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16/01/2008

Debord trahi

I. Debord

Les lettristes et situationnistes, dont Guy Debord, ont insisté sur le caractère révolutionnaire des comportements qui rompent avec les modes de vie habituels et socialement acceptés. En effet, les critères qui font que l'on tient tel mode de vie pour socialement acceptable plutôt que tel autre sont ceux de la bourgeoisie, du pouvoir en place, et en voulant à tout prix se conformer à ces critères, on ne fait qu'intérioriser de plus en plus le cadre de pensée de ceux qui sont au pouvoir, cadre dans lequel leur domination est considérée comme légitime.

Les situationnistes ont donc appelé à dénaturaliser les conventions et les habitudes, c'est à dire réaliser que les règles sociales ne sont pas des lois de la nature, mais des règles instituées par une certaine catégorie de la population qui bénéficie de l'autorité. Cette catégorie de privilégiés profite de cette autorité pour instaurer des règles qui l'avantage.

Cette dénaturalisation, c'est par exemple lorsqu' Anatole France constate que les lois, dans leur majesté, interdisent aussi bien au pauvre qu'au riche de dormir sous les ponts la nuit. Ceci fait dire à Anatole France que l'égalité, ce n'est pas vouloir la même chose pour tous, mais prendre en compte les différences de situations dans lesquelles chacun se trouve pour tendre à amoindrir ces différences.

Une fois réalisé le caractère arbitraire et finalement anti-social de certaines lois, la porte s'ouvre à l'imagination : et pour quelles raisons n'agirais-je pas comme cela ? Et pourquoi n'aurais-je pas le droit de faire comme ceci ? C'est simplement parce que la morale bourgeoise me l'interdit, mais si je rejette la morale bourgeoise, je m'autorise beaucoup plus de choses.

Ceci permet à l'individu de réellement façonner sa vie et son comportement, dans le sens où il ne les fait plus dépendre de la morale de ses oppresseurs, mais de sa créativité propre.

C'est ainsi que les lettristes et les situationnistes, pour des bonnes raisons théoriques, en viennent à faire l'apologie du comportement déviant, c'est à dire du comportement qui n'est pas conforme aux normes de la bourgeoisie. C'est en ce sens qu'ils ont étudié, en pionniers, l'impact de l'urbanisme, de l'architecture, ou du discours artistique dominant sur les valeurs que nous intériorisons et les comportements que nous avons (c'est ainsi qu'il faut comprendre leurs pérégrinations "psychogéographique", ou l'étude sur les trajets quotidiens des étudiants; et c'est aussi pourquoi on peut expliquer que le journal "Potlach" de l'Internationale Lettriste ne se vendait pas (il serait alors rentré dans la logique marchande qu'il dénonce), mais s'offrait à des destinataires bien choisis). C'est aussi ce qui les a poussé (on l'a vu en mai 68) à critiquer les valeurs communément acceptées sur la sexualité comme étant les valeurs qui favorisent le maintien de l'ordre en place (ne me demandez pas comment !).

Aujourd'hui, il faut se poser les mêmes questions sur les valeurs qui nous sont transmises par la publicité : apologie du cadre traditionnel de la famille, bonheur dans la consommation, ... Ce sont ces institutions qui nous poussent à intérioriser une certaine conception que nous avons de "ce qu'est une vie conforme" et "ce qu'est le bonheur". Si l'on se demandait "conforme aux intérêts de qui", et "pour le bonheur de qui", on réaliserait que les valeurs transmises par la publicité ne correspondent pas à "la morale en-soi", mais à "la morale que certains veulent nous inculquer en vue de servir leurs intérêts".

Il y a donc chez les situationnistes l'idée que c'est avant tout dans sa vie quotidienne que l'on applique sa critique de la société, plutôt que dans des grandes théories révolutionnaires. C'est particulièrement flagrant sur une affiche que le comité enragés-internationale situationniste placardait à la Sorbonne en mai 68, qui est en fait une reprise du "Traité de Savoir-Vivre à l'usage des jeunes générations" (de Raoul Vaneigem, autre illustre situationniste) : "Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes, sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu'il y a de subversif dans l'amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre".

Une manière d'appliquer dans la vie quotidienne la critique de la morale bourgeoise dominante a donc été de vivre en marge de la société, dans la liberté sexuelle et la consommation de drogues... Et c'est là que ça commence à coincer.

II. Trahi

On peut imaginer que chez Debord déjà, la critique des valeurs bourgeoises dominantes pouvait servir d'excuse à son alcoolisme avéré et particulièrement catastrophique (il en est mort à 64 ans, cf. son tout-dernier communiqué : "Maladie appelée polynévrite alcoolique, remarquée à l'automne 90. [...] C'est le contraire de la maladie que l'on peut contracter par une regrettable imprudence. Il y faut au contraire la fidèle obstination de toute une vie."). Mais au moins il avait, comme nous l'avons vu, un solide attirail théorique pour expliquer ses actes.

Ensuite vinrent les jeunes chiens fous. Séduits par Debord pour son ton vindicatif et péremptoire, pour son talent dans l'usage de l'invective méprisante et gratuite, propre à celui qui se déclare à l'avant-garde; et surtout séduits par la difficulté et le flou des textes, qui leur donnait toute liberté d'interprétation.

Ils trouvèrent dans Debord une excuse toute-prête, bien pratique, et très chic pour justifier toutes leurs dérives : "la coke est subversive, c'est Debord qui l'a dit !". Ils ne se servirent de Debord que pour l'autorité qu'il semblait conférer à leurs pratiques, qui loin de s'inscrire dans une contestation pertinente de la société, ne faisait que traduire leurs soumission envers leurs pulsions les plus primaires.

Il n'est pas exclu que les situationnises confondaient déjà, en certaines occasions, "les valeurs de la morale bourgeoise" et "toute forme de morale, quelle qu'elle soit". Mais cette confusion a été savamment entretenue par ceux qui se déclarent ses descendants, et qui en réalité ne font qu'utiliser ses thèses pour justifier leurs excès.

Aujourd'hui Debord ne sert plus que de gage à l'irresponsabilité des jeunes chiens fous, par le même processus d'autorité et de soumission à l'expertise que celui qu'il paraissait critiquer mais entretenait par son style et sa désinvolture.

Celui qui ne voulait surtout pas être récupéré est celui qui l'a été de la manière la plus vile. Debord est devenu l'expert qui certifie la débauche conforme à l'avant-gardisme politique.

Pas Raoul.

(voir aussi Contradiction de l'avant-gardiste)

09/12/2007

Pourquoi je quitte MySpace et pourquoi vous devriez en faire autant

Ca y est, enfin, après de longues tergiversations, ma décision est prise : je quitte MySpace. Je vais supprimer une page que j'avais mis un certain temps à fignoler, qui marchait assez bien, qui m'a permis de découvrir un certain nombre d'artistes intéressants, et d'être découvert moi-même. C'est sûrement un peu dommage, mais à mon avis je perds beaucoup plus en restant sur MySpace qu'en le quittant. Je vais essayer de m'expliquer un peu pour justifier ça. Puisse ce témoignage faire exemple...

Comme tout le monde, j'ai créé cette page sans trop me poser de questions : ça paraissait un outil intéressant, utile pour diffuser sa musique, nécessaire pour être "dans le coup" sur internet, pratique pour prendre contact avec d'autres musiciens, ... Quand on crée une page comme celle-là, la plupart du temps on ne prend pas la peine de réfléchir et de s'informer : à qui ça appartient ? à quelle logique ça répond ? à qui ça bénéficie ? quelles conséquences aura le fait de mettre ses oeuvres sur MySpace, au niveau de la propriété intellectuelle ? Ce sont des questions qu'on ne se pose pas. On devrait peut-être. Et si l'on ne se les est pas posées avant, il est toujours temps.

Ce texte est long. Je préfère que vous n'en lisiez qu'un petit bout, plutôt que pas du tout, aussi je vous dis ici quelles parties concernent quels sujets.

  • La partie 1 évoque certains reproches qui sont adressés à MySpace mais qui ne seront pas abordés ici. Elle n'est utile que pour celui qui veut avoir une vue d'ensemble du sujet.


  1. Situons le problème :

Dans un premier temps, il est utile de préciser sur quoi portera ma critique de MySpace. Je parlerai du profil "MySpace Music" principalement, et non du profil MySpace standard, que je n'ai pas utilisé.

On trouve sur internet tout un tas de bonnes raisons pour critiquer le profil MySpace standard :

Très bien, c'est bien de savoir tout ça sur MySpace, malheureusement ce n'est pas le pire, et surtout, la cause de ces problèmes réside surtout dans l'usage que certains font de MySpace, et non pas de ses caractéristiques en-soi. Or là où MySpace est le pire, c'est dans son essence-même (eh ouais ! carrément !).

MySpace est mauvais pour deux raisons : pour sa logique intrisèque, et pour les personnes qu'il enrichit. Avant d'aborder ces problèmes, défendons d'abord MySpace sur un point : certaines critiques sur internet disent que le fait de mettre sa musique sur MySpace en dépossède le créateur au niveau de la propriété intellectuelle : c'est faux. MySpace ne devient pas propriétaire de la musique qu'on y met. Par contre, il s'arroge les droits d'en faire un certain usage. Pour le savoir précisément, lisez attentivement les conditions d'utilisation (ou ici) que vous auriez dû lire dès le début.

Nous ne parlerons pas non plus des polémiques sur l'origine de MySpace (aussi ici, chapitre "Controversy over corporate history") (qui l'a inventé ? Tom Anderson, son inventeur présumé, existe-t-il vraiment ?), mais il est bon de savoir qu'elles existent.

  1. La logique MySpace :

La "logique MySpace" se décline sur différents aspects :

  1. Logique commerciale :

MySpace est un produit de commerce, tout le monde le sait et personne ne dira le contraire. On a tous suffisamment subi les agressions publicitaires de certains pour s'en rendre compte. Mais l'agression publicitaire n'est pas propre à MySpace. Ce qui est vraiment gênant, c'est que MySpace sert précisément à se faire soi-même de la pub. Le musicien utilise cet outil pour faire sa promo, il se transforme, qu'il s'en rende compte ou non, en publicitaire.

Ainsi, il est courant de voir des gens dont par ailleurs on peut apprécier les qualités artistiques se transformer en auto-publicitaires intrusifs et sans vergogne, n'hésitant pas à se faire des milliers d'"amis" pour fourguer le plus possible de leurs affreux placards publicitaires. Ou encore, des gens qui s'échangent publiquement des messages trop privés pour ne pas être suspects. Et ainsi on profite de nos connivences dans le monde réel pour générer du trafic sur notre propre page... Chouette je vais lui écrire un mot, lui mettre une image, ça me fera venir du monde. Ah mince, oui c'est vrai il faut que je trouve quand-même quelque chose à lui dire pour être affiché sur sa page. "Thanks for the add. J'aime beaucoup ta musique. Elle était bien la soirée l'autre jour mais t'as oublié tes chaussettes." Et hop ! Le tour est joué !

Le plus gênant, ce n'est pas que certains fonctionnent comme ça sur MySpace. Pour eux, MySpace n'est qu'un outil, et sans cela ils fonctionneraient autrement avec un autre outil. Non, ce qui est vraiment dérangeant, c'est que MySpace nous fait nous-même rentrer dans cette logique-là. On est là pour ça, on est sur MySpace pour se faire de la pub, et tous les moyens sont bons. A ce jeu-là, certains sont plus subtils que d'autres, mais dans l'idée, les musiciens ne créent pas une page MySpace pour la déco, mais pour se faire connaître. Il serait totalement ridicule d'entendre un musicien dire "j'ai une page MySpace, mais ce n'est pas pour ma promo" : ah bon, et elle te sert à quoi alors ta page MySpace ? En ce qui me concerne, ce qui a vraiment commencé à me déranger, c'est quand je me suis rendu compte que moi-même, sur MySpace, j'entrais aussi dans cette logique commerciale d'autopromotion opportuniste que je fuis tant dans le "monde réel". Moi aussi j'étais content de voir que mon compteur de visites augmentait quand j'écrivais un commentaire sur une page très visitée.

On pourrait aussi parler de toutes ces photos de femmes à demi nues qui traînent sur MySpace, dans le seul but de faire cliquer le mâle libidineux et de le faire tomber dans le piège commercial. Si ces photos me gênent, ce n'est pas parce que je serais un puritain, et que la vue de femmes à demi nues me ferait rougir derrière mon écran, mais parce qu'elles instrumentalisent les femmes, en font de véritables objets sexuels, dans le seul but de se faire du fric en touchant les instincts les plus primaires des hommes. Et ça marche.

  1. Logique conformiste :

Comme outil de communication, MySpace est d'un désespérant conformisme. Tout le monde a la même page, construite de la même manière, avec seulement les couleurs et les photos qui changent. Où est passée la créativité ? Comment peut-on créer vraiment quelque chose de personnel (exprimer "sa différence", comme dit l'autre...) sur un outil aussi formaté ? L'intérêt de faire soi-même son site web est qu'il est révélateur de notre personnalité, de ce que l'on souhaite montrer aux autres. Sur MySpace, tout a la même page et utilise les mêmes générateurs de codes (avec la même petite ligne de pub dans son profil) pour se donner l'impression d'avoir quelque chose de personnel. C'est d'un pathétique affligeant.

  1. Logique de selection et d'exclusion :

MySpace répond à une logique d'exclusion : la première, la plus caractéristique concerne celui qui n'a pas de profil MySpace, le visiteur lambda. A l'heure du web 2.0 et des wikis, dont le principe est que chaque visiteur peut y apporter sa touche, MySpace paraît fonctionner de manière archaïque : il fait encore partie de ces sites qui demandent aux gens de s'inscrire pour participer. En vérité, c'est surtout que tout est fait pour frustrer l'utilisateur moyen qui ne peut rien faire tant qu'il n'a pas créé son profil. Le but est ainsi de le pousser à en créer un.

La seconde exclusion que MySpace opère, est celle des aveugles et des mal-voyants. Les concepteurs d'une page web, s'ils sont consciencieux de l'accessibilité de leur page à tous, vont s'arranger pour coder leur page dans une syntaxe de balises claire et cohérente, qui fera qu'un navigateur à synthèse vocale pourra comprendre la structure du site, le rôle de chaque élément, et lire correctement et dans le bon ordre les informations à son utilisateur. Or, MySpace est codé n'importe comment. Il est totalement opaque pour un navigateur à synthèse vocale. D'autres caractéristiques techniques de MySpace (structure en tableaux, utilisation de Flash, ...) font que, dans sa structure technique même, il met de coté tout un tas d'utilisateurs.

Troisièmement, MySpace est testé et semble bien fonctionner sous Internet Explorer, l'explorateur de la marque commerciale Microsoft. Mais tous les navigateurs n'interpètent pas le code d'une page de la même manière : le rendu graphique peut être différent selon les navigateurs. Au passage, notons que c'est Internet Explorer qui ne se conforme pas aux normes édictées en la matière par les spécialistes du W3C. C'est le travail du concepteur de vérifier que son site s'affiche bien sous la plupart des navigateurs utilisés. Or les problèmes d'affichage de pages MySpace, sous Firefox notamment (qui représente quand-même 20% de la navigation !) sont fréquents. J'en tiens pour preuve mon expérience personnelle sur plusieurs pages dont seulement l'image d'arrière-plan s'affichait, ...

MySpace exclut aussi les ruraux qui n'ont pas l'ADSL, puisque la plupart du temps, les airs ne sont pas téléchargeables sur une page MySpace, on ne peut les écouter qu'en direct. Or, la vitesse de connexion d'une ligne téléphonique est insuffisante pour écouter ces airs en direct. a chaque fois que l'on ne propose pas ses airs en téléchargement, on exclut d'une part ceux qui n'ont pas la vitesse de connexion nécessaire pour les écouter en direct, d'autre part ceux qui consultent le site à partir d'un ordinateur public et qui ne peuvent pas écouter la musique directement en naviguant, mais qui attendent de pouvoir la mettre sur leur clé USB, ou de la télécharger pour pouvoir l'écouter plus tard chez soi.

Quatrièmement, MySpace tente actuellement d'exclure de ses profils tout ce qui y est ajouté et qui n'a pas été produit par une filiale de MySpace. Ainsi, en décembre 2005, le site avait tenté de bannir les vidéos YouTube, pour ne plus autoriser que les vidéos provenant de MySpace Video. Face aux protestations des utilisateurs, le site avait réintégré YouTube, par contre les applets et autres widgets moins populaires sont exclus sans vergogne :  Stickam, VideoCodeZone, Project Playlist, Revver, Vidilife, Imeem, Indie911, ...

Cinquièmement, MySpace, tant vantée comme la plateforme qui fait monter les nouveaux talents, est organisée de manière à faire le contraire. MySpace supprime automatiquement toute petite page dont les visites progressent trop vite, car elle est alors suspectée de fraude. De plus, MySpace a signé en Octobre 2008 un contrat avec les plus grands labels de disques faisant en sorte que ceux-ci bénéficient "équitablement" de ses avantages (argent et exposition sur le site), alors même que les petits labels indépendants, qui fournissent une bonne part de son contenu à MySpace, seront tout simplement exclus de la redistribution : ils auront seulement le droit de proposer du contenu pour lequel les majors empocheront encore plus de fric. Alors, MySpace est-il vraiment le cavalier blanc au service des artistes inconnus ? Laissez-moi rire...

Enfin, MySpace opère une politique de censure (voir aussi ici), d'autant plus opaque que toutes les dénonciations de cette censure sont aussitôt elles-mêmes censurées. Sous prétexte d'opérer une censure légitime (notamment les contenus violents, sexuellement explicites, incitant à la haine raciale, déposés sous un copyright), MySpace exclut aussi certains messages subversifs, à connotation politique trop prononcée, ou pas du bon coté, ... Ceci est tout naturel : c'est la logique de NewsCorp., l'entreprise de Murdoch à laquelle appartient MySpace, spécialiste de la manipulation d'opinion, de l'omission de données trop gênantes, de la désinformation (cf. point 3)...

Un bon exemple d'un moyen par lequel s'opère cette censure : le site www.msplinks.com. Chaque lien que l'on trouve à l'intérieur d'un commentaire MySpace est transformé par MySpace en lien vers msplinks, et msplinks choisit ou non de renvoyer l'utilisateur vers le vrai site qui correspond au lien. Ainsi on crée un intermédiaire qui permet de filtrer les liens, notamment ceux de spam. Certes, mais on peut aussi s'en servir pour filtrer tous les liens contestataires envers MySpace, ou pour créer une immense base de données sur laquelle on recense qui clique sur quels liens, etc.

Après l'exclusion, la sélection : avec MySpace, on sélectionne ceux qui ont l'honneur d'avoir le droit de nous parler, et on relit les commentaires avant qu'ils soient publiés. C'est assurément faire preuve d'une grande honnêteté que de n'accepter seulement ceux qui sont acquis à notre cause et qui ne feront que chanter nos louanges...

  1. Logique hypocrite :

Une fois qu'on a exclu tous ces gens qui décidément ne valent pas le coup puisqu'ils ne serviront pas à faire notre promotion, on reste "entre amis". Mais cela n'empêche pas certains de se retrouver avec des milliers d' "amis" ! Ce terme "ami", dont on pourrait penser qu'il ne s'agit que d'une mauvaise traduction du mot "friend", est en fait tout à fait significatif de l'esprit qui règne sur MySpace : ici, tout le monde il est beau, il est gentil, il est mon ami. Personnellement, je trouve cela vraiment gênant d'utiliser le terme "ami" pour désigner ce que cela désigne sur MySpace, car je ne réserve ce terme qu'à certaines relations intimes. Mais il n'y a rien de surprenant à ce qu'un sentiment comme l'amitié soit récupéré dans le simple but de se vendre. Au passage, cela débouche sur des messages d'erreur très drôles, comme "il faut être l'ami de quelqu'un pour envoyer un commentaire"...

Et parmi tous nos amis, il y en a un qui est vraiment gentil : c'est Tom. C'est notre premier ami. Il est tellement gentil qu'il a 220 millions d'amis. Et il est tellement fort qu'il parvient à leur envoyer des messages personnels à chacun d'eux. Il faut lui demander comment il fait ! Tom, c'est l'exemple type de la récupération du sentiment de confiance et de relation simple avec quelqu'un de simple, dans l'unique but de nous refourguer de la pub.

Une autre récupération, celle qui à mes yeux est beaucoup plus grave, c'est celle des utilisateurs eux-mêmes, qui s'envoient perpétuellement des mots doux dans le simple but d'être visibles de la page d'un autre (même si ce n'est jamais, bien sûr, le motif officiel). Deux cas de figures se présentent ici :

  • Dans le premier cas, l'utilisateur n'apprécie pas forcément la musique de celui dont il visite la page, mais il souhaite être présent dessus. Il enverra donc un commentaire bateau, une image, ou un faux compliment. Le faux compliment est un stratagème plus efficace, puisque d'une part, on est certain qu'il sera accepté par le propriétaire de la page puisqu'il flattera son ego, et d'autre part, on sait que les visiteurs de la page, qui sont censés en apprécier le contenu, y seront plus sensibles. La seule chose qui peut pousser quelqu'un à ne pas faire de faux compliment, c'est éventuellement sa mauvaise conscience quand il en fait un.

  • Dans le second, l'utilisateur apprécie réelement la page qu'il visite. Il se peut même qu'il connaisse réelement la personne dont il est sur la page. Alors, il laissera un petit mot, toujours gentil, teinté d'un événement personnel qui montre aux visiteurs que les deux personnes se connaissent, si possible, ce qui permet d'augmenter la chance que l'on clique sur son profil à partir de son commentaire.

Dans les deux cas, il est dans l'intérêt d'un usager d'en complimenter un autre. Nous sommes face à un choix : soit l'on est hypocrite, soit l'on récupère une affinité réelle pour s'en servir pour son autopromotion.

  1. Logique infantile :

Les compliments sur MySpace ont aussi une particularité : il est tellement plus simple de dire par l'ordinateur ce que l'on n'aurait jamais osé dire en vrai à quelqu'un. Ainsi, MySpace rend possible le compliment à outrance et à tout le monde. Qui dit compliment dit personne complimentée, et satisfaction de son ego. Et, puisque nous avons vu que sur MySpace on est toujours assuré de n'avoir que les mots gentils (car on sélectionne avec qui on dialogue, et car ceux qui nous écrivent ont intérêt à nous complimenter), on se rend compte que finalement MySpace est une machine à toujours recevoir des compliments ! C'est bien pratique !

Ainsi, on en arrive à des situations où les musiciens n'arrêtent pas de faire gonfler mutuellement leur orgueil en se flattant. Ces situations ne correspondent pas du tout à des relations naturelles entre musiciens, ni entre le musicien et son public. Cette formidable machine à se faire mousser marche d'autant mieux qu'elle flatte nos sentiments les plus bas : la satisfaction de notre ego.

Alors, un peu d'humilité, que diable ! A-t-on vraiment besoin de lire trois mille fois "j'aime beaucoup ta musique" ? Est-ce vraiment nécessaire pour bien jouer ?

  1. La goutte d'eau : avec MySpace je soutiens mes ennemis :

On pense que MySpace sert à s'entraider, entre "amis", en formant un réseau qui génerera du trafic, en réalité c'est le contraire  : MySpace sert à aider les ennemis. Qui sont ces ennemis ? Rupert Murdoch (sur acrimed (aussi ici et ici), le nouvel obs, et ici, p 1 2 3 4 5) (ou encore sur wikipedia), propriétaire du site MySpace, milliardaire américain, spécialiste de la manipulation de l'opinion et de la désinformation au profit des grandes entreprises et de la guerre, propriétaire d'un grand nombre de médias dominants aux Etats-Unis (notamment la chaîne de télévision Fox...) d'une part, et tous les publicitaires qui gagnent du fric grace à nous d'autre part. Pour avoir un aperçu de ce que peut donner la possession d'un grand nombre de médias par un seul milliardaire, il suffit de lire cette petite phrase de "A Brief History of Neoliberalism" de David Harvey (Oxford University Press, 2005). À la page 35, il note, au sujet de la force de frappe de l'empire de presse de Ruport Murdoch, ceci: "L'ensemble des 247 rédacteurs en chef de ses journaux supposés indépendants ont, dans les quatre coins du monde, soutenu l'invasion par les Etats-Unis de l'Irak." (source ici).

Ces ennemis nous donnent (à nous dont certains sont artistes soi-disant "alternatifs", ou précaires victimes de la domination de ces monstres) les outils pour les faire prospérer. En effet, MySpace ne vit que par et pour la publicité. Ce n'est pas par philanthropie que Murdoch et ses potes nous proposent de créer des pages avec notre musique, c'est pour pouvoir y placer leur pub. En effet, aujourd'hui, la publicité sur internet est un business qui marche, tout le monde le sait. A tel point que le seul problème des publicitaires, c'est : "j'ai déjà la pub, maintenant il faut juste que je trouve du contenu pour mon site, et des gens pour le visiter". Grâce à MySpace, c'est nous qui faisons ce boulot : Murdoch fournit la pub, et nous on remplit les pages (accessoirement, avec nos musiques contestataires, avec des slogans anti-sarkozy, ou des "résistance" écrits en petit sur nos photos), et on lui fournit du trafic. Ainsi, c'est nous qui fournissons le talent, les oeuvres, c'est nous qui ramenons du monde, et c'est lui qui empoche les bénéfices. MySpace a été créé par des spécialistes de la publicité ciblée et revendu à un baron des médias qui tire toute sa puissance des recettes publicitaires de ses journaux et chaînes de télé : sa conception a donc avant tout la publicité comme vocation, qu'on n'aille pas croire que c'est par grandeur d'âme que le service nous est fourni; c'est bien pour que nous servions de support à la publicité.

Une autre manière pour les industriels du marketing de s'enrichir sur le dos de nos pages MySpace consiste à récupérer les informations personnelles que nous y mettons. Les renseignements sur les goûts des gens, leurs habitudes de consommation, leurs relations, et les liens qu'on peut établir entre tout ça constituent autant de mines d'or pour les entreprises chargées de mener des études de ciblage en publicité ou en marketing. Cela permet de définir des profils-types de clients, ou de proposer des publicités aux internautes qui correspondront aux centres d'intérêts qu'on aura remarqué chez eux. Ces information peuvent intéresser les industriels, mais aussi les services de l'État, ou toute personne soucieuse de nous connaître un peu mieux, mais pas forcément pour notre bien. Elles peuvent aboutir à des véritables fiches individuelles recensant tout un tas d'informations personnelles. Ceci pose des problèmes tant du point de vue du respect de la vie privée que de celui de la sécurité. Dans la même veine que MySpace, il existe un site de réseaux sociaux nommé FaceBook, et ce site a été l'objet de vives critiques pour l'utilisation qu'il fait des données personnelles de ses membres : FaceBook révèle à tout le monde ce que vous achetez, FaceBook permet d'obtenir très facilement les données nécessaires pour vous pirater, FaceBook permet de pister ceux qui observent votre profil, FaceBook fournit des données sur vous aux publicitaires (voir aussi sur Libé), enfin, un joli film d'horreur pour résumer le tout pour ceux qui comprennent l'anglais. Vous me direz, c'est Facebook, et pas MySpace. Oui, mais en l'occurrence, ce sont deux sites concurrents qui fonctionnent de la même manière, appartiennent au même genre de personne, et ont exactement la même vocation. Et encore une fois, toutes ces informations que ces sites de réseaux sociaux récupèrent et qui font leur bonheur, c'est nous qui leur fournissons de notre plein gré (voir Réseaux sociaux : quand les utilisateurs s'en fichent).

Soulignons aussi ici brièvement les inquiétudes que soulève la politique de redirection des liens de MySpace. Chaque lien sur un site MySpace est analysé et transformé en un lien vers msplinks.com, site qui appartient à MySpace, et qui permet de filtrer les spams avant de renvoyer (ou non) l'utilisateur vers la page en lien. Mais puisque tous les liens sont centralisés à travers un site, on voit qu'il devient très facile d'élaborer des statistiques sur qui clique ou, et de s'en resservir pour cibler les publicités. Attention toutefois, ce n'est qu'une inquiétude, et l'attitude de MySpace à ce sujet est tellement opaque que les inquiétés n'ont pas pu trouver de preuves de ce qu'ils avancent.

Si vous n'avez plus vraiment confiance dans ce que MySpace fait de vos données, alors vous ne serez pas rassurés en apprenant que Intermix Media, l'entreprise qui détenait MySpace avant qu'elle ne soit rachetée par Murdoch (et qui appartenait alors à un certain... Tom Anderson (tiens, vous n'avez pas un "ami" qui s'appelle comme ça ?)), avait été condamnée à l'époque où elle possédait encore MySpace pour l'installation de logiciels-espions sur les ordinateurs. Elle dut payer 7,5 millions de dollars pour avoir installé des programmes-espions sur des millions d'ordinateurs, dont 3.7 millions sur la seule ville de New-York ! Ces programmes avaient comme joyeuses fonctionnalités de récupérer des renseignements sur vos goûts, de rediriger toutes vos requêtes vers le moteur de recherche propriétaire d'Intermix, d'ouvrir des pop-ups liés à vos centres d'intérêts, et d'installer une "toolbar" publicitaire de force sur les navigateurs ! Ils s'installaient sans crier gare ni demander l'autorisation, étaient très difficiles à désinstaller, et se réinstallaient automatiquement après installation !

On peut en arriver à ce suprême degré de contradiction d'avoir certaines pages qui prétendent, dans leur contenu, contester un pouvoir, mais qui, dans leur existence même, fournissent à ce pouvoir non seulement l'argent pour fonctionner, mais l'aval nécessaire pour continuer à fonctionner ainsi. Parce qu'avoir une page MySpace, et compter sur elle pour sa promotion, ce n'est pas seulement engraisser Murdoch et consorts, mais c'est aussi dire : "moi, musicien, artiste, ou simple citoyen, je souhaite devenir plus connu, car je considère mon ascension sociale comme quelque chose d'important. J'ai conscience de certains défauts de MySpace, mais ma carrière est plus importante que mes idéaux. Je reconnais que la seule manière de parvenir à mes fins, c'est de me soumettre à la logique marchande de la pub et du fric, donc je m'engage à utiliser les outils de la société marchande, à les promouvoir à mon propre compte, et à mettre mon oeuvre à leur service; ainsi je véhicule le message que ce n'est qu'en se soumettant aux lois du marché publicitaire que je pourrai faire en sorte que mon art s'épanouisse". Voilà le contrat que l'on signe tactiement avec MySpace quand on y crée un compte, voilà à quelle logique nous donnons notre aval. Avec Guy Debord, Karl Marx, Diogène le cynique, et Noam Chomsky dans mon "top friends", j'atteignais sûrement le degré suprême de tartufferie...

Vous pensez qu'avec votre petit profil MySpace, vous ne rapportez presque rien à Rupert, et vous vous dites que le peu que vous lui donnerez ne compense pas ce qu'il vous apporte ? Alors, apprenez ceci : selon Jacques Dufresne, si l'on divise l'ensemble des recettes de Facebook par le nombre de ses utilisateurs, on réalise que chacun a rapporté 250$ aux actionnaires ! Vous me direz, FaceBook ce n'est pas MySpace, et je vous répondrai : justement. Facebook, au départ, n'est destiné qu'à quelques petits profils privés destinés à être visités par les fréquentations du cercle proche. Au contraire, on trouve sur MySpace des profils de musiciens et de groupes beaucoup plus connus, dont le nombre de visites se compte en dizaines de milliers.  C'est la raison pour laquelle FaceBook fait finalement assez peu d'argent, alors que son contrat avec Yahoo raportera des milliards à Murdoch. Un profil MySpace rapporte donc encore plus aux investisseurs qu'un profil Facebook. Imaginez, même simplement vous, avec votre petit profil de groupe amateur, ce que vous pouves rapporter à Rupert Murdoch !

  1. MySpace ne sert à rien

La principale raison qui peut nous pousser à abandonner MySpace est surtout la suivante : en fait, ça ne sert à rien. Ca n'apporte pas de dates. Si vous êtes connus, ça ne sert qu'à vous faire mousser. Si vous ne l'êtes pas, ça ne sert qu'à vous faire espérer que vous le serez : en réalité, vous pouvez toujours vous brosser : avez-vous déjà entendu parler de quelqu'un qui s'est fait vraiment connaître gràce à MySpace ? Au pire, si vous avez une communication hyper-offensive, vous serez connu comme "celui qui fait chier tout le monde avec ses placards de pub partout", mais c'est tout.

Ne vous laissez pas abuser par le nombre de visites affichées au compteur : premièrement, rien ne prouve qu'il correspond au nombre réel de visites, deuxièmement, une part significative de ces visites correspond en fait soit à des robots fureteurs (notamment ceux des moteurs de recherche), soit à vos propres visites, ou des pages rechargées plusieurs fois. Vous avez quelques millers de visites ? Premièrement, ce n'est rien comparé aux flux des visites de n'importe quel site web, deuxièmement, cela ne signifie pas que vous avez autant de nouveaux fans qui achèteront vos CDs et assisteront à vos concerts, ou de producteurs qui vous on remarqués.

Et si l'on y refléchit bien, MySpace n'apporte rien de vraiment nouveau : tout ce qu'on peut faire sur MySpace, on peut aussi le faire sur d'autres sites. Le seul avantage de MySpace est de tout réunir en même temps avec une interface unique et facile à prendre en main. Pour ma part, voici les solutions que je vais utiliser pour remplacer MySpace :

  • Pour diffuser de la musique, j'utiliserai Kaouenn, mais il y a bien d'autres sites (notamment Jamendo, ...). L'avantage de Kaouenn est qu'il me permettra de mettre mes airs en OGG (ou ici), et sans ambiguité quant à la licence Creative Commons. D'autres gros avantages de Kaouenn : il fournit un code tout fait pour mettre note musique à écouter directement à partir de n'importe quelle page, que le nombre de morceaux n'est pas limité à 4, et que tous les airs sont téléchargeables. Il existe aussi d'autres sites de "réseaux sociaux" qui hébergent des profils musicaux, dans d'autres optiques : PureVolume et Virb°, Beta Records, Isound, Open Label, Stage.fm, ... (cf. un comparatif). Pour ceux qui ont sorti un CD, il y a aussi Deezer... Bref, il n'y a pas que MySpace dans la vie !

  • Pour les textes, les nouveautés, les infos, les idées, les dates, etc., maintenant il y aura ce blog. Rien de plus facile. Avantage sur MySpace : il n'y aura pas besoin d'avoir un compte MySpace pour me laisser un commentaire.

  • Pour les "liens amis", j'utiliserai des liens sur mon site. Evidemment, je ne pourrai pas en avoir 200, comme sur MySpace. Mais d'une part, sur 200 "amis", finalement très peu d'entre eux sont visibles sur notre page MySpace, et d'autre part, il n'est pas forcément utile d'avoir 200 liens sur une page : qui ira les voir ? Pour ceux qui n'ont pas de site et pas envie d'apprendre, on trouve la même fonctionnalité sur les blogs...

  • Pour montrer qu'on existe à un musicien dont on apprécie la musique : les e-mails existent pour ça, ou les commentaires sur les sites ou blogs.

Finalement, MySpace n'est qu'un gadget inutile, le dernier à la mode chez les musiciens sur internet en ce moment. Ceci ne serait pas dérangeant si MySpace était un gadget aussi neutre que mon "séparateur de blanc et de jaune d'oeuf" (si si, ça existe, j'en ai un !), malheureusement, pour toutes les raisons que l'on a vues, ce n'est pas le cas. De plus, mine de rien c'est un gadget qui nous prend énormément de temps, temps que l'on aurait pu utiliser pour bosser la musique, démarcher des organisateurs... ou nouer des vrais contacts avec d'autres musiciens.

  1. La morale de cette histoire...

Que faut-il en tirer de tout ça ?

La première chose, c'est qu'avec MySpace, vous avez l'impression d'utiliser un outil (un media) pour vous aider (à vous faire connaître, à rencontrer du monde, ...); or ce qui se passe en réalité c'est qu'avec MySpace vous êtes instrumentalisés par un milliardaire pour lui permettre d'utiliser plus de médias.

La première mesure pour vous transformer en bon petit instrument docile, c'est de vous faire croire que c'est pour votre bien et dans votre propre intérêt que vous faites prospérer son site. Vous avez l'impression que c'est vraiment vous le gagnant lorsque vous envoyez un commentaire ou une invitation, or en réalité, le gagnant, c'est Rupert Murdoch : il a réussi à vous faire d'autant mieux accepter de travailler pour lui que vous avez l'impression que c'est pour vous que vous le faites. Qu'est-ce que l'on est heureux de voir augmenter son nombre d' "amis" ou de visites ! On se dit : "chouette, il y a 20 personnes de plus aujourd'hui qui ont vu la photo pour laquelle je m'étais fait tout beau !", et on ne se dit pas "il y a 20 personnes de plus dont on a recolté des informations sur leurs goûts qu'on a revendues à des boîtes de pub, 20 personnes que l'on a exposé à de la publicité qui seront payées à Murdoch par les publicitaires". On ne se dit pas "il y a 20 personnes qui ont contribué à augmenter le pouvoir et la fortune d'un homme qui va s'en servir pour diffuser, à travers tous les médias possibles, ses messages racistes, pro-guerre en Irak, ultra-capitalistes, etc.", ce qu'on se dit c'est "j'ai 20 admirateurs de plus !"

La deuxième mesure pour faire de vous un instrument efficace, c'est de faire appel à ce qui marche le mieux : les basses pulsions de l'homme. La flatterie, la vanité, le sexe, et l'appât de la gloire et des honneurs : voilà des bons aliments auxquels faire tourner mes petits instruments de propagande. MySpace vous propose un système asceptisé dans lequel vous pourrez en toute bonne conscience vous fourvoyer dans les plus vils avatars de l'hypocrisie et de l'autopromotion dissimulée, car tout est fait pour normaliser et banaliser ces comportements égocentriques que vous blâmeriez dans une situation normale. Lorsque MySpace a réussi à rendre acceptable socialement le fait de se vendre en lechant les bottes aux autres, vous pouvez enfin vous lancer dans cette prostitution de votre propre personne, vos propres opinions, et votre propre talent que vous n'osiez pas entreprendre dans la vie réelle.

Refléchissez un instant : si vous avez l'impression que MySpace marche mieux qu'une autre solution pour vous faire connaître, c'est parce que vous osez y faire ce que vous n'oseriez jamais faire dans un autre contexte, et si vous osez le faire cette fois-ci, c'est parce que MySpace est parvenu à neutraliser le jugement moral sur ces actions en les présentant comme banales. Mais demandez-vous : qu'est-ce qui m'empêche de me comporter dans la vraie vie comme je le fais sur MySpace ? On appele ça des principes moraux...

Voilà les deux pilliers sur lesquels reposent MySpace : vous faire croire que c'est votre intérêt de l'utiliser pour y faire votre pub en y flattant vos plus bas instincts. Ça y est, vous êtes prêts pour l'aventure MySpace, ou le mercantilisme de l'ego au profit de la propagande réactionnaire.

  1. Mesures concrètes

Etant donné la censure qui s'opère sur MySpace, il est possible que mon compte disparaisse tout seul dès que j'y aurai relayé ces informations. Mais je ne compte pas attendre d'être trouvé par les censeurs pour me débarasser de MySpace. J'attendrai juste le temps que ce message soit un peu diffusé, et lu par ceux à qui il pourrait être utile. Je le supprimerai donc vers le début de l'année 2008.

Ce texte ne se trouve pas sur MySpace, d'une part car avec tous les liens sur des sites contre MySpace qu'il contient, je serais très vite débusqué, et d'autre part, pour que l'on puisse continuer à s'y référer quand mon compte aura été supprimé.

Il y a sûrement une contradiction à attendre un peu que mon message contre MySpace se diffuse sur MySpace avant de supprimer mon compte. Mais, après tout ce que MySpace m'a fait faire de contradictions, je ne suis plus à ça près. Et j'éspère aussi que ce texte parviendra à en convaincre certains de faire comme moi, et alors il aura été plus utile d'avoir été contradictoire et efficace que d'avoir simplement supprimé deux profils en toute discrétion.

Cette question m'a trotté dans la tête pendant longtemps, et je n'étais pas prêt tout de suite à supprimer mon compte. Si vous avez été convaincus qu'il y a quelque chose qui cloche dans le fait d'utiliser MySpace, mais que vous n'êtes pas prêts tout de suite à supprimer le votre, voici déjà ce que vous pouvez faire :

  • avant tout, vous informer par vous-mêmes (les sites ici en liens sont un bon début);

  • ne pas agir comme un publicitaire avec votre compte MySpace (on trouve des choses comme des "chartes d'éthique MySpace", qui donnent quelques conseils de bon sens...);

  • proposer vos airs au téléchargement

  • bloquer la pub au maximum (notamment en utilisant Tor avec Privoxy);

  • diffuser une réelle information à propos de MySpace (que ce soit mettre un lien sur votre page vers ce texte (il suffit de copier/coller ceci, éventuellement en changeant le texte entre les deux balises : "<a href="http://lexcroissance.hautetfort.com/archive/2007/12/09/pourquoi-je-quitte-myspace-et-pourquoi-vous-devriez-en-faire.html"> pourquoi je ne suis pas d'accord avec MySpace</a>"), en repiquer des morceaux (en citant ou non leur source), ou en trouvant d'autres informations et en les faisant circuler), etc.

Le plus important est de montrer que vous êtes conscients que MySpace n'est pas tout net, que vous voulez le faire savoir, et que vous savez que c'est contradictoire de critiquer MySpace tout en ayant un compte MySpace. Quand la contradiction deviendra trop pesante, vous vous déciderez par vous-mêmes.

Ou alors, quand un censeur de MySpace tombera sur votre page, si vous avez mis un lien vers ce texte, ou manifesté, d'une manière ou d'une autre, votre désapprobation, c'est à dire votre capacité à réfléchir par vous même, à vous informer, et à prendre position, il accomplira le geste fatidique que vous n'aviez pas osé faire car vous étiez devenu un brin dépendant, et ce sera finalement à votre plus grand soulagement...

  1. (Res)sources

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