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08/03/2009

Les "jeunes populaires" et une certaine définition de l' "honnêteté"...

Malgré les divers autocollants antipub que l'on peut apposer sur sa boîte aux lettres, on peut toujours avoir la mauvaise surprise de tomber sur l'irrespect de quelques individus peu scrupuleux pour la joncher malgré tout de prospectus racoleurs directement destinés à la poubelle. Clubs de fitness, livreurs de pizza, voyants résolvant les problèmes d'impuissance par téléphone et acceptant les paiements par carte bancaire sont le lot commun des étudiants des Cités Universitaires rennaises (et des autres).

Ce jour-là, le procédé malhonnête ne provenait ni de "Fit'N Form", ni de "Rapizz'a", ni du Professeur Mugadu, mais des "Jeunes Populaires". "Jeune Populaire", des termes qui font peur, depuis que leur sens épouse celui que leur donnent les présentateurs de TF1. Pourtant, ici, nous pouvons être rassurés, les "Jeunes Populaires" ne sont ni les habitants des tours de Maurepas, ni les insurgés de Guadeloupe, il s'agit du groupe des "jeunes de l'UMP". Pas de baskets ni de cambouis sur les mains, vous n'y trouverez que des gens fréquentables !

Que disait donc ce tract déposé dans les boîtes aux lettres des résidents de la Cité Universitaire de Beaulieu ? "Universités oubliées ? Etudiants délaissés ? FAUX" "Nicolas Sarkozy et le Gouvernement : 18 mois au service de l'Université et des étudiants". Suivent un magnifique portrait de notre cher Président, et une liste des actions qu'il a entreprises pour sauver l'Université. "Alors est-ce honnête de dire que le Gouvernement n'a rien à faire des étudiants ?" "Si toi aussi tu veux entrer dans le changement et agir contre l'immobilisme REJOINS-NOUS !". Pour conclure magistralement le tract, le lieu et la date des réunions des Jeunes Populaires, et un Bulletin d'Adhésion à l'UMP (avec un tarif réduit pour les étudiants, évidemment).

Quelles sont donc les mesures dont se vantent les "Jeunes Populaires" ? Elles méritent que l'on s'y attarde un moment :

 

  • "L'autonomie des universités (gestion du budget, de la masse salariale, des ressources humaines) pour des universités plus réactives et performantes : 20 universités autonomes en 2009 et la totalité (85) en 2012" : En quoi consiste la loi dite "d'autonomie" (ou LRU), passée en douce durant l'été 2007 ?
    • "Gestion du budget" : Les "compétences élargies" transfèrent un certain nombre de charges de l'État vers les Universités, tout en augmentant leur budget, certes, mais pas à la hauteur de ces nouvelles charges. D'où une nécessité pour l'Université d'aller chercher ailleurs ses sources de financement, ce que la LRU permet désormais : auprès des étudiants en augmentant les frais d'inscription (comme ce fût le cas dans tous les pays européens où une loi similaire est passée), en faisant appel aux collectivités territoriales (induisant ainsi des disparités entre régions riches et pauvres), ou aux entreprises, qui bénéficient alors d'un droit de regard sur le contenu des formation.
    • "Gestion de la masse salariale" : Le "budget global" prétend autoriser l'Université à choisir elle-même la répartition de son budget, tout en plafonnant la partie dédiée au personnel, en autorisant que l'on y pioche pour payer d'autres types de frais mais en interdisant les mouvements en sens inverse (la part des salaires dans le budget est donc vouée au mieux à stagner même en cas d'augmentation des effectifs, au pire à baisser).
    • "Gestion des ressources humaines" : La LRU permet au Président d'Université de définir la quantité et le type de travail qu'il attribue à chacun des personnels, cassant ainsi leur statut national au profit d'arrangements locaux. Sachant que la part du budget pour le personnel est vouée à baisser, cela se traduira par une augmentation des charges de travail à salaire égal. Elle permet également l'embauche de contractuels (notamment parmi les enseignants, sans aucun critère de qualification pour l'embauche), en même temps qu'elle incite à se défaire des fonctionnaires en place (l'Université touche une prime de 45000 € pour chaque fonctionnaire non-enseignant licencié, libre à elle ensuite d'embaucher des intérimaires pour faire le travail devenu vacant). La LRU accorde au Président un droit de veto sur l'embauche des salariés, détruit les Conseils de Spécialistes pour l'embauche d'enseignants-chercheurs pour les remplacer par des commissions dont les membres sont nommés par le Président, ...
    • Ce dont les Jeunes Populaires ne parlent pas : parmi les autres mesures de la LRU destinées à rendre les universités "plus réactives et performantes", citons les suivantes : la part des représentants de personnels et d'étudiants au sein du Conseil d'Administration diminue, au sein de celui-ci arrivent des "personnalités extérieures" (chefs d'entreprises...) nommés par le Président. Le Conseil Scientifique, et le Conseil de Études et de la Vie Universitaire perdent tout pouvoir décisionnel, les crédits alloués aux différentes filières ne le sont plus en fonction de leurs besoins, mais de leurs "performances" (celles-ci sont évaluées sur des critères arbitraires qui désavantagent les filières de sciences humaines et sociales, notamment le taux d'insertion professionnelle à court terme et le nombre de brevets déposés).

 

  • "Rennes sélectionnée dans le cadre des campus prometteurs (sic) recevra jusqu'à 60 millions de dotations supplémentaires cette année" : D'une part, Rennes n'est pas un campus, mais une ville regroupant deux Universités réparties sur plusieurs campus. D'autre part, aucune des deux Universités de Rennes n'a eu l'honneur d'être sélectionnée parmi les 10 Universités les plus prestigieuses bénéficiant de l'argent du Plan Campus. Par contre, l'Université de Bretagne, une institution regroupant, comme son nom l'indique, les Universités de Bretagne, a reçu un coup de pouce financier pour son projet de "campus numérique" (les études par internet).
  • Mais imaginons qu'une des Universités de Rennes ait été sélectionnée. Qu'est-ce que cela signifie ? Que l'État a sélectionné les Universités qui sont déjà les plus performantes pour leur donner encore plus d'argent, et que par ailleurs les petites Universités qui ont déjà des problèmes de fonctionnement sont encore plus délaissées, alors que ce sont elles qui auraient particulièrement besoin d'argent. La logique du Plan Campus consiste à augmenter encore les disparités entre les Universités prestigieuses qui seront encore mieux dotées, et les petites Universités dont le budget déjà insuffisant sera encore réduit. Et, malheureusement pour nous, Rennes 1 et 2 font partie de ces petites Universités...

  • "Augmentation de 15% du budget des universités en 2009" : Difficile de savoir d'ou proviennent ces informations, puisqu'aucune source n'est citée dans le tract. Car quand on regarde les informations qui proviennent de Sauvons la recherche, on apprend que le budget des Universités a augmenté de moins de 3% cette année, ce qui est inférieur à l'inflation, donc elles se trouvent face à une perte effective de moyens.
  • "5 milliards d'euros de crédits supplémentaires pour l'immobilier des universités dans le cadre de (sic) « Plan Campus »" : Il est vrai que le Plan Campus consiste en une injection d'argent dans les Universités, mais comme nous l'avons vu, il ne s'agit que de pourvoir encore plus les 10 Universités les plus prestigieuses et de délaisser les 76 autres.
  • "L'Etat garant des prêts étudiants" : En fait, la mesure consiste en la suppression des prêts à taux 0 pour les étudiants (prêts d'honneur du CROUS) pour les remplacer par des prêts aux taux fixés par les Banques. Afin que celles-ci acceptent de prêter, l'État leur promet de rembourser 70% en cas de difficultés. Alors qu'un récent décret vise à mettre en place le remplacement du système de bourses par celui des prêts étudiants, il est facile de comprendre que l'État accepte de se porter garant des prêts étudiants, dont le paiement reste à la charge des étudiants, si cela lui permet d'économiser ce qu'il aurait dû leur donner en bourses. Cette disposition n'est qu'une incitation pour que les étudiants puissent désendetter et que l'État puisse se décharger des bourses qu'il verse. Le rapport Lambert, préconisant la disparition des CROUS au profit d'agences régionales de moyens, va tout à fait dans ce sens.
  • "L'Etat caution pour les baux de location" : Le système LOCAPASS existe déjà depuis de nombreuses années, et ce n'est pas le gouvernement Sarkozy qui l'a mis en place.
  • "Dépôt de garantie réduit de 2 à 1 mois" : Cette disposition valait déjà pour les moins de 30 an, elle est maintenant généralisée (mais il existe assez peu d'étudiants de plus de 30 ans...). En ce qui concerne les Cités U, logements du CROUS, il était déjà fixé à un mois.
  • "Un système de bourse simplifié et élargi (3 critères au lieu de 10 pour l'obtention)" : Le système de bourse existant ne spécifiait pas qu'il fallait remplir les 10 critères pour obtenir une bourse, simplement qu'il existait 10 conditions qui permettaient d'élever le barème de ressources donnant droit aux bourses. Puisqu'en effet il n'en existe maintenant plus que 3, cela signifie que les étudiants bénéficiant de bourses pour les 7 autres raisons (familles monoparentales, points de distance, etc.) n'ont plus ces bénéfices. Système simplifié en effet ! Il s'est traduit par une perte de bourses pour 35000 étudiants cette année, la perte de plusieurs échelons pour une bonne partie d'entre eux (l'auteur de ces lignes est passé de l'échelon 5 à l'échelon 2). Les étudiants ont même reçu, en même temps que leur notification de bourses, un papier leur disant qu'ils pouvaient demander à maintenir pour une année leur niveau de l'année dernière. Et, effectivement, l'échelon 0 (aucune bourse versée, mais les frais d'inscription sont gratuits) a été élargi en cours d'année, alors que les étudiants concernés avaient déjà payé leurs frais d'inscription...
  • "Une bourse au mérite de 1800 euros s'ajoutant à la bourse de base" : Le bourse au mérite entre exactement dans la même logique que le Plan Campus : renforcer les meilleurs, enfoncer les plus faibles. La plupart des bourses au mérite ne sont pas accessibles avant la 5ème année, or beaucoup d'étudiants ne vont pas jusque-là. De plus, les étudiants qui travaillent pour financer leurs études ont souvent du mal à obtenir des résultats comparables à ceux des étudiants qui ne travaillent pas : ils ne risquent donc pas d'obtenir de bourses au mérite. Celles-ci seront principalement destinées aux étudiants qui ont déjà de bons résultats, soit parce qu'ils ont le temps de travailler leurs cours, soit parce qu'ils sont issus d'un milieu favorisé intellectuellement. La notion de bourse au mérite casse l'idée de droit inconditionnel aux études quelles que soient les "performances" des étudiants.
  • "Plus de logements étudiants (3 300 chambres nouvelles à partir d'octobre 2008; un plan de 620 millions d'euros pour le logement étudiant)" : Ce chiffre prend-il en compte les Cités U parallèlement fermées pour cause de vétusté ou en travaux ? Depuis des années, les agents du CROUS, les étudiants et les syndicats se battent contre la pénurie de logements étudiants, et ce n'est pas 3300 chambres supplémentaires (soit en moyenne 33 par département, une nouvelle pour 600 étudiants...) qui résoudra le problème ! Le plan Anciaux lancé par la droite après la mobilisation de 2004 n'a même pas atteint de tiers de ses objectifs (5600 nouvelles chambres de 2003 à 2007 pour 20 000 prévues) ! Aujourd'hui, les 150 000 logements CROUS ne logent que 7% des étudiants, alors une augmentation de 3300 obtenue de force est totalement ridicule comparée aux besoins réels.

C'est donc après ce tissu de mensonges que les "Jeunes Populaires" prétendent nous donner des leçons d'honnêteté : "Alors est-ce honnête de dire que le Gouvernement n'a rien à faire des étudiants ?". Il faudrait retourner la question aux "Jeunes Populaires"...