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08/03/2009

Les "jeunes populaires" et une certaine définition de l' "honnêteté"...

Malgré les divers autocollants antipub que l'on peut apposer sur sa boîte aux lettres, on peut toujours avoir la mauvaise surprise de tomber sur l'irrespect de quelques individus peu scrupuleux pour la joncher malgré tout de prospectus racoleurs directement destinés à la poubelle. Clubs de fitness, livreurs de pizza, voyants résolvant les problèmes d'impuissance par téléphone et acceptant les paiements par carte bancaire sont le lot commun des étudiants des Cités Universitaires rennaises (et des autres).

Ce jour-là, le procédé malhonnête ne provenait ni de "Fit'N Form", ni de "Rapizz'a", ni du Professeur Mugadu, mais des "Jeunes Populaires". "Jeune Populaire", des termes qui font peur, depuis que leur sens épouse celui que leur donnent les présentateurs de TF1. Pourtant, ici, nous pouvons être rassurés, les "Jeunes Populaires" ne sont ni les habitants des tours de Maurepas, ni les insurgés de Guadeloupe, il s'agit du groupe des "jeunes de l'UMP". Pas de baskets ni de cambouis sur les mains, vous n'y trouverez que des gens fréquentables !

Que disait donc ce tract déposé dans les boîtes aux lettres des résidents de la Cité Universitaire de Beaulieu ? "Universités oubliées ? Etudiants délaissés ? FAUX" "Nicolas Sarkozy et le Gouvernement : 18 mois au service de l'Université et des étudiants". Suivent un magnifique portrait de notre cher Président, et une liste des actions qu'il a entreprises pour sauver l'Université. "Alors est-ce honnête de dire que le Gouvernement n'a rien à faire des étudiants ?" "Si toi aussi tu veux entrer dans le changement et agir contre l'immobilisme REJOINS-NOUS !". Pour conclure magistralement le tract, le lieu et la date des réunions des Jeunes Populaires, et un Bulletin d'Adhésion à l'UMP (avec un tarif réduit pour les étudiants, évidemment).

Quelles sont donc les mesures dont se vantent les "Jeunes Populaires" ? Elles méritent que l'on s'y attarde un moment :

 

  • "L'autonomie des universités (gestion du budget, de la masse salariale, des ressources humaines) pour des universités plus réactives et performantes : 20 universités autonomes en 2009 et la totalité (85) en 2012" : En quoi consiste la loi dite "d'autonomie" (ou LRU), passée en douce durant l'été 2007 ?
    • "Gestion du budget" : Les "compétences élargies" transfèrent un certain nombre de charges de l'État vers les Universités, tout en augmentant leur budget, certes, mais pas à la hauteur de ces nouvelles charges. D'où une nécessité pour l'Université d'aller chercher ailleurs ses sources de financement, ce que la LRU permet désormais : auprès des étudiants en augmentant les frais d'inscription (comme ce fût le cas dans tous les pays européens où une loi similaire est passée), en faisant appel aux collectivités territoriales (induisant ainsi des disparités entre régions riches et pauvres), ou aux entreprises, qui bénéficient alors d'un droit de regard sur le contenu des formation.
    • "Gestion de la masse salariale" : Le "budget global" prétend autoriser l'Université à choisir elle-même la répartition de son budget, tout en plafonnant la partie dédiée au personnel, en autorisant que l'on y pioche pour payer d'autres types de frais mais en interdisant les mouvements en sens inverse (la part des salaires dans le budget est donc vouée au mieux à stagner même en cas d'augmentation des effectifs, au pire à baisser).
    • "Gestion des ressources humaines" : La LRU permet au Président d'Université de définir la quantité et le type de travail qu'il attribue à chacun des personnels, cassant ainsi leur statut national au profit d'arrangements locaux. Sachant que la part du budget pour le personnel est vouée à baisser, cela se traduira par une augmentation des charges de travail à salaire égal. Elle permet également l'embauche de contractuels (notamment parmi les enseignants, sans aucun critère de qualification pour l'embauche), en même temps qu'elle incite à se défaire des fonctionnaires en place (l'Université touche une prime de 45000 € pour chaque fonctionnaire non-enseignant licencié, libre à elle ensuite d'embaucher des intérimaires pour faire le travail devenu vacant). La LRU accorde au Président un droit de veto sur l'embauche des salariés, détruit les Conseils de Spécialistes pour l'embauche d'enseignants-chercheurs pour les remplacer par des commissions dont les membres sont nommés par le Président, ...
    • Ce dont les Jeunes Populaires ne parlent pas : parmi les autres mesures de la LRU destinées à rendre les universités "plus réactives et performantes", citons les suivantes : la part des représentants de personnels et d'étudiants au sein du Conseil d'Administration diminue, au sein de celui-ci arrivent des "personnalités extérieures" (chefs d'entreprises...) nommés par le Président. Le Conseil Scientifique, et le Conseil de Études et de la Vie Universitaire perdent tout pouvoir décisionnel, les crédits alloués aux différentes filières ne le sont plus en fonction de leurs besoins, mais de leurs "performances" (celles-ci sont évaluées sur des critères arbitraires qui désavantagent les filières de sciences humaines et sociales, notamment le taux d'insertion professionnelle à court terme et le nombre de brevets déposés).

 

  • "Rennes sélectionnée dans le cadre des campus prometteurs (sic) recevra jusqu'à 60 millions de dotations supplémentaires cette année" : D'une part, Rennes n'est pas un campus, mais une ville regroupant deux Universités réparties sur plusieurs campus. D'autre part, aucune des deux Universités de Rennes n'a eu l'honneur d'être sélectionnée parmi les 10 Universités les plus prestigieuses bénéficiant de l'argent du Plan Campus. Par contre, l'Université de Bretagne, une institution regroupant, comme son nom l'indique, les Universités de Bretagne, a reçu un coup de pouce financier pour son projet de "campus numérique" (les études par internet).
  • Mais imaginons qu'une des Universités de Rennes ait été sélectionnée. Qu'est-ce que cela signifie ? Que l'État a sélectionné les Universités qui sont déjà les plus performantes pour leur donner encore plus d'argent, et que par ailleurs les petites Universités qui ont déjà des problèmes de fonctionnement sont encore plus délaissées, alors que ce sont elles qui auraient particulièrement besoin d'argent. La logique du Plan Campus consiste à augmenter encore les disparités entre les Universités prestigieuses qui seront encore mieux dotées, et les petites Universités dont le budget déjà insuffisant sera encore réduit. Et, malheureusement pour nous, Rennes 1 et 2 font partie de ces petites Universités...

  • "Augmentation de 15% du budget des universités en 2009" : Difficile de savoir d'ou proviennent ces informations, puisqu'aucune source n'est citée dans le tract. Car quand on regarde les informations qui proviennent de Sauvons la recherche, on apprend que le budget des Universités a augmenté de moins de 3% cette année, ce qui est inférieur à l'inflation, donc elles se trouvent face à une perte effective de moyens.
  • "5 milliards d'euros de crédits supplémentaires pour l'immobilier des universités dans le cadre de (sic) « Plan Campus »" : Il est vrai que le Plan Campus consiste en une injection d'argent dans les Universités, mais comme nous l'avons vu, il ne s'agit que de pourvoir encore plus les 10 Universités les plus prestigieuses et de délaisser les 76 autres.
  • "L'Etat garant des prêts étudiants" : En fait, la mesure consiste en la suppression des prêts à taux 0 pour les étudiants (prêts d'honneur du CROUS) pour les remplacer par des prêts aux taux fixés par les Banques. Afin que celles-ci acceptent de prêter, l'État leur promet de rembourser 70% en cas de difficultés. Alors qu'un récent décret vise à mettre en place le remplacement du système de bourses par celui des prêts étudiants, il est facile de comprendre que l'État accepte de se porter garant des prêts étudiants, dont le paiement reste à la charge des étudiants, si cela lui permet d'économiser ce qu'il aurait dû leur donner en bourses. Cette disposition n'est qu'une incitation pour que les étudiants puissent désendetter et que l'État puisse se décharger des bourses qu'il verse. Le rapport Lambert, préconisant la disparition des CROUS au profit d'agences régionales de moyens, va tout à fait dans ce sens.
  • "L'Etat caution pour les baux de location" : Le système LOCAPASS existe déjà depuis de nombreuses années, et ce n'est pas le gouvernement Sarkozy qui l'a mis en place.
  • "Dépôt de garantie réduit de 2 à 1 mois" : Cette disposition valait déjà pour les moins de 30 an, elle est maintenant généralisée (mais il existe assez peu d'étudiants de plus de 30 ans...). En ce qui concerne les Cités U, logements du CROUS, il était déjà fixé à un mois.
  • "Un système de bourse simplifié et élargi (3 critères au lieu de 10 pour l'obtention)" : Le système de bourse existant ne spécifiait pas qu'il fallait remplir les 10 critères pour obtenir une bourse, simplement qu'il existait 10 conditions qui permettaient d'élever le barème de ressources donnant droit aux bourses. Puisqu'en effet il n'en existe maintenant plus que 3, cela signifie que les étudiants bénéficiant de bourses pour les 7 autres raisons (familles monoparentales, points de distance, etc.) n'ont plus ces bénéfices. Système simplifié en effet ! Il s'est traduit par une perte de bourses pour 35000 étudiants cette année, la perte de plusieurs échelons pour une bonne partie d'entre eux (l'auteur de ces lignes est passé de l'échelon 5 à l'échelon 2). Les étudiants ont même reçu, en même temps que leur notification de bourses, un papier leur disant qu'ils pouvaient demander à maintenir pour une année leur niveau de l'année dernière. Et, effectivement, l'échelon 0 (aucune bourse versée, mais les frais d'inscription sont gratuits) a été élargi en cours d'année, alors que les étudiants concernés avaient déjà payé leurs frais d'inscription...
  • "Une bourse au mérite de 1800 euros s'ajoutant à la bourse de base" : Le bourse au mérite entre exactement dans la même logique que le Plan Campus : renforcer les meilleurs, enfoncer les plus faibles. La plupart des bourses au mérite ne sont pas accessibles avant la 5ème année, or beaucoup d'étudiants ne vont pas jusque-là. De plus, les étudiants qui travaillent pour financer leurs études ont souvent du mal à obtenir des résultats comparables à ceux des étudiants qui ne travaillent pas : ils ne risquent donc pas d'obtenir de bourses au mérite. Celles-ci seront principalement destinées aux étudiants qui ont déjà de bons résultats, soit parce qu'ils ont le temps de travailler leurs cours, soit parce qu'ils sont issus d'un milieu favorisé intellectuellement. La notion de bourse au mérite casse l'idée de droit inconditionnel aux études quelles que soient les "performances" des étudiants.
  • "Plus de logements étudiants (3 300 chambres nouvelles à partir d'octobre 2008; un plan de 620 millions d'euros pour le logement étudiant)" : Ce chiffre prend-il en compte les Cités U parallèlement fermées pour cause de vétusté ou en travaux ? Depuis des années, les agents du CROUS, les étudiants et les syndicats se battent contre la pénurie de logements étudiants, et ce n'est pas 3300 chambres supplémentaires (soit en moyenne 33 par département, une nouvelle pour 600 étudiants...) qui résoudra le problème ! Le plan Anciaux lancé par la droite après la mobilisation de 2004 n'a même pas atteint de tiers de ses objectifs (5600 nouvelles chambres de 2003 à 2007 pour 20 000 prévues) ! Aujourd'hui, les 150 000 logements CROUS ne logent que 7% des étudiants, alors une augmentation de 3300 obtenue de force est totalement ridicule comparée aux besoins réels.

C'est donc après ce tissu de mensonges que les "Jeunes Populaires" prétendent nous donner des leçons d'honnêteté : "Alors est-ce honnête de dire que le Gouvernement n'a rien à faire des étudiants ?". Il faudrait retourner la question aux "Jeunes Populaires"...

08/02/2008

Gueule de bois de fin de mouvement

Allez, un blog c'est bien fait, en théorie, pour raconter sa vie, alors pour une fois, je (me) la raconte... Je vais parler des impressions que j'ai eues quant à la manière dont s'est déroulé le mouvement contre la loi LRU, maintenant qu'il est terminé.

I : Le mouvement anti-LRU : idéaux et réalité

Au départ, il y avait les idéaux et les convictions qui guidaient ma vision de ce que devait être le mouvement dans l'idéal :

  • des décisions prises en commun, au consensus le plus souvent possible,
  • une participation de chacun à sa manière : bref, quelque chose d'autogeré (ou "auto-organisé" ? Il paraît qu'il y a une différence, mais je ne suis pas assez calé sur le sujet pour voir laquelle...).

J'ai agi en accord avec cette manière de voir le mouvement :

  • lorsqu'il y avait des décisions à prendre, je donnais mon avis,
  • je participais selon la contribution que je pouvais apporter (étant étudiant en philo, elle se traduisait principalement par la dissection des textes (le texte de loi, le cahier des charges, les analyses de la loi, les divers autres textes concernés, ...), leur présentation (explication dans le détail d'un point de la loi LRU pendant les assemblées générales, ...), et la rédaction de textes)

Du coté des autres étudiants du mouvement, je me suis senti globalement confronté à une inertie :

  • peu de personnes donnaient leur avis
  • le nombre de personnes à s'investir réellement était assez restreint, il s'agissait toujours des mêmes, dont une grande proportion d'étudiants syndiqués

Finalement, cette inertie conduit à élever ceux qui participaient au dessus des autres militants qui se contentaient d'assister aux assemblées générales :

  • puisque peu d'étudiants donnaient leur avis, les rares qui le donnaient avaient beaucoup plus de chance d'être entendus. Une fois que l'on prit l'habitude de les écouter, non seulement ils se sentirent en confiance pour donner de nouveau leur avis, mais les autres étudiants avaient pris l'habitude de se "fier à leur opinion".
  • de la même manière, le fait que peu d'étudiants aient à gérer un grand nombre de tâches pour mener à bien le mouvement (recherche et diffusion de l'information, rédaction et diffusion de tracts, préparation et collage d'affiches, préparation des assemblées générales et interventions, "débrayages" pendant les cours, planification des commissions, manifestations et autres actions, gestion du blocage, de l'occupation, de l'intendance, des listes de piquets, de la caisse de grève, de la liste de contacts, de la coordination nationale et particulièrement des mandats, relations avec les journalistes, liaison avec les autres secteurs de lutte, ....) eût forcément pour conséquence une concentration des responsabilités dans les mains de quelques uns. Dès lors, un très petit nombre d'étudiants avaient les informations, le matériel, les habitudes, les contacts, pour gérer le mouvement, et l'on considéra alors qu'il était plus facile de les laisser continuer là où ils avaient si bien commencé.

Au départ ne participant qu'en tant que "grévistes standards", mais étant les seuls à le faire, quelques étudiants furent vite hissé au sommet d'une pyramide militante. Ainsi, la non-participation massive a eu pour conséquence de reproduire des rapports de hiérarchie au sein d'un mouvement. C'est ainsi que la passivité de la majorité des étudiants eut pour conséquence d'ériger des ténors et des experts, auxquels on confiait des responsabilités (la responsabilité de l'opinion à avoir dans un cas, celle des actions à mener dans l'autre).

C'est ainsi que je fus moi-même intégré à cette classe envers laquelle j'ai tant de réticences : la classe des meneurs. C'était là en totale contradiction avec mes idéaux, et ce n'était absolument pas le fruit de ma volonté et d'un savant calcul, mais celui de la délégation et la déresponsabilisation de la plupart des étudiants.

II : La création des meneurs par la masse

Le meneur n'est pas toujours un individu machiavélique, entriste, et ambitieux, qui se hisse à la tête d'un mouvement par la seule force de sa soif de pouvoir : il y est en fait hissé par la masse. Celle-ci, dans son inertie, laisse la place ouverte à toutes les charges disponibles. Les charges restant ainsi ballantes, c'est soit celui qui accepte volontairement de s'en emparer, soit celui qui s'en sent obligé, qui s'empare d'elles toutes.

II.1 : Les processus de cette création

II.1.1 : personnalisation de la politique et confiance en soi

Pour expliquer cette non-participation de la plupart qui pousse à déléguer à peu de militants, on peut d'abord évoquer un manque de confiance en soi, une moindre envie de participer. Un mouvement social, avec tout ce qu'il véhicule de symbolique et d'affectif, surtout aux yeux d'étudiants qui connaissent leur première expérience de politique appliquée, représente une charge dont la plupart des individus n'ont pas envie de vouloir être tenus pour coupables s'il échoue. Cela repose sur une personnalisation du mouvement, l'idée que l'issue d'un mouvement dépendra de la vertu de quelques personnes plutôt que de processus socio-économiques beaucoup plus généraux (le fameux "climat social", la couverture l'interprétation médiatiques, la situation socio-économique d'autres secteurs susceptibles de se joindre à la lutte,...).

Comme si l'issue du mouvement dépendait d'un slogan, d'une prise de parole en Assemblée Générale, du tracé d'une manifestation, de la rédaction d'un tract, plutôt que de l'humeur sociale ambiante, des rapports de force entre l'État et les contestataires, de l'existence d'autres luttes sociales et la possibilité de convergence, etc.

Cette idée que le salut d'un mouvement dépend de la vertu de ses militants occulte les vraies causes latentes de celui-ci, mais son principal défaut est surtout qu'elle dissuade les potentiels militants de s'engager et de devenir "ceux dont dépendra l'avenir de" notre Université, nos retraites, notre service public, etc...

II.1.2 : Consécration de experts et vision inaccessible de l'activité militante

Au fur et à mesure que certains participants à un mouvement gagnent en visibilité et prennent de plus en plus de pouvoir, se renforce l'idée que les quelques personnes à même de mener un mouvement social sont quelque chose comme des "surhommes". Ces quelques individus qui sont propulsés au devant de la scène, plus par la nécessité qu'en raison de leurs réelles compétences, sont érigées en idoles et sacralisées, ce qui contribue à fortifier l'idée que "seuls des gens aussi forts peuvent gérer un mouvement", "je n'en serais pas capable", "ce n'est pas pour moi", ...

Comme s'il fallait forcément être un expert chevronné en militantisme pour rédiger un tract, pour faire une affiche, pour tenir un piquet de grève. Comme si les compétences en militantisme ne s'acquéraient pas sur le tas, par la pratique, mais étaient un talent, un don inné que la Providence Divine a daigné accorder à quelques rares élus.

Finalement, le problème d'un mouvement est que les militants accordent une telle importance aux actions individuelles qu'ils ne se sentent pas capables de les effectuer eux-mêmes, et le fait que certains les fasse à leur place contribue à renforcer cette logique de l'importance accordée aux actions individuelles : "s'il peut faire cela qui est si difficile, c'est qu'il est vraiment fort, et si cette action a été faite par quelqu'un d'aussi fort, c'est vraiment qu'elle n'était pas pour moi."

II.2 : Le confort de cette création

Le militant passif est en fin de comptes satisfait de cet état de fait, car il a trouvé une manière de légitimer son désengagement et sa fuite envers ses propres responsabilités. Si jamais le mouvement ne fonctionne pas, il n'aura rien à se reprocher, c'est à ceux qu'il a hissés au sommet de l'activité militante qu'il le reprochera. Ainsi il ne se rend même pas compte que c'est le fait même de ne pas vouloir avoir à se reprocher l'échec du mouvement qui contribue à l'échec du mouvement (car un mouvement est beaucoup plus faible s'il ne dépend que de quelques personnes, surtout lorsque celles-ci viennent à s'essoufler de si lourdes responsabilités) et qu'on pourrait lui reprocher.

Le militant passif a l'impression de payer sa dette à celui qu'il accable du fardeau de ses responsabilités par son idolâtrie envers celui-ci. Il considère en effet que le meneur jouit d'un statut privilégié, du fait de sa reconnaissance, et que ce statut vaut bien les menus travaux qu'on lui délègue. Du fait même qu'il ne participe pas à ces travaux, le militant passif ne se rend pas compte de la charge qu'ils représente, et du fait de sa méconnaissance des idéaux de ceux qu'il a érigés comme meneurs, il ne réalise pas qu'il est possible que ce "statut privilégié" soit en total désaccord avec les convictions du meneur. La soumission des autres militants est précisément ce dont ne veut pas un militant sincère, car c'est finalement à cette même forme de soummission qu'il s'oppose dans la société en général, et la reproduction de cette soumission au sein même d'un mouvement censé la contester est vécue pour lui comme la pire des trahisons. Mais ceci, le militant passif ne s'en rend pas compte, de bonne foi il a l'impression que sa soumission est une offrande au militant actif.

Le militant passif n'a donc l'impression de ne rien avoir à se reprocher, puisqu'il paye le prix de sa non-participation. Non seulement ceci lui permet de ne pas participer, mais il a presque l'impression d'aider le meneur dont il magnifie la grandeur. Le militant passif s'est trouvé une bonne raison de ne pas participer : c'est trop dur pour moi. Finalement, il n'ira pas examiner plus avant cette conviction, car elle l'arrange bien. S'il réalise en effet que l'action militante peut être effectuée par n'importe qui, alors lui vient tout de suite l'idée qu'elle devrait être effectuée par n'importe qui, et en premier chef par lui-même. C'est pourquoi il préfère se dire qu'elle est l'apanage des surdoués de la contestation sociale. Le militant passif brade ainsi son honneur pour son confort. Il ne tient absolument pas à désacraliser son meneur, car s'il réalisait que le meneur est un individu qui lui ressemble, aussi capable et aussi faillible que lui-même, alors il ne peut s'empêcher de se voir à la place de ce meneur, et cette vision d'horreur de lui-même en train de s'investir et devoir répondre de ses actes l'effraie.

Cette manière d'ériger un meneur permet au militant passif de consommer du mouvement social : bien calé dans son canapé, il observe comment les autres militants se débrouillent, plutôt que de les aider, et peut ainsi se permettre de les juger s'ils se sont trompés : en effet, ils ne lui ont alors pas fourni le service pour lequel il les a payés de son idolâtrie.

II.3 : Les conséquences de cette création

Ceci nous amène à la conclusion désespérante suivante : les rapports de hiérarchie ne sont pas le propre de l'État oppresseur moderne, puisqu'au sein même d'un mouvement social, ils se recréent. Le renversement de l'État et son remplacement par les fruits du mouvement qui l'a renversé n'aboutiront pas à une autogestion, mais à la répétition de ces rapports hiérarchiques. Ceux-ci seront même, pendant un certain temps, tenus pour plus légitimes que la domination étatique, car la domination militante par les meneurs sera perçue comme justifiée par les qualités des meneurs qui ont permis une pseudo-libération, alors que la domination étatique était perçue comme arbitraire.

De plus, les rapports hiérarchiques ne sont pas créés par une classe qui souhaite s'imposer à une autre, mais par l'individu qui préfère se soumettre volontairement, pour ne pas avoir à subir les charges de la responsabilité. Il est alors possible d'aller plus loin que La Boétie: la servitude n'est pas volontairement acceptée par les asservis, elle est créée par ceux qui s'asservissent d'eux-mêmes pour le confort de la passivité.

Toute autogestion semble alors impossible dans l'état actuel des consciences militantes.

II.4 : Les raisons de cette création, une tentative désespérée de les combattre

Tel qu'il est présenté jusqu'à présent, cet exposé semble dire que les individus sont eux-mêmes responsables de leur oppression, et par conséquent qu'il ne vaudrait même pas le peine d'essayer d'éradiquer celle-ci. C'est une vision très pessimiste, et un moyen, peut-être artificiel, mais salutaire, de se débarrasser de ce pessimisme consiste à ce dire que cette attitude de création des idoles n'est pas une constante irrévocable de la nature humaine, mais le produit d'un conditionnement. C'est peut-être illusoire, mais c'est une illusion nécessaire pour continuer à militer.

Qu'est-ce qui conditionnerait les individus à se comporter ainsi ?

  • Lors de l'analyse des processus de cette création des idoles, nous avons mis à jour la conception personnaliste des évènements politiques, c'est à dire l'idée (que Sarkozy tend à répandre aujourd'hui) que les changements politiques sont le fruit de la volonté d'un seul individu, et non pas le produit de facteurs socio-économiques globaux. Un moyen de lutte contre cette vision consisterait à enseigner une approche socio-économique globale des faits politiques, et que cet enseignement permettrait aux individus de dédramatiser leur engagement personnel.
  • Nous avons évoqué la question de la confiance en soi. Elle est très fortement liée au premier point de cette liste. Si les individus ne souhaitent pas se lancer dans un mouvement social, c'est qu'ils ne s'en estiment pas capables. Ils considèrent que la gestion d'un mouvement social, et de toutes les affaires politiques en général, doivent être confiés à une avant-garde éclairée. En enseignant l'histoire des mouvements sociaux et en soulignant qu'ils ont souvent été dirigés par des individus communs, il serait possible de rendre le fait contestataire plus accessible au commun. Mais cela n'est pas suffisant. Il faut aussi développer la confiance en soi, or ceci semble beaucoup moins facile à transposer dans des applications concrètes.
  • Nous avons aussi lancé l'idée qu'un mouvement social était perçu par les individus comme trop complexe pour pouvoir être geré par des individus aussi simples qu'eux. Pour combattre cette vision, il faut expliquer que la gestion d'un mouvement social consiste essentiellement en décisions concrètes et terre-à-terre, et qu'un mouvement social ne s'organise pas à la manière d'un pachyderme étatique, mais qu'il est souvent la fédération de plusieurs réalités locales qui se gèrent chacune sur une petite échelle. Une conception fédéraliste d'un mouvement social doit donc être vigoureusement défendue pour la facilité de prise en main par n'importe qui qu'offre la réduction des échelles. Cette facilité devrait pourvoir encourager tout un chacun à participer, puisqu'il n'aurait à répondre que de ce qu'il fait à un niveau local.
  • Le militant passif en vient à considérer l'attribution des pleins pouvoirs à une avant-garde éclairée comme quelque chose de normal, du fait des qualités de cette avant-garde et de sa forte implication au sein du mouvement. Il faut absolument déconstruire cette idée. Le plus grand des meneurs de luttes sociales, tout comme le président ou n'importe quel musicien, n'est toujours qu'un humain, en proie à des basses pulsions et parfois à la diarrhée, vivant des journées de 24 heures et commettant des erreurs. Personne n'est supérieur aux autres d'une manière qui justifierait des privilèges par rapport à eux. Tout privilège doit être considéré comme illégitime et contre-productif pour une vision participative du mouvement.
  • Le dernier point évoqué concerne l'attitude consumériste de l'individu par rapport à un mouvement social. Il le considère comme quelque chose dont il est le spectateur plutôt que l'acteur, et à propos duquel il peut porter des jugements et demander des comptes. Quoique ce soit inconfortable, il convient de marteler que, tout individu ayant de la même manière des possibilités de s'impliquer dans un mouvement social, la défaite d'un mouvement devrait plus être attribuée à ceux qui ne s'y sont pas impliqués qu'à ceux qui ont tenté mais n'ont pas réussi seuls. On ne dit pas qu'il faut blâmer ceux qui n'ont pas participé, car la non-participation à un mouvement social peut finalement s'expliquer et se justifier, mais plutôt que la seule personne à qui un non-participant peut faire des reproches dans un mouvement social, c'est elle-même. Les comptes ne se demandent pas mais se rendent. La non-participation d'un individu à un mouvement social ne doit pas être vue comme l'autorisant à le blâmer de l'extérieur : dès lors où il a lieu, le mouvement social concerne l'individu, qu'il le veuille ou non. Ainsi, il ne peut artificiellement se mettre en dehors du mouvement, il est forcément dedans, et par conséquent sera partie intégrante de ce qu'il faudra juger si le mouvement en vient à être jugé. On ne s'extrait pas d'un mouvement social pour pouvoir le blâmer, on est blâmé pour croire qu'on peut le quitter.

Bien entendu, nous avons vu aussi que cette position de passivité et de délégation était confortable. Ceci engendrera des réticences de la part des individus eux-mêmes, peu enclins à quitter le confort des pantoufles pour faire face à leurs responsabilités. Ce sera sûrement la principale difficulté à laquelle devra faire face le militant : modifier une masse contre son gré. Si la publicité et le conditionnement en faveur du maintien des rapports sociaux en général fonctionnent aussi bien, c'est parce qu'ils flattent certains bas sentiments de plaisir. Au contraire, l'émancipation est douloureuse et peut ne pas être voulue. Platon ne dit rien d'autre avec l'allégorie de la caverne. L'ennemi le plus dur à abattre est en nous-même.

 

cf. Lilian Mathieu, "Un "nouveau militantisme" ? A propos de quelques idées reçues", sur Contretemps

29/01/2008

Radicalité ?

OGM, LRU, et domaines d'argumentation

J'ai récemment, et plusieurs fois, entendu la même remarque faite à des militants, que leur manière de critiquer une mesure restait en fait dans la logique officielle et superficielle selon laquelle cette mesure était présentée, et ne montrait pas assez ses soubassements idéologiques. En un sens, ce serait une critique pas assez radicale, car elle n'irait pas à la racine du problème, et ce contenterait d'une réponse qui reste dans la logique qu'elle dénonce.

Quelques exemples pour y voir plus clair.

I. Dans le débat sur la LRU

On a souvent entendu que la LRU était utile dans le sens où elle permettrait notamment aux étudiants de mieux s'insérer sur le marché du travail, en évoquant l'exemple des licences pro, ... J'ai alors moi-même, et ce à plusieurs reprises, utilisé un type d'arguments consistant à dire : "les licences pro ne permettent pas de mieux s'insérer sur le marché du travail : en effet, des études montrent que le taux d'employabilité des licences pro est supérieur à celui des licences générales, mais uniquement pendant les trois premières années après l'obtention du diplôme, après quoi la tendance s'inverse".

Bon, c'est très propre comme argument. Mais qu'est-ce que ça montre, au fond ? Qu'on considère que l'université a pour but uniquement de permettre aux étudiants d'être ensuite facilement embauchés par des entreprises, et, qu'en comparant les solutions, la licence pro n'en est pas une bonne. Ainsi, si l'on défend la licence générale au profit de la licence pro, ce n'est pas, par exemple, car elle permettrait d'offrir un socle de culture générale, d'esprit critique, et une vision globale, mais uniquement car finalement c'est elle qui permettrait de mieux s'insérer sur le marché de l'emploi.

Alors, bien sûr qu'on critique la licence pro, mais au nom de quoi la critique-t-on ? On ne la critique pas comme le symptôme d'une idéologie ambiante attribuant un rôle avant tout utilitaire à l'Université, mais on la critique car elle ne permet pas à l'Université de bien insérer ses étudiants sur le marché de l'emploi. Finalement, on enlève la mesure, mais on garde sa logique. Allons même plus loin : on enlève la mesure car selon nous elle entre moins dans la logique actuelle de professionnalisation de l'université que le statut quo.

Ainsi, on évite de poser les questions fondamentales : que veut-on faire de l'Université ? Et eux, que veulent-ils en faire ? Quelle logique y-a-t-il derrière cette volonté d'une Université servant uniquement à former de la main d'oeuvre pour les entreprises ? N'est-ce pas plutôt cette logique-là qu'il faut critiquer, plutôt que les mesurettes qui paraissent (ou non) la servir ?

II. Les OGMs :


Petite devinette : pour arracher un OGM, faut-il l'attraper par la racine ou par ses fruits ?

II.1. Arguments techniques, superficiels, officiels :

Les OGMs nous sont vantés pour leurs mérites sur le plan technique :

  • ils amélioreraient la productivité et permettraient ainsi de lutter contre la faim dans le tiers-monde,
  • ils seraient bénéfiques pour la santé humaine car ils pourraient intégrer des gènes aboutissant à la synthèse de protéines bénéfiques,
  • ils nécessiteraient un moindre usage de produits phytosanitaires (engrais, pesticides, fongicides principalement),
  • ...

Or, face à cela, que répond bien souvent un militant anti-OGM ? Du point par point, sur le plan technique :

  • des études prouvent que les OGMs donnent beaucoup moins de récoltes que prévu dans les pays du Sud, car les expérimentations pour les mettre en place ont été menées dans le Nord, dans des conditions spécifiques (climat différent, ajouts d'intrants, ...)
  • les OGMs ne sont pas bons pour la santé humaine car ils font ingérer à des humains des substances auxquelles leur organisme n'a jamais été confronté (une protéine de poulpe ou je ne sais quoi...), et les risques d'allergies ne peuvent être dépistés pour cause de manque de clarté sur les emballages (si vous ne savez pas que la crème à la vanille qui vous a rendu malade contient une protéine de poulpe, vous ne risquez pas de deviner que vous y êtes allergique ! et si par hasard vous l'apprenez, mais que vous ne savez pas qu'on en trouve aussi dans un gâteau sec, vous serez aussi malade en mangeant le gâteau sec...)
  • les OGMS ne nécessitent pas moins de produits sanitaires car ils sont plus fragiles sur certains points, la disparition de la biodiversité (toutes les plantes d'un même immense champ avec le même génotype) augmentant au contraire le risque d'une propagation de la contamination si une plante du champ venait à être contaminée, et cela oblige à augmenter les doses de pesticides et fongicides... De plus, la plupart des OGMs sont actuellement conçus pour sécréter eux-même les protéines défensives que l'on n'a alors plus besoin d'injecter, ou alors pour être les seules plantes à ne pas mourir lorsqu'on leur verse un pesticide hyperpuissant sur la tronche ! (Au passage, si par pollinisation elles transmettent ce gène de résistance à la mauvaise herbe voisine, pas besoin de vous faire un dessin...)

II.2. Arguments socio-économiques, radicaux, engagés :

Ces arguments sont bons, et ils sont très recevables. Mais que veulent-ils dire quant au fond ?  Qu'on reproche aux OGMs de ne pas être encore assez performants ? Encore un effort, Monsanto, tu réussiras à faire quelque chose de bien ! On voit que ce genre d'arguments, bien que pertinents, restent en fait dans la logique de ce à quoi ils s'opposent, car ils se battent sur le même plan. Or, se bat-on vraiment contre les OGMs car ils font encourir des risques à notre santé ou ne sont pas assez productifs ? Non, le problème ne vient pas de là. Les vraies raisons de s'oppser aux OGMs sont d'ordre économique et social :

  • Puisque les entreprises qui fabriquent les OGMs ont déposé des brevets sur les gènes, elles sont propriétaires des plantes possédant ce gène. Cela signifie que lorsque le gène se dissémine ailleurs que sur le champ cultivé (par le vent, les bebêtes, les mélanges avec d'autres graines, les transports en camions, avions, bateaux dans des soutes mal vidées, ...), l'entreprise devient officiellement propriétaire des plantes possédant le gène que l'on retrouve ailleurs. Ainsi, si votre champ est contaminé par des OGMs, il ne vous appartient plus. De plus, puisque les OGMs sont conçus pour avoir un avantage évolutif sur les organismes non-modifiés, cela signifie qu'ils tendent à supplanter les populations locales car ils sont plus résistants qu'elles (cf. le processus de sélection naturelle de Darwin). Ainsi, les OGMs rendent petit-à-petit des entreprises comme Monsanto propriétaires de plus en plus de plantes, un peu partout dans le monde, sans aucun contrôle possible... Bien sûr, il faut effectuer des tests pour manifester cette propriété, et Monsanto n'en a bien souvent rien à cure. Mais il arrive qu'elle entame des procès à des agriculteurs dont les champs ont été accidentellement et involontairement contaminés par des OGMs en leur demandant de lui payer les droits pour pouvoir exploiter le brevet des plantes dont elles sont propriétaires.
  • Le second problème : les OGMs rendent les agriculteurs dépendants des grosses firmes qui les produisent, puisqu'elles font en sorte que les plantes doivent être traitées avec tel ou tel produit phytosanitaire spécifique qu'elles produisent, ou bien introduisent dans leurs plantes le fameux gène Terminator, qui rend stérile la plante, et oblige ainsi l'agriculteur à racheter ses semences tous les ans à l'entreprise, là où avant il gardait une partie de sa récolte pour la re-semer l'année suivante. On peut donc parler de prolétarisation de l'agriculteur, puisqu'il ne dispose plus de ses moyens de production. Une fois que l'agriculteur est bien fidélisé, l'entreprise est libre d'augmenter les prix à sa guise...

Ces problèmes sont beaucoup plus graves que ceux évoqués plus hauts, en ce qu'ils introduisent une véritable hégémonie alimentaire des entreprises de semenciers, qui s'arrogent une propriété sur le vivant, ou qu'il soit, et rendent le producteur dépendant de leur bon vouloir.

II.3. À propos des deux types d'argumentation :

Or, quelle est la différence entre les deux types d'arguments ? Les premiers sont faibles, car ils se contentent de dire "vous dites que les OGMs ont tel avantage, ce serait bien mais en fait ce n'est pas vrai", mais non seulement ne soulignent en rien la réelle nocivité des OGMs, ni les véritables motifs de la tentative pour les généraliser, mais ne font que renforcer la logique selon laquelle effectivement, ce serait bien si les OGMs pouvaient être performants et rentables, car c'est bien connu, nos valeurs sont la performance et la rentabilité. Les seconds, en revanche, non seulement démontrent où se situe le vrai danger des OGMs car ils sortent de l'argumentation technique des promoteurs des OGMs, et abordent le domaine socio-économique, mais surtout contestent la logique-même et l'état d'esprit qui ont abouti à proposer les OGMs comme quelque chose de bénéfique.

Non seulement il a fallu quitter le domaine technique pour aborder le domaine économique, mais ceci n'est pas anodin, car ceci nous fait rentrer du coup dans un autre type d'argumentation, proprement engagé. En effet, on considère que la racine du problème est d'ordre politico-économique, en ce qu'on tente d'imposer à l'ensemble des cultures une soumission à certaines entreprises à qui le brevet sur les gènes garantit le monopole. Pour un militant, démonter quelque chose comme les OGMs, c'est donc avant tout parvenir à sortir la réflexion sur leur sujet du carcan idéologique dans lequel ils nous sont présentés et dont ils sont une application directe pour parvenir à critiquer ce carcan-même. Il s'agit alors de prendre le mal à la racine (donc, être radical) plutôt que de continuer à raisonner à l'intérieur de l'emballage idéologique dans lequel il nous est fourni.

Les OGMs ne sont pas là par hasard, ils sont les fruits d'une certaine volonté, d'une certaine manière de raisonner qui domine actuellement, et c'est à celle-ci qu'il faut s'attaquer à travers le problème qu'ils soulèvent, plutôt que de garder les yeux rivés sur l'émanation accidentelle de cette logique qu'ils constituent. Si votre poche est trouée, soit vous ramassez à chaque fois ce qui en tombe pour le remettre dedans, soit vous recousez la poche. Et alors, pour la devinette ?

IIV. D'autres application de la radicalité

IIV.1. La faim dans le monde

Nous pouvons appliquer cette manière de raisonner à d'autres choses. Ainsi, nous avons parlé plus haut de la faim dans le monde, la présentant comme un problème technique (pas assez de productivité de l'agriculture), alors qu'il est beaucoup plus pertinent de la voir comme un problème politique.

Il est très facile de montrer que ce n'est pas un problème de rendements agricoles, mais de répartition sociale de la production et des richesses : il y a largement de quoi nous nourrir tous, même (surtout) avec une agriculture bio (voir aussi ici, ici, ici), et les pays occidentaux détruisent chaque jour des stocks outranciers de nourriture car elle ne parvient pas à écouler sa surproduction et doit maintenir des prix suffisamment élevés pour le producteur. Et de toutes façons, lorsque cette surproduction est écoulée au Sud, elle nuit en fait à l'agriculture locale, car elle dérégule les prix, et empêche les producteurs locaux de pouvoir vendre leur marchandise. Ils doivent alors arrêter leur travail d'agriculteurs, ce qui fait entrer leur marché dans une relation de dépendance accrue envers les poubelles des pays du Nord. Vous ne pensez vraiment pas que le sac de riz de Kouchner était gratuit, si ? Il se vend contre la promesse de devenir dépendant des prochains sacs de riz, que l'on fera payer !

Ainsi, soit l'on dénonce la faim dans le monde, elle-même issue d'une logique de marché et de surproduction, en pensant que c'est par une logique de marché et de surproduction qu'on résoudra son problème, soit l'on considère qu'elle est la conséquence de cette logique, et que donc c'est à cette logique qu'il faut s'en prendre.

IIV.2. L'expulsion des immigrés

De même, j'ai entendu l'autre jour quelqu'un qui pensait avoir trouvé l'argument suprême contre les centre de rétention et les reconduites à la frontière : une reconduite à la frontière coûte plus cher que l'examen d'une demande de visa. Tout d'abord, cet argument oublie que, si l'on exclue quelqu'un, alors il n'est plus sur le territoire (ça c'est fort comme raisonnement !), et donc on n'aura plus rien ni à lui payer ni à lui prendre; alors que si on lui accorde un visa, il faudra examiner combien il coûte et combien il rapporte en restant en France. Mais surtout, ce qu'il y a de fallacieux dans cet argument, c'est qu'il évalue les raisons d'expulser ou non un immigré innocent en fonction du prix que ça coûte, ce qui amène à des raisonnements complètement délirants comme ceux de la phrase précédente. Ainsi, si tous comptes faits, c'est l'expulsion la solution la plus économique pour l'État, est-ce une raison pour expulser les immigrés ? On voit bien que non. Or comment peut-on utiliser dans un sens un argument qu'on ne recevrait pas dans l'autre sens ? Le problème de cet argument est le même que pour les autres évoqués plus haut : plutôt que de critiquer les expulsions pour l'idéologie qui les sous-tend, on les critique à l'aune de critères de rentabilité et de calculs d'intérêts qui ne font que fortifier cette même idéologie.

C'est encore cette même logique que l'on retrouve lorsqu'on dit qu'une bonne raison d'accueillir les immigrés est qu'ils combleront le déficit démographique et renforçant la base de notre pyramide d'âges, et permettront ainsi de payer nos retraites. Les accueille-t-on pour l'argent qu'ils vont nous rapporter ou parce que nous sommes un pays censé être une "terre d'accueil", "la patrie des Droits de l'homme" ? Est-ce la cupidité où l'hospitalité qui motive notre acceptation des immigrés ? Pour ma part, j'ai choisi mes raisons de les accueillir ici.

Après tout, si l'on en reste dans la logique de cet argument, on peut très bien dire qu'on n'accueillera pas les immigrés retraités ! Voyez à quelles aberrations cela nous mène !

IV. Conclusion

C'est tout ce qu'il faut entendre par radicalité : attaquons-nous à la logique sous-jacente des phénomènes plutôt qu'à eux-mêmes. Partons du principe que, si certains de nos problèmes aujourd'hui sont les effets de certaines logiques dominantes, c'est en renversant ces logiques que nous réglerons ces problèmes, et non pas en critiquant certaines mesurettes sous prétexte qu'elles ne seraient pas encore assez dans ces logiques.

"Être radical", ce n'est donc pas "être un extrémiste borné", comme le sous-entendent Ouest-France et TF1, c'est prendre les problèmes par leurs causes et non par leurs effets. L'inconvénient (ou l'avantage, diront certains (devinez qui ?)), c'est que l'on ne peut plus critiquer un fait comme la LRU, les OGMs, ou la faim dans le monde sans remettre en même temps en question l'ensemble du système qui les produit. Car la cause des OGMs, de la LRU, de la faim dans le monde est aussi la cause du fonctionnement et du raisonnement des nos sociétés dans leur ensemble, et critiquer cette cause, c'est alors critiquer ce fonctionnement et ce raisonnement dans leur ensemble.

Merci à Fabrice et à P. Gaborieau de m'avoir permis de mieux saisir ces questions.

Voir aussi comment la radicalité se marie avec le fromage : le blues du fromager, suivi de le culte de la santé

Voir un exemple de critique pertinente des OGMs : http://www.amisdelaterre.org/Le-genocide-OGM.html

10/12/2007

LRU : Questions/Réponses

Reprise d'une contribution que j'ai faite sur le WIKI LRU. Il s'agit de quelques réponses à des arguments que l'on entend souvent pour défendre la LRU.

Le Budget

Pénurie ? Mais le budget augmente !

L'argument : Vous nous parlez de pénurie budgétaire alors que le Ministère annonce une hausse du Budget destiné aux Universités, vous mentez !

La réponse : C'est vrai que le Budget des Universités va augmenter si la LRU s'applique. Mais l' "élargissement de leurs responsabilités", en matière budgétaire, s'accompagnera d'une hausse des charges, que l'État paye pour l'instant aux Universités, et qu'elles devront désormais payer par elles-mêmes. Par exemple, ce sera désormais aux Universités de payer la gestion du patrimoine mobilier et immobilier, les frais de fonctionnement divers, et les salaires des personnels. C'est très clairement exposé dans le Cahier des Charges : l'augmentation des charges qui incomberont à l'Université devra s'accompagner d'un doublement, voire triplement ou plus de leur budget, en fonction des Universités, si elles souhaitent continuer à fonctionner comme avant. Or regardez l'augmentation prévue du budget : correspond-elle à son doublement ? Pas du tout : à peine à une hausse de quelques pourcents, selon les manières de calculer.

Ainsi, l'État a beau jeu de dire qu'il augmente le Budget de l'Université, il oublie en réalité de préciser qu'il arrête de lui payer tout un tas de charges ! Malgré les effets d'annonce, l'État dépensera moins pour les Universités, et elles se retrouveront en situation de pénurie budgétaire.

De plus, il convient de voir à quoi sera attribué le supplément de budget : Examinons par exemple la promesse qu'il a faite à la rentrée d 1,8 milliards d'€uros en plus.

Sur cette somme, très peu est en fait alloué aux étudiants et à l'université. En effet, 381M€ serviront à l'accompagnement des universités pour mettre en place leur nouvelles responsabilités, alors que 455 millions serviront aux déductions des impôts des donateurs aux universités. De plus, 470 millions sont dégagés pour les salaires et retraites (dont la plupart pour des retard de paiements). Le reste est divisé entre la recherche et les étudiants(173 millions). Sur les 173 millions d'euros qui sont destinés à améliorer la réussite des étudiants, 45 millions serviront à "encourager le travail étudiant par exonération de l'impôt sur les salaires".

Entreprises = plus d'argent ?

L'argument : Vous êtes contre une loi qui nous permet d'avoir plus d'argent de la part des entreprises. C'est de votre faute si l'Université manque de moyens !

La réponse : Premièrement, la LRU ne consiste pas vraiment en un ajout d'investissement des entreprises à celui déjà existant, et demeurant intact, de l'État, mais plutôt à un remplacement du financement par l'État à un financement par les entreprises. Nous avons vu plus haut comment l'État réussit la prouesse de se désengager financièrement tout en déclarant donner plus aux Universités. Ainsi, ce n'est pas "avoir plus d'argent par les entreprises" qui nous arrivera, mais "remplacer le financement par l'État par celui par les entreprises".

Ceci s'illustre particulièrement bien dans la mise en place de fondations : puisque c'est par le biais de fondations que les entreprises financeront l'Université, ceci leur permettra de récupérer 60% de leur investissement sous forme d'exonérations d'impôts. Ainsi pour une même somme investie, là où l'État donnait 100%, il ne donne désormais plus que 60%. L'entreprise, quant à elle ne donne que 40%, mais paraît en donner 100%, et ceci lui permet d'avoir un droit de regard sur le contenu des formations et les orientations de recherche, de demander à ce que soient supprimées les filières qui ne l'intéressent pas, etc.

Interrogeons-nous maintenant sur la différence entre une Université financée par l'État et une Université financée par des entreprises. Dans le premier cas, on est dans le cadre d'un service public d'enseignement supérieur, qui permet l'éducation généraliste et la recherche désintéressée. Si l'Université doit répondre de ses actes, c'est à l'ensemble de la population qu'elle doit le faire, car c'est par l'ensemble de la population qu'elle est financée. Sa vocation est donc de répondre aux exigences de la population dans son ensemble.

Dans le second cas, on s'inscrit dans la logique préconisée aux entreprises en mal de rentabilité : l'externalisation des coûts. Il a été constaté qu'il est beaucoup plus rentable pour une entreprise de faire effectuer ailleurs un travail coûteux que de le faire soi-même. En payant l'Université pour ne pas avoir à former elle-même ses employés, l'entreprise gagne de l'argent. Par contre, cela signifie que l'Université est devenue un lieu de formation à bas coût pour les entreprises qui la financent. Elle n'a plus vocation à une formation généraliste et ouverte à tous, mais seulement à enseigner à un nombre restreint d'étudiants un contenu qui pourra être réutilisé par les entreprises. Puisqu'elle est financée par le patronat, ce n'est plus à l'ensemble de la société qu'elle doit rendre des comptes, mais au patronat uniquement. Or il n'est pas nécessaire de dire que tous les patrons sont l'incarnation de Satan pour comprendre que leurs intérêts peuvent être différents de ceux de la société dans son ensemble. Un patron vous le dira vous-même : "Même si je n'ai rien contre l'enseignement des l'histoire ou la philosophie, dans le contexte économique actuel, je ne pourrais pas me permettre de financer des formations qui ne me rapportent rien."

Pas de hausse des frais d'inscription

L'argument : Le ministère nous a offert la garantie que les frais d'inscription n'augmenterait pas : vous mentez !

La réponse : Premièrement : la garantie que les frais d'inscription n'augmenteront pas est fixée par un décret. Or un décret peut être posé ou sauter selon le bon vouloir du gouvernement, aucune concertation préalable n'est nécessaire pour cela. Ainsi, nous avons déjà vu que l'État, dans sa circulaire emplois 2008 du 07/09/07, lorsqu'il recommande de transférer aux enseignants-chercheurs les charges administratives, se déclare prêt à assumer les surcoûts de fonctionnement pour la première année seulement. Ceci peut nous éclairer sur sa manière d'agir : pour l'instant l'augmentation des frais d'inscription, si elle était déclarée, serait suicidaire, mais il est fort probable que la circulaire puisse sauter dans quelques temps, une fois l'opinion publique calmée. Lorsque les frais d'inscription augmenteront, cela se fera localement dans chaque Université, et il sera impossible d'envisager une mobilisation au niveau national.

Deuxièmement : il existe des manières contournées d'augmenter les frais d'inscription, notamment la mise en place de Diplômes d'Université, ou la levée de fonds de concours, prévue par l'article33. Au sein des Universités où la LRU est appliquée de manière précoce, on a observé une augmentation des Diplômes d'Universités. Rappelons que certains peuvent coûter jusqu'à 4800€. 

Troisièmement : certaines Universités augmentent déjà leurs frais d'inscription malgré le décret et ne sont aucunement poursuivies (par exemple, Rennes 2 prend 20€ illégaux sur certains masters d'histoire, en toute allégresse)

Sur la question des frais d'inscription, un grand nombre de président d'Université a déclaré qu'elle serait une conséquence inévitable de la mise en place de la LRU. Lisons avec profit Laurent Batsch, président de Paris Dauphine :

"Une rapide simulation sur l’université Paris-Dauphine apporte les indications suivantes. Si les droits d’inscription en Licence étaient portés en moyenne à 1000 euros, et si les droits d’inscription en Master montaient en moyenne à 2000 euros, l’université gagnerait quelques 7,8 millions d’euros de recettes complémentaires chaque année, soit près du tiers de son budget propre."

Dans sa Lettre d'orientation pour le contrat quadriennel du 12 novembre :

"Moyens matériels aussi: l'Etat a promis un effort; la Fondation donnera à Dauphine des ressources indispensables à moyen et long terme; mais rien ne pourra remplacer la contribution des étudiants eux-mêmes."

Pédagogie

Les licences pro

L'argument : Vous êtes contre la généralisation des licences pro alors qu'elles permettront aux étudiants de mieux s'intégrer sur le marché du travail

La réponse : Voir ici la réponse détaillée En bref : les licences pro n'auront aucune influence sur le nombre de postes qu'une entreprise peut ou veut bien créer, elles ne modifient que la manière dont sont choisis les postulants, dans ce nombre fixé de postes.

Le bureau d'aide aux étudiants

L'argument : Grâce à la LRU va être créé un bureau d'aide aux étudiants pour leur permettre de trouver un travail ou des stages !

La réponse : En effet, l'article21 prévoit la création d'un bureau de la sorte. Mais, premièrement, un juriste vous dira que ce genre de mesure n'a rien à faire dans la LRU, c'est plutôt l'objet de décrets (tout comme l'article39 sur les épreuves de médecine...). Deuxièmement, il existe déjà tout un tas de bureaux de ce genre (au CROUS, au CRIJ, à l'ANPE, ...) et, tout comme les licences professionnelles, ils n'ont aucune influence sur ce qu'une entreprise décidera de créer comme staes ou comme emplois. Troisièmement, ce bureau a pour rôle de "présente[r] un rapport annuel (...) sur le nombre et la qualité des stages effectués par les étudiants, ainsi que sur l'insertion professionnelle de ceux-ci dans leur premier emploi". On voit donc qu'il s'agit en fait d'élaborer des statistiques pour comparer entre elles les filières à débouchés rapides et celles à débouchés lents. Dès lors, il y a fort à parier que ces statistiques seront déterminantes pour l'attribution des crédits aux filières en question...

Gouvernance

Ça existe déjà

L'argument : Certaines choses que vous dénoncez avec la LRU existent déjà.

La réponse : Et alors ? Est-ce pour autant qu'il faut en faire une loi ? Je vois des gens griller des feux rouges dans la rue, vais-je pour autant faire une loi qui autorise les gens à griller des feux rouges parce qu'ils le font déjà ?

Ce dont ne se rendent pas compte ceux qui avancent cet argument, c'est qu'en disant cela, ils reconnaissent déjà que la LRU rend possible certaines dérives. La seule différence est que pour l'instant, ces dérives sont plus ou moins ponctuelles car à la limite de la légalité, ou totalement dans l'illégalité. Or, le principe de la LRU serait de rendre légal quelque chose sont on vient de reconnaître que c'était une dérive. Ici, le non-sens de cet argument prend toute sa signification.

Le gentil président

L'argument : Vous prenez le président pour un monstre.Une augmentation de ses pouvoirs n'est pas gênante, au contraire, s'il est gentil il pourra l'être encore plus !

La réponse : Nous ne nous abaisserons pas à répondre "oui mais s'il est méchant, il pourra l'être encore plus !" Nous nous contenterons de réfléchir sur ce qu'est une loi et ce à quoi elle doit servir.

Une loi est censée mettre un certain nombre de gardes-fous à des pratiques déviantes ou abusives, pour permettre à chacun de jouir de ses droits en ayant la place qui lui convient au sein de la société. Son problème n'est donc pas de savoir si la personne à qui elle s'appliquera sera gentille, méchante, grande, ou petite, mais si la place que cette loi donne à cette personne rend possible ou non certaines dérives ou certains abus. Or il se trouve que la LRU rend possible des abus de pouvoir : le président nomme les personnalités extérieures au sein du CA, il dispose d'un droit de veto sur l'embuache de personnels, affecte des primes, etc. Tout ceci fait que la LRU rend possible des dérives et des abus de pouvoir. Que ces dérives existent ou pas dans le futur, cela ne change rien au fait qu'elle ne remplit pas sa fonction de loi.

Cet argument du gentil président consiste un peu à dire "je vais faire une loi qui autorisera les gens à griller des feux rouges, mais je leur fais confiance, je sais qu'ils n'en grilleront pas !" : c'est totalement stupide.

Ressources humaines

La LRU contre les CDD précaires

L'argument : La LRU est une avancée dans le domaine de la sécurisation de l'emploi à l'Université (!) car elle permet désormais d'embaucher en CDI des gens qui jusqu'alors ne pouvaient bénéficier que de CDD

La réponse : En effet, l'article19 rend désormais possible l'embauche de CDI. Mais il y a deux choses à répondre à cela.

Premièrement, il existait déjà une mesure qui permettait de concrétiser sous forme de CDI un CDD ou une suite de CDD durant depuis 6 ans ou plus. La LRU n'est donc pas vraiment une nouveauté.

Deuxièmement, et de toutes façons, lorsque quelqu'un travaille à l'Université, c'est à dire dans le service public, ce n'est pas un contrat du type de celui d'une entreprise privée qu'il lui faut, mais un statut de fonctionnaire ! Sur ce plan, la réelle "avancée" de la LRU est qu'elle va remplacer des statuts de fonctionnaire par des contrats de nature de ceux que l'on a en entreprise...

14:10 Publié dans LRU | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : LRU, loi, autonomie, universités

09/12/2007

Argumentaire anti-LRU

"LRU" désigne la Loi Relative aux Libertés et Responsabilités des Universités. Après plusieurs remaniements, une version définitive a été adoptée le 10 août 2007 et publiée le 11 août au Journal Officiel. Elle comprend 6 titres et consiste en modifications, ajouts, ou suppressions des Codes actuellement en vigueur (principalement le Code de l'Éducation, mais aussi le Code Général des Impôts). Elle a été adoptée en plein été, par une procédure parlementaire d'urgence, empêchant ainsi toute discussion.

Les Universités s'y conforment petit à petit, selon le degré de difficulté de mise en place des réformes. Il est prévu que les Universités soient totalement passées aux mesures préconisées par la LRU d'ici 5 ans (cf. titre VI, notamment art. 49). La LRU n'étant pas complète, certains détails sont fixés par décrets.
Les mesures qui nous effrayent sont contenues principalement dans les titres II (Gouvernance) et III (les Nouvelles Responsabilités). Nous dénonçons les modifications qu'elle induit, notamment sur quatre axes :

Budget

L'application de la LRU ne se traduira pas d'abord par une diminution du budget des Universités, mais par leur augmentation. Par contre, les charges que l'État paye actuellement à la place de l'Université (gestion et entretien du patrimoine mobilier et immobilier, salaires, frais de fonctionnement...) incomberont désormais à celle-ci (cf. Cahier des Charges, pp3-6). Certes le budget des Universités augmentera, le Gouvernement s'en vante suffisamment dans les médias. Mais cette augmentation ne suivra pas celle des nouvelles charges que l'Université devra désormais payer elle-même.

Ceci permet à l'État de déclarer qu'il augmente le budget de l'Université tout en économisant sur les charges qu'il n'a plus à lui payer. Nicolas Sarkozy est clair à propos d'une augmentation réelle du budget consacré à l'enseignement : "Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier." (lettre de mission à Valérie Pécresse du 05/07/07).

Cette augmentation insuffisante du budget de l'Université par rapport à l'augmentation de ses charges la mettra finalement dans une position de pénurie financière et l'obligera à trouver d'autres sources de financement (cf. art.33) :

  • les collectivités territoriales : le financement de l'Université par les régions engendre un risque de déséquilibre entre régions riches et régions pauvres, et ceci se traduira par une différenciation accrue de la qualité des prestations fournies par chaque Université.
  • les étudiants : même si ceci n'est pas écrit noir sur blanc dans les versions finales de la LRU, plusieurs présidents d'Universités ont déjà déclaré que l'application de la LRU se traduirait par l'augmentation des frais d'inscription. Le président de Paris Dauphine dit d'ailleurs lui-même "rien ne pourra remplacer l'apport des étudiants eux-mêmes" (discours du 12 novembre). Il dit par ailleurs que l'augmentation des frais d'inscription augmentera le positionnement de son Université dans les classements internationaux (classement de Shanghaï) : alors pourquoi se gêner ! Cette augmentation peut s'effectuer de plusieurs manières : remplacement des diplômes nationaux par des Diplômes d'Université payants (certains jusqu'à 4800€) comme c'est déjà le cas à Paris Dauphine, levée de fonds de concours pour l'entrée à l'Université, ...

Ce point est d'autant plus crucial que les ponctions aux étudiants se feront séparément et de manière différente pour chaque Université si la LRU est appliquée, ceci empêchera totalement une mobilisation à une échelle nationale.

  • les entreprises : la LRU offre la possibilité aux Universités de franchir un nouveau pas en matière de financement par les entreprises : la création de fondations et de fondations partenariales (articles 28, 29, 31, 33). Par le biais de celles-ci, les entreprises peuvent participer au financement des Universités de manière beaucoup plus générales (leur participation actuelle se limitant la plupart du temps à des contrats individuels de recherche). Malheureusement, ce n'est pas par pure bonté qu'une entreprise décide de financer une partie de l'Université : ceci lui permettra en retour d'avoir un droit de regard sur le contenu pédagogique enseigné dans les filières qu'elle finance, ainsi que sur les orientations de recherche. Le président de Paris Dauphine a clairement affirmé sa volonté d' "offrir des diplômes aux entreprises". Le président de Sciences Po de Lille, dans une lettre du 6 novembre à des donateurs potentiels, énonce sans ambages sa volonté de se soumettre à la volonté des donateurs : "Nous allons être sûrement nombreux à nous concurrencer pour tenter de vous convaincre. Saine émulation !"

Ce changement de sources de financement est d'autant plus injuste qu'il ne deviendra pas pour autant gratuit pour la collectivité : en effet, l'État remboursera 60% des donations d'entreprises et 66% des donations de particuliers aux donateurs, par le biais d'exonérations fiscales. Ainsi, l'État prétend ne pas avoir suffisamment d'argent pour financer les Universités, mais ceci ne l'empêche pas de rembourser les entreprises à 60% de leur investissement ! C'est ce que signifie le "désengagement financier de l'État" : à somme égale investie dans l'Université, l'État ne paye plus que 60% de ce qu'il payait auparavant. L'entreprise, quant à elle, ne s'engage qu'à hauteur de 40%, mais paraissant s'engager à hauteur de 100%, peut exiger en toute légitimité d'avoir son mot à dire sur les formations et la recherche.

  • autres : l'article 33 cite quelques autres sources de financement possibles : "la vente de biens, des legs, donations et fondations [les fondations organisent le financement par les entreprises], rémunération de services [l'Université peut ainsi vendre des services comme n'importe quelle entreprise], droits de propriété intellectuelle [possibilité de vendre à des entreprises les brevets déposés par les chercheurs de la fonction publique], fonds de concours [les étudiants doivent payer un concours d'entrée à l'Université], de la participation des employeurs (...) et de subventions diverses [régions, départements, villes, etc. : dépend de la richesse de ceux qui financent]". La vente de bâtiments, outre son caractère déplorable, favorise nettement les Universités situées dans des villes à forte spéculation immobilière. De plus, les fonds de concours autorisent clairement l'Université à mettre en place des concours de recrutement : malgré les dénégations de Valérie Pécresse, ceci consiste bien en une sélection à l'entrée de l'Université.

 

Pédagogie

Le cadre national des diplômes :

La multiplication des Diplômes d'Université, payants, et délivrés par chaque Université, au détriment de nos diplômes nationaux, aura pour conséquence la casse du cadre national des diplômes. La reconnaissance d'un statut égal pour les titulaires de formations équivalentes est inscrite dans les conventions collectives de travail : la révision de ce statut égal obligera donc à remettre celles-ci en cause, et avec elles le Code du Travail.

Le risque à terme est une scission entre deux types d'Universités, à la manière du système anglo-américain : d'une part, des Universités haut classées dans le classement de Shanghaï (aux critères plus que discutables), Universités d'élites en matière de recherche et d'investissements, demandant des frais de scolarité exorbitants; et d'autre part, des sous-Universités, destinées à former à bon marché la main d'œuvre pour les entreprises locales (il existe déjà des licences pro "Disneyland Paris" et "Club Med" à Marne-la-Vallée).

Pour nous convaincre que nous ne sommes pas dans le fantasme, citons Jean-François Dhainaut, Directeur de l’Agence nationale d’évaluation des performances des universités : "Aujourd’hui la France accueille 86 universités, alors qu’il en faudrait tout au plus 25 pour résister à la concurrence étrangère."; ou bien Nicolas Sarkozy "Vous identifierez quelques campus universitaires susceptibles de devenir des campus de réputation mondiale" (lettre de mission à Valérie Pécresse du 05/07/07).

La professionnalisation :

La LRU ainsi que le Cahier des Charges prévoient de manière récurrente (notamment art.20) d'établir des statistiques concernant les taux d'insertion professionnelle des différentes filières. Derrière ceci se cache la volonté de pouvoir comparer entre elles les différentes filières et de pénaliser financièrement, ou supprimer, celles qui sont jugées non rentables. Ceci sera d'autant plus vrai lorsque les entreprises exigeront un droit de regard sur le contenu des formations. Ainsi, le Cahier des Charges préconise (p.6) d' "allouer (...) des crédits (...) en fonction d'une appréciation de la performance des composantes ["composante" désigne notamment les UFRs et labos de recherche] et non pas seulement sur la base de critères physiques (nombre d'étudiants, etc.)". De même, Nicolas Sarkozy, durant sa campagne électorale, disait : "l'État doit (...) mettre progressivement des limites au financement de filières sans débouché". L' "orientation active" des étudiants est un thème récurent dans le discours de Sarkozy (notamment dans la lettre de mission), elle est préconisée par le rapport Hetzel du 24/10/06. Elle consiste à décourager les étudiants de s'engager dans des filières jugées non rentables car on ne perçoit pas leur application immédiate par l'industrie. Elle est entérinée dans la LRU par l'obligation, avant toute préinscription à l'Université, d'avoir subi un dispositif "d'information et d'orientation" (art. 20).

Ce sont ainsi toutes les filières d'enseignement généraliste mais non directement rentable qui sont touchées (sciences humaines, arts, lettres, philosophie, ...). Pourtant, si l'on y regarde de plus près, les arguments de la professionnalisation ne tiennent pas la route. Par exemple, les licences professionnelles sont présentées comme meilleures en termes d'employabilité, pourtant, lorsque l'on opère les statistiques non pas directement à la sortie de la licence, mais à partir de trois ans après son obtention, on constate que ce sont les licences générales qui ont un meilleur taux d'employabilité. De plus, le jour où 80% des sortants de l'Université seront titulaires d'une licence professionnelle, ceci ne signifiera pas que les entreprises verront subitement leur taux d'embauche atteindre 80%. Le nombre de personnes qu'une entreprise décide d'employer ne dépend pas du type de diplômes obtenu à l'Université par les étudiants, mais de ses besoins économiques. À l'inverse, une licence professionnelle hyperspécialisée se révèle être un handicap lorsque l'entreprise pour laquelle on a été formé n'embauche pas : voir le cas des étudiants de l'IGR qui ne sont pas tous embauchés à la sortie du Master Pro Carrefour, les étudiants de licence pro Alcatel à Lannion restés sur la touche après sa délocalisation, etc.

Ainsi, la professionnalisation n'est qu'une excuse pour n'entretenir que les filières rentables pour les entreprises, et supprimer toutes celles qui "se contentent" de fournir aux étudiants une éducation qui leur sera forcément utile par la suite, dans n'importe quel domaine que ce soit. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy le dit lui-même : "Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile. (...) L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue (...) les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour (...) [en] rendre [le service] plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques (...) que nous voulons entreprendre ou approfondir." (lettre de mission à Valérie Pécresse du 05/07/07).

Gouvernance

Un autre aspect de la LRU est qu'il modifie en profondeur le mode de gouvernance au sein de l'Université. Ainsi, le Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CEVU), "garant des libertés politiques et syndicales des étudiants" (Code de l'Éducation, L612-6), ainsi que le Conseil Scientifique (CS), garant d'une évaluation sérieuse de la pertinence scientifique de la politique de l'Université, notamment en matière d'embauches, perdent tout rôle décisionnel (art. 8 et 9). Le seul rôle qu'il leur reste est le suivant : "Il peut émettre des vœux" (art. 8 et 9). De même, les commissions de spécialistes, formées d'experts en une discipline, élus au sein des enseignants-chercheurs, chargées de se prononcer sur le recrutement des nouveaux enseignants, sont évincées au profit d'un comité de sélection dont les membres sont nommés par le président. Des prises de décisions sans connaissances scientifiques nécessaires risquent de déplacer les critères de sélection vers d'autres domaines : syndication des postulants, appartenances politiques, ...

La seule instance décisionnelle qui demeure est le Conseil d'Administration (CA). Au sein de celui-ci, la répartition des membres s'en trouve changée (art. 7). Puisqu'il est la seule instance décisionnelle restante, les 20 à 30 personnes qui le composent se prononcent sur tous les domaines : aussi bien la pédagogie que les embauches et la répartition de personnel, la gestion des biens immobiliers, la répartition des crédits, la vie universitaire, ... Les personnalités extérieures représentent de 23% à 40% de l'effectif du CA, elles sont nommées par le président. Elles doivent comprendre au moins un chef d'entreprise et au moins un autre acteur du monde économique. À Rennes1, la configuration la moins défavorable a été adoptée pour le nouveau CA, comprenant le moins possible de personnalités extérieures, et le plus possible de représentants étudiants et non-enseignants. Malgré tout, la représentation des personnalités extérieures a augmenté de 6,66 points, celle des étudiants a diminué d'autant, et celle des personnels non-enseignants (BIATOSS) a diminué de 3,33 points. Ainsi, même dans le meilleur des cas, la représentation des étudiants et personnels diminue au profit de celles d'intervenants extérieurs. À ces intervenants extérieurs, il faut ajouter les personnalités recrutées en tant que contractuels, nommées par le président, qui peuvent siéger comme représentants des personnels pour autant qu'ils dispensent 64 heures de cours par an (art. 24).

Les pouvoirs du président sont nettement accrus (art. 6) : son mandat devient renouvelable, il nomme les jurys, affecte les personnels, ordonne les recettes et dépenses. De plus, "il exerce toute compétence non-attribuée à un autre" (c'est à dire toute compétence qu'il souhaite exercer, puisque c'est lui qui les attribue), et peut opposer son veto au recrutement d'un enseignant-chercheur ("Aucune affectation ne peut être prononcée si le président émet un avis défavorable motivé"). Il peut aussi nommer des contractuels (art. 19) pour enseigner ou pour la recherche, sans condition d'embauche cette fois-ci (aucun diplôme ni concours ne sont requis pour être nommé contractuel). Or, un enseignant contractuel nommé par un président peut à son tour devenir président, la seule condition à ceci est qu'il donne 64 heures de cours... en une année (art. 24) ! Est-il vraiment démocratique qu'un individu étant appelé à exercer autant de responsabilités ne soit plus désigné par les trois Conseils (au total : plus d'une centaine de membres), mais par le seul CA en effectif réduit à une vingtaine de membres ?

De plus, la délégation aux Universités de la propriété et de la responsabilité des bâtiments permet toutes les dérives imaginables : locations à des entreprises, ventes, etc.

Ressources humaines

La LRU entérine une précarisation massive des personnels de l'Université, et des grandes disparités de traitement selon leur appréciation par le président. Outre le droit de veto à l'embauche déjà mentionné, notons l'attribution de primes au personnel. À ce sujet, le Cahier des Charges (p.11) préconise "de concentrer les primes sur un nombre raisonnable de bénéficiaires pour en élever le montant moyen et leur conférer ainsi un caractère incitatif". La possibilité de nommer des personnels avec un contrat à durée déterminée, ou indéterminée (art. 19), comme dans les entreprises, plutôt qu'avec le statut de fonctionnaire, représente aussi une grande avancée de la précarisation au sein de l'Université. Le fait que les statuts de ces personnels contractuels soient définis par le CA rend possible deux types de dérives : d'une part, une rémunération attractive et peu d'obligations pour les enseignants-chercheurs contractuels nommés par le président, s'ils sont dans ses bonnes relations, d'autre part, un enchaînement de contrats à durée déterminée et mal payés pour les personnels d'entretien qui auraient du avoir accès au statut de fonctionnaire.

La dotation de l'État devient globale (art. 18), alors qu'auparavant elle était divisée en grands secteurs. L'Université devient donc libre de choisir la répartition de ses crédits (c'est la "fongibilité asymétrique" dont parle le Cahier des Charges). Ainsi, les personnels de l'Universités sont directement payés par celle-ci, et non plus par l'État. Malheureusement, la somme dédiée aux personnels est limitative et soumise à un plafond. En d'autres termes, il est possible de moduler les crédits en baissant les investissements sur les salaires pour les consacrer à des frais de fonctionnement, mais l'inverse est impossible. Le plafond ne concerne pas le nombre d'emplois, mais la "masse salariale" pour les payer. Ainsi, s'il est nécessaire d'augmenter le nombre d'emplois, mais si le plafond est déjà atteint, il suffit de moins payer ceux qui existent déjà.

Cette liberté de répartition, associée à de nouvelles responsabilités quant à l'entretien de l'immobilier possède un certain nombre de conséquences : on laisse pourrir les bâtiments tant que l'on n'a pas l'argent suffisant pour les entretenir, et lorsqu'un investissement massif devient nécessaire, c'est d'autant que l'on devra ponctionner sur le reste du budget.

C'est désormais le CA qui définit les principes de répartition des charges entre les différents personnels (art. 19). C'est une nouvelle manière d'économiser sur les postes en attribuant aux enseignants-chercheurs des tâches administratives, se dispensant ainsi de payer le personnel nécessaire pour cela. Ce transfert de charges administratives aux enseignants-chercheurs est d'ailleurs préconisé par la circulaire emplois 2008 du 07/09/07.

Le CA définit aussi la répartition du personnel au sein des différentes composantes (notamment, art.7, pt.5). Ce "repyramidage" dont parle le Cahier des Charges permettra de redéployer les effectifs en fonction de critères tels que la rentabilité des filières ou les intérêts des industriels, et non en fonction des besoins réels.

Cette précarisation a de nettes conséquences sur les chercheurs : d'une part, la recherche devient une variable d'ajustement budgétaire, d'autre part, les enseignants-chercheurs sont soumis à une pression accrue en termes de publication et d'exploitabilité des leurs découvertes par l'industrie. Le passage d'un financement autour d'équipes à un financement autour de projets en est un symptôme criant. Les chercheurs seront incités à publier souvent, et des contenus susceptibles d'être ré-exploités par les entreprises qui les financent, ou dont les droits de propriété intellectuelle pourront être revendus par l'Université. On est loin de la recherche fondamentale et désintéressée... Laissons Nicolas Sarkozy illustrer ces priorités : "S'agissant de la recherche, vous ferez évoluer nos grands organismes de recherche vers un modèle davantage fondé sur celui d'agences de moyens finançant des projets.(...) Vous veillerez à ce que nos équipes publiques de recherche soient évaluées dans un cadre ouvert, et surtout à ce que l'évaluation ait des conséquences opérationnelles dans l'attribution des moyens. (...) Vous encouragerez les brevets et la création d'entreprise au sein des universités par un dispositif de zone franche fiscale." (lettre de mission à Valérie Pécresse du 05/07/07).

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