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20/03/2009

Une "autoréduction" qui porte bien son nom

"Tout est à nous !

Rien n'est à eux !

Tout ce qu'ils ont, ils l'ont volé !"

Suite à la manifestation étudiante du mercredi 11 mars contre les réformes de l'enseignement, s'est déroulé, à Rennes, un acte d' "autoréduction", ou de "pillage". "Pillage" (ou "extorsion") est le terme qu'emploient Ouest-France et les observateurs de l'extérieur, qui ne connaissent les principes théoriques de cet acte. "Auto-réduction", "réquisition alimentaire", "réappropriation (prolétarienne)", "communisme immédiat" sont les termes qu'emploient ceux qui le définissent à partir de principes théoriques. Dans tous les cas, il s'agit de la même chose : aller à un grand nombre de personnes dans un supermarché et profiter d'être plus nombreux pour se servir gratuitement. L'objet de ce texte sera d'abord de défendre cette pratique face aux critiques ou omissions des médias et du sens commun, pour ensuite mieux la critiquer du point de vue militant.

Contre la désinformation quant à cette pratique

Vu de l'extérieur, cette pratique s'apparente à du "vol". C'est d'ailleurs ainsi qu'elle est qualifiée par les médias dominants, les passants peu informés, etc : il s'agirait juste, pendant une manifestation, de profiter d'être assez nombreux pour pouvoir voler dans les rayons en toute impunité. En réalité, selon les promoteurs de cette pratique, il ne s'agit pas de "vol", mais d'une "auto-réduction", définie par un ensemble de présupposés théoriques, et s'inscrivant dans une histoire de pratiques militantes.

Partant souvent (sciemment ou non) du constat dressé par Marx selon lequel seule une petite partie de la plus-value créée par le travailleur lui est reversée, et le reste va à son patron (aujourd'hui les actionnaires de son entreprise), les promoteurs de cette pratique la considèrent comme un moyen, pour le travailleur, de se réapproprier la partie de sa plus-value qui lui a été prise par son patron : d'où le qualificatif de "réappropriation prolétarienne". Cette pratique repose donc sur une solide tradition théorique revendiquant notamment l'abolition du salariat.

En ce qui concerne son histoire, elle trouve sa place au sein d'un ensemble de pratiques par lesquelles des personnes démunies refusent de payer ce qu'elles estiment indû ou excessif : parmi celles-ci, les "déménagements à la cloche de bois" du XIXème siècle, où les habitants d'un logement le quittaient sans en avoir payé le loyer, avant que le propriétaire n'en saisisse les meubles. Lorsqu'en Italie, dans les années 1970, certains recalculaient leurs frais de gaz ou d'electricité en s'appliquant à eux-mêmes les tarifs qui étaient concédés aux grandes entreprises, et n'acceptaient de payer que ce tarif recalculé, il s'agissait aussi d' "autoréduction" (l'emploi du terme signifie alors que les gens "réduisent par eux-mêmes" les tarifs). La pratique d'aller voler dans des supermarchés ou des épiceries pour nourrir des communautés était et est encore pratiquée, par les communautés "autonomes" vivant dans des squatts, que ce soit dans les années 1970 ou toujours aujourd'hui, et c'est ainsi que les insurgés grecs d'il y a peu ont nourri leur mouvement.

La pratique d'autoréduction qui nous concerne ici consiste à se rendre en masse dans des magasins afin de paralyser totalement son fonctionnement, en bloquant la circulation et le passage en caisse, et de n'accepter d'en sortir qu'avec des provisions. Le gérant, alerté, négocie souvent avec les militants, et les laisse sortir au plus vite, afin d'éviter d'une part une paralysie trop longue qui diminue le chiffre d'affaires, d'autre part une intervention de la police, dangereuse pour la marchandise aussi bien que pour l'image du magasin ou (le personnel et) les autres clients présents sur les lieux. Ainsi, la plupart du temps, les militants peuvent-ils sortir du magasin avec des provisions, sans la moindre violence, ni intervention policière, avec l'accord du gérant. Ce genre de pratiques a déjà eu lieu à Grenoble, Rennes, Paris, en Argentine, dans certains cas elle était menée par des collectifs de chômeurs et précaires qui allaient redistribuer la nourriture aux associations pour ceux qui ont faim. Elle a été popularisée par les films de Pierre Carles, Attention danger travail ou Volem rien foutre al pays.

Les principes à la base de ces actions peuvent être discutés, comme tous les principes, mais ils existent, et sont fondés sur de solides arguments, ayant derrière eux une longue histoire, de grands noms, de grandes polémiques, des mouvements sociaux.

Pour discuter les principes, on pourrait par exemple faire remarquer que les défenseurs de cette pratique mêlent des références marxistes et libertaires incompatibles entre elles, qui ne font que se rejoindre ponctuellement lorsqu'on aborde superficiellement leur critique du salariat. En ce qui concerne l'action étudiante du 11 mars, on pourrait aussi se demander de quelle manière des étudiants (des favorisés, futurs favorisés, ou des miraculés de l'ascenceur social; en tous cas pas franchement des gens qui se destinent à travailler en usine...) peuvent prétendre se "réapproprier" des valeurs d'échange qu'ils n'ont pas produites, qu'ils ne produiront jamais, et qu'ils exproprieront plutôt à leur tour aux travailleurs lorsqu'ils seront devenus cadres ou membres de l'appareil d'État. La réappropriation du produit de son travail par le travailleur lui-même, d'accord, mais par le futur petit bourgeois ? Mais ces questions-là ne sont pas les plus importantes ici, pour la raison qu'elles se situent déjà à l'intérieur des principes théoriques qui gouvernent l'action, et elles peuvent trouver des réponses pour autant que l'on accepte de discuter de ces principes. L'action des médias est beaucoup plus néfaste puisqu'elle occulte carrément ces principes.

Évidemment, l'ignorance des journalistes des médias dominants les empêche de parler de ces principes, car ils n'en ont jamais entendu parler. Ils ne peuvent alors traiter l'action que de manière superficielle, sur le mode du sensationnel, en l'infantilisant, la criminalisant : en faisant passer ce que ses acteurs rangent sous le concept de "réappropriation" pour un simple "vol" commis par quelques étudiants irresponsables et attardés, trop contents d'être assez nombreux pour pouvoir "chourer dans les magasins" comme font les collégiens. L'idée que les étudiants en question aient lu beaucoup plus de livres, ou qu'ils aient une connaissance beaucoup plus fine de l'histoire des mouvements sociaux que ces journalistes ne leur effleure même pas l'esprit : ils se contentent de vider cet acte de sa substance politique et théorique pour le ranger parmi les petits larcins qui seraient dignes des faits divers, mais qui ont droit aux gros titres en raison de leur caractère spectaculaire.

Sur un point, c'est particulièrement clair : pour les pratiquants de cette démarche, il ne s'agit pas de voler les riches, comme Robin des Bois, mais bien de leur reprendre ce qu'ils nous ont volé. On n'est pas obligé d'adhérer à cette analyse économique, mais il faut au moins accorder que c'est celle qu'ont en tête les acteurs lorsqu'ils agissent. Ils ne se considèrent pas comme des voleurs, certains même sont sûrement contre le vol, il s'agit seulement pour eux de se réapproprier ce dont la propriété des moyens de production nous a dépossédés. Une seconde raison pour laquelle les médias se trompent lorsqu'ils assimilent cette méthode à du "vol" ou à un "pillage", c'est que les intéressés ne dissimulent aucune marchandise, ils ne partent qu'avec l'accord du gérant (et accessoirement quelques sacs, paniers, ou chariots...), qui a accepté de les laisser emporter une quantité définie de nourriture.

Réflexion critique sur cette pratique

Si l'acte d'auto-réduction en question est critiqué ici, ce ne sera donc pas d'un point de vue naïf qui ignore ses présupposés théoriques. Il ne s'agira pas de de dire que "le vol c'est mal", que les étudiants qui ont commis cet acte sont des immatures, irresponsables, qui voulaient se payer du bon temps, des sueurs froides et de la bière fraîche. Il s'agira de prendre au sérieux le fait que ce type d'actes s'inscrit dans une démarche de critique générale et radicale de l'organisation économique qui est la nôtre. Et de voir si elle est cohérente avec une critique poussée jusqu'au bout.

Tout d'abord, qui est pénalisé par ce genre d'action ? Sûrement pas entreprises fabriquant les produits, puisque le magasin les a déjà payés à son fournisseur. Pour le fournisseur, que la marchandise aît été achetée, volée, ou "auto-réduite", cela ne change rien : c'est la même marchandise qu'il a vendue au magasin, et c'est la même que le magasin lui recommandera lorsque ses stocks auront été épuisés. Ainsi, il faut bien avoir en tête que même si le voleur a l'impression que personne ne gagne d'argent lorsqu'il vole, en fait c'est faux : lors d'un vol, le fournisseur est payé par le magasin qui devra se réapprovisionner. Le vol ne pénalise en fait que le dernier maillon de la chaîne de distribution : tout les autres ont droit à leur part du gâteau.

Et même celui-ci, le magasin, n'est pas vraiment pénalisé : il bénéficie sûrement d'une assurance pour les produits volés, il peut aussi répercuter le coût du vol sur les marges (donc sur les clients), et son gérant a librement choisi la concession de quelques marchandises car c'était l'option la moins pénalisante pour son bénéfice. Le gérant accepte de lâcher quelques sacs, pour une valeur de quelques milliers d'€uros (lors de l'autoréduction d'un Monoprix à Paris le 31 décembre, le gérant déclarait 5000€ de pertes), car cette perte est modique par rapport au chiffre d'affaire quotidien d'une grande surface et n'a donc rien à voir avec ce que coûterait une immobilisation totale du magasin pendant une journée entière. Le manque à gagner pour un hypermarché lors d'une alerte à la bombe (l'établisement étant alors totalement hors service pendant plusieurs heures) se chiffre en millions d'€uros. Une panne de courant, entraînant une rupture de la chaîne du froid et l'impossibilité de vendre tous produits frais ou surgelés qui se trouvaient dans le magasin, coûte aussi énormément. 5000€, c'est à peu près l'ordre de grandeur de ce qui est jeté, tous les jours en fin de journée, dans les poubelles de l'hypermarché, ou ce qu'elles refilent au restos du cœur lorsque leurs produits atteignent leur date de péremption (ou qu'ils s'en approchent simplement). Tous les jours, un hypermarché jette énormément de nourriture. Les clochards et les autonomes vivant dans les squatts le savent bien, les employés aussi, qui n'ont pas le droit de ramener ces produits chez eux, "car sinon ils feraient exprès que les produits ne se vendent pas pour pouvoir les ramener à la maison" (dixit un chef de rayon). Bien sûr, il vaut mieux tout jeter le soir, cela leur fait de la peine et ils feront de leur mieux pour qu'il y ait moins de gâchis le lendemain (ben voyons). Les supermarchés jettent 500 000 000 de tonnes de nourriture par an. 5000€, c'est à peine la valeur du gaspillage ordinaire dans nos temples de la surconsommation. Une broutille pour un Mammouth.

Le but des tenants de l'action n'est clairement pas de pénaliser le magasin. Nous avons vu que d'autres actions seraient nettement plus efficaces pour cela, et nous avons vu qu'il était toujours laissé à la discrétion du directeur du magasin de prendre la décision qui l'arrangeait en ce qui concerne les choix à faire. La seule réelle pénalité pour le magasin consiste en sa paralysie temporaire, mais les gérants ont le choix de la raccourcir, et les militants veulent faire vite (notamment parce qu'il s'agit d'une action éclair, à propos de laquelle la police n'avait pas été renseignée, et qu'ils craignent son arrivée si l'action s'éternise). Sous ses airs d'action "radicale", ne perdons pas de vue qu'elle ne pénalise pas autant qu'une manifestation qui bloque la circulation routière, ou qu'une simple grève qui aboutit à l'arrêt des services.

Si le but de l'action n'est pas de pénaliser un magasin ou un fournisseur (cette fois-ci, les étudiants n'ont pas cassé les vitrines des agences d'intérim, ni brûlé le fichier "base élèves" à l'inspection académique), il faut en conclure que la finalité de l'opération réside alors dans... les marchandises récupérées. La visibilité médiatique peut compter aussi, mais plus personne n'est dupe quant au traitement médiatique de tels évènements (et, nous l'avons vu, celui-ci n'a pas fait exception, il a été massacré par les médias), c'est pourquoi la plupart de militants impliqués dans ce genre d'action méprisent tellement Ouest-France et TF1 qu'ils négligent l'impact médiatique dans l'intérêt d'une action. Ainsi, l'important, c'est vraiment les marchandises que l'on récupère.

Or quelles sont les marchandises que l'on trouve dans un hypermarché ? Des produits standardisés, suremballés, pollués, fabriqués par de grandes entreprises multinationales qui délocalisent, font voyager leurs marchandises aux quatre coins du monde pour économiser sur les coûts de production, et paient leurs employés au lance-pierre. Ceci pose plusieurs problèmes :

Le premier problème vient du fait que les étudiants, en volant ce type de produits, cautionnent leurs producteurs, et donc la logique de leur production, puisque, comme nous l'avons vu, les entreprises qui produisent les marchandises et qui les livrent sont payées par le magasin, indifféremment qu'il s'agisse de vol ou d'achat (ou d' "autoréduction"). Il est totalement contradictoire de dénoncer un système qui produit de l'exploitation, de la pollution, de l'uniformisation, l'épuisement des ressources naturelles, et de faire en sorte que les entreprises directement en cause dans ce processus soient payées par l'hypermarché. Non seulement on leur donne de l'argent pour continuer à prospérer sur le dos des employés et de l'environnement, mais on leur dit "continue, j'aime bien ce que tu produis, la preuve, lorsque je peux choisir ce que je veux dans un supermarché, je choisis tes produits".

Le second problème vient du message véhiculé par une action qui prétend avoir pour but d'aider les gens en leur offrant des purs produits d'un mode industriel de production imprégnés par les valeurs de l'oppression. Il est assez symptômatique que des étudiants qui prétendent s'affranchir d'un système industriel et déshumanisant ne veuillent pas se procurer des matières premières qui leur permettrait de construire par eux-même des alternatives à ce système, mais préfèrent consommer des produits qui en sont le fleuron. Lorsque les étudiants s'empareront de farine, d'œufs (voire de poules), de lait (voire de vaches (ou de riz)), pour fabriquer eux-mêmes leurs gâteaux, ils contesteront sûrement plus efficacement le capitalisme qu'en postillonnant des miettes de Pepito qui leur empêchent d'articuler clairement leurs slogans révolutionnaires. Le prolétaire d'aujourd'hui n'est pas seulement dépossédé de ses moyens de production au travail, il l'est aussi chez lui, incapable qu'il est devenu de subvenir à ses propres besoins sans l'aide de Danone, LU, Findus, et autres dépossédeurs de créativité culinaire et plastique.

Le troisième problème vient du fait qu'en allant voler dans un supermarché, on accepte de rester prisonnier du carcan conceptuel qu'offre la gamme préselectionnée de produits de la grande distribution. L'abondance de la viande pousse à en remplir naturellement son panier, sans s'interroger sur la part raisonnable dont on devrait en manger. La présence inquestionnée d'eau en bouteilles empêche de s'interroger sur la débilité profonde que constitue son achat. L'utilisation d'un même rayon pour les produits bio et les "produits naturels de santé" ou "produits de régime" empêche de voir leur consommation comme provenant d'un questionnement politique et le réduit au souci narcissique de la ménagère qui tient à sa ligne et à son teint. L'absence de produits vendus en vrac fait oublier l'omniprésence inquiétante des emballages. La petite quantité de matières premières vendues par rapport aux produits tout prêts fait oublier la possibilité de se faire soi-même à manger. L'absence d'indication quant au pays d'origine d'un produit empêche de s'interroger sur les transports engendrés par le système industriel. Tous ces artefacts présentent comme naturel ce qui est l'objet d'un choix de mode de vie fait à notre place par les technocrates de la grande distribution.

Enfin, le quatrième problème provient de la revendication sous-jacente portée par ce type d'action. Toute action militante repose sur des revendications, qu'elles soient explicites ou cachées. Quelles sont celles qui sont ici à l'œuvre ? En présentant la possession des produits du supermarché comme le but ultime de l'action, celle-ci revendique le libre accès à la frénésie consumériste pour tous. Le fait de pouvoir acheter des produits industriels dans un supermarché est alors perçu comme un privilège qu'il faut rendre accessible à tous, comme le summum de l'accomplissement humain dont il faut faire bénéficier les démunis qui n'y auraient pas accès. En menant de telles actions, les militants affichent avant tout leur totale soumission face à l'idéologie selon laquelle être heureux, c'est consommer plus. En prétendant déjouer une domination matérielle, les auto-réducteurs ne font que témoigner leur domination symbolique et idéologique.

Les militants qui ont réquisitionné du foie gras et du saumon fumé pour fêter le nouvel an étaient heureux, ils se croyaient enfin (de manière ridiculement erronnée) parvenus au degré de prodigalité décadente de la bourgeoisie. Mais ils ne réalisèrent pas que, en prétendant, le temps d'un soir, partager les privilèges de la bourgeoisie, ils avalisaient par-là le fait que consommer des produits coûteux était un privilège. Pouvoir dépenser beaucoup d'argent n'est un privilège que dans la tête de ceux qui considèrent l'enrichissement monétaire comme le but ultime des êtres humains. Le véritable rebelle n'est pas celui qui vole son saumon au bourgeois pour pouvoir le singer, c'est celui qui méprise le saumon du bourgeois, considérant le saumon comme l'emblême d'une mentalité pervertie qui croit que l'accomplissement de l'humain se situe dans la possession de produits rares et chers. En prétendant, l'espace d'un soir, "jouer dans la cour des grands", on signifie surtout que l'on accepte de se définir comme petit et de définir le bourgeois comme grand, et que l'on accepte de retourner trimer dans le bac à sable sitôt que la fête sera terminée. Pourquoi prend-il comme une humiliation le fait de passer le réveillon devant un plat de nouilles ? Parce qu'il a intériorisé le système de valeur de ses oppresseurs selon lequel c'est le foie gras qui fait le bonheur, et pas, par exemple, les instants d'échange chaleureux, l'accès à l'art et à la culture, la satisfaction face à quelque chose que l'on a soi-même créé.

Ce type d'action veut faire croire aux gens que le vrai problème aujourd'hui dans notre société, c'est que l'on ne peut pas consommer assez. Il ne s'agit pas de critiquer une société dont les présupposés économiques poussent à la surproduction et à la surconsommation, mais de dire qu'elle n'est pas assez efficace dans la consommation qu'elle engendre, et qu'il faudrait encore un petit pas de plus, pour qu'enfin tous les ménages de prolos du coin puissent aller donner leurs 600€ de fin d'année à Carrefour et Danone en échange de produits déguelasses qui valent dix fois moins. Le problème vient-il vraiment du fait que l'on vive dans une société où l'on ne peut pas consommer assez ?

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Oui, les contestataires sont sagement rentrés au bercail, avec leurs Kinder, leurs Pitches, et leurs bières. Les étudiants se sont d'eux-mêmes réduits en parfaits consommateurs, l'auto-réduction porte décidément bien son nom. La réappropriation de la contestation par le consumérisme a bien eu lieu. Tout peut continuer comme avant.