataire de services politiques, ils n'ont plus d'intérêt à voter pour elle. D'autres concurrents offrent des services plus rentables...

Ce renversement des valeurs était patent pendant la campagne présidentielle de 2007, notamment à travers ce slogan de Ségolène Royal qui m'a choqué : "Plus juste, la France sera plus forte". Ainsi, une France juste n'est plus le but que se donne Ségolène Royal, mais uniquement un moyen pour maintenir la suprématie de la France. "Votez à gauche, c'est elle qui garantit le mieux le maintien de vos privilèges !" Et moi qui croyais que la gauche, c'était l'abolition des privilèges ? Ce slogan peut être critiqué sous plusieurs aspects, notamment par le fait qu'il témoigne d'une idéologie compétitiviste dont on se demande comment elle peut s'accommoder d'une quelconque "justice" : la France doit être juste en interne, pour pouvoir écraser les autres en externe ? Mais surtout, ce que l'on voit, c'est que ce sur quoi la gauche a désormais axé sa campagne, c'est les avantages stratégiques qu'elle prétend proposer, alors que les questions de justice sociale qu'elle devrait mettre au tout premier plan sont reléguées au rang de moyen pour acquérir ces avantages. Puisqu'elle ne croit plus pouvoir nous proposer la justice pour elle-même, la gauche tente de nous la refourguer par la petite porte, comme un bon moyen de garder notre niveau de vie. Et si l'on parvenait à démontrer à Royal que c'est l'injustice qui favorise le maintien de nos privilèges ? Étant donné que ce maintien est devenu prioritaire sur la justice, c'est sans scrupules qu'elle devrait abandonner la justice.

Finalement, le vrai problème tient dans ce renversement des valeurs que l'on attribue à la politique, dans le fait qu'aujourd'hui elle ne soit plus considérée comme un projet global pour une société plus juste, mais comme un évènement parmi d'autres, susceptible d'être agréable ou désagréable. Les médias ou le discours actuel du PS ne sont pas responsables de cet état de fait, ils ne font que traduire une évolution des mentalités. Ce contre quoi il faut lutter, c'est justement cette évolution sournoise et insidieuse : la consumérisation de la politique. Tentons d'abord de comprendre les processus qui mènent à cette consumérisation de la politique, et luttons pour sa repolitisation.

Un bon point de départ pour comprendre : le documentaire "Century of the Self" (en anglais), d'Adam Curtis, et notamment son quatrième volet.

Un bon point de départ pour lutter : une dénonciation véhémente de toute la dépolitisation de la politique menée par le PS et par les "syndicats représentatifs", en rappelant que si l'on doit voter pour quelqu'un, ce n'est pas pour les services qu'en tant que prestataire il nous rendra à nous clients, mais pour les valeurs qu'en tant qu'élu il incarnera en notre nom de citoyens.