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24/11/2008

Le rituel initiatique de l'orthographe

À quoi sert notre orthographe ? Principalement à faire la distinction entre ceux qui la maîtrisent et ceux qui ne la maîtrisent pas. Elle n'a aucune utilité linguistique, mais seulement un rôle social de justification d'une ségrégation par l'instruction.

Son inutilité linguistique

Apparemment, l'orthographe possède une certaine utilité "linguistique" (disons-le comme ça), lorsqu'elle permet de faire la différence entre deux "mots" qui se prononcent de la même manière : on les écrit alors différemment, on ajoute un "h", etc, et ainsi on peut réaliser qu'il s'agit de deux "mots" différents et non du même "mot". Mais précisément, si l'on comprend quelqu'un qui parle alors qu'oralement il n'y a pas de différence entre "entre" et "antre" ou "or" et "hors", c'est que l'on n'a pas besoin que cette différence soit explicitée pour comprendre le sens du "mot" : la plupart du temps c'est la valeur syntaxique qui fait que l'on sait de quel "mot" il s'agit (par exemple, on sait que quelqu'un dit "de l'or" et pas "de l'hors", car "or" est (ici) un nom et "hors" n'en est pas un ). L'orthographe est donc bien pratique pour nous permettre de faire la différence entre ces deux "mots", mais n'est nullement nécessaire, car on y parvient très bien à l'oral la plupart du temps.

Le problème provient ici du fait que l'on confond parler et écrire. On raisonne comme s'il fallait forcément pouvoir tracer des caractères "adaptés" sur un papier un ou écran pour maîtriser le sens d'un message. On oublie alors qu'il existe des gens qui ne savent pas écrire, et qui sont capables de comprendre n'importe quelle phrase bourrée d'homophones, et qu'il existe même des peuples entiers, sans écriture, qui parlent quand-même (si, si !). Lorsque l'on pense que le fait de savoir écrire "correctement" un "mot" est nécessaire pour le comprendre, alors on relègue sans s'en rendre compte des pans entiers de l'humanité dans l'infantilité de ceux qui ne savent pas parler (pourquoi je parle d'infantilité ? En fait c'est pour donner un exemple du point développé dans le paragraphe suivant : je fais mon érudit, celui qui maîtrise l'étymologie et qui sait qu' "infans" signifie "celui qui n'a pas encore accédé au langage". Lisez vite le paragraphe suivant pour comprendre !).

Son rôle ségrégatif

L'orthographe possède un autre rôle, celui de préciser la provenance étymologique de certains "mots". Ainsi, le "mot" a évolué au fil du temps, passant par exemple du latin au français, d'une prononciation à une autre, d'une écriture à une autre, et parfois conserve dans ses lettres muettes ou lettres doublées un reliquat de sa provenance ou de ses péripéties. Il s'agit là d'une question d'histoire. Et qui mieux que les érudits maîtrise mieux ce qui concerne l'histoire ? Par conséquent, qui mieux que les lettrés est valorisé par la mise en lettres ?

Finalement, l'orthographe n'a que très peu d'utilité linguistique. Son rôle est social : il s'agit de faire la différence entre ceux qui ont reçu une instruction à propos de l'histoire des mots et ceux qui ne l'ont pas reçue, au profit des premiers. De par sa nature historique, la correction orthographique n'est accessible qu'à ceux qui ont reçu l'instruction historique adéquate : l'orthographe n'est rien d'autre que la manière de tester, continuellement et dans les actes les plus anodins de la vie quotidienne, si vous êtes allé à l'école ou non, et si oui jusqu'à ou. L'orthographe n'a d'autre utilité que de faire ressentir douloureusement leur infériorité à ceux qui n'ont pas eu le privilège d'être portés jusqu'au bout du système éducatif : dès qu'ils doivent remplir un quelconque formulaire se rappelle à eux leur lacune.

Quelle est la réelle utilité de conserver des fragments historiques dans une graphie ? Du point de vue de la simplicité ou de la compréhension de l'écrit, aucune. Sa seule réelle utilité consiste à privilégier ceux qui ne travaillent que du bout des doigts et du bout des lèvres sur ceux qui le font les mains dans le cambouis.

En réalité, l'instruction historique n'est pas la seule à entrer en compte. Les fameuses exceptions, terminaisons, verbes du troisième groupe, etc., s'apprennent plus en cours de langue qu'en cours d'histoire. Les cours de latin au collège, un des exemples de ségrégation les plus fameux, sont aussi en cause, de même que la pratique de la lecture, et la fréquentation des lettres. On ne peut pas réduire la connaissance de l'orthographe à l'étymologie, mais dans tous les cas il s'agit toujours de privilégier les gens de lettres sur la France d'en bas.

De la distinction à la hiérarchisation

À l'oral, il y a plusieurs manières de parler. Celle "des quartiers", "des gens de la haute", le jargon professionnel, etc. Il y a distinction, mais celle-ci se situe dans une certaine relativité sociale : on répartit les différentes manières de parler selon les milieux sociaux où elles sont pratiquées, sans jugement quant à leurs valeurs comparées. À l'écrit, ce n'est pas le cas. Il y a une bonne et des mauvaises manières d'écrire. On n'accepte pas l'idée qu'il puisse y avoir plusieurs types d'écriture correspondant chacune à un milieu social : non, il n'y a qu'une bonne écriture. C'est d'ailleurs le sens de "ortho" dans "orthographe" : il s'agit de la graphie correcte. Ce n'est donc pas socialement, mais normativement (ou axiologiquement) que l'on classe les manières d'écrire, contrairement à celles de parler.

C'est ainsi que l'orthographe, de manière d'écrire pratiquée par ceux qui connaissent l'histoire, devient la manière d'écrire correcte. L'orthographe est donc une manifestation de l'impérialisme de classe : elle place sous le signe normatif du correct/incorrect, bon/mauvais, méritant/feignant, etc., ce qui n'est en fait qu'une question de situation sociale somme toute relative. Les instruits ont réussi à faire en sorte que leur manière d'écrire ne soit pas considérée simplement comme une manière socialement distinctive de faire, comme l'est leur manière de parler, mais bel et bien comme la seule manière correcte de faire. On est passé du socialement relatif au normativement correct.

Une fois ce retournement effectué, l'orthographe devient un formidable moyen de pression de la part de ceux qui la maîtrisent sur ceux qui ne la maîtrisent pas. Ces derniers ne pensent pas qu'ils ont "une écriture populaire", mais bel et bien "qu'ils écrivent mal", "qu'ils ne savent pas écrire". Ils n'ont pas réalisé à quel point les préciosités étymologiques étaient inutiles d'un point de vue linguistique, ou sans réelle valeur d'un point de vue normatif, mais qu'elles ne servaient qu'à imposer la manière de faire des instruits comme la seule manière correcte possible. À la domination sociale qui existait déjà par la différence d'instruction s'ajoute une domination symbolique qui vient du fait que les classes populaires intériorisent leur manière d'écrire comme étant la mauvaise manière d'écrire. Ils sont alors convaincus de leur infériorité, et cela renforce d'autant plus la légitimité qu'ils attribuent aux érudits et à leur pédance lettrée.

À la dictée de Pivot, les parvenus bedonnants, repus et suffisants ou les jeunes arrivistes, raie à la gomina et lunettes bien propres se pontifient de la supériorité qu'ils se sont attribuée et qu'ils ont réussi à faire avaler. Sous prétexte qu'ils sont restés plus longtemps que d'autres enfermés dans une classe à entendre un professeur binoclard et barbu leur parler d'un passé poussiéreux, ils se sont arrogé le droit de décréter quelle était la manière correcte de faire passer un message de l'oral à l'écrit. Quelle légitimité ont-ils si ce n'est celle qu'ils se sont attribuée et qu'on leur a concédée ? Pourkoi sèt manier dékrir étèl mouin corèkt kunautre ?

Raymond Queneau n'était pas un simple allumé souhaitant s'amuser avec "le langage". Sa bataille pour la réforme de l'orthographe peut aussi être vue comme une entreprise politique de délégitimisation d'une graphie dominante mais arbitraire et impérialiste. Arrêtons de parler d'"orthographie" : la distinction entre manières différentes d'écrire selon les catégories sociales n'a aucune raison d'être retraduite en jugements de valeur.

(À propos de Queneau, justement, remarquez au passage une prouesse digne de ses exercices de style : j'ai réussi à écrire tout ce texte qui ne parle que de l'orthographe sans savoir si "orthographe" est un nom masculin ou féminin ! Comme j'avais la flemme de chercher dans le dictionnaire, j'ai dû passer par tout un tas de pirouettes stylistiques finalement plus fatiguantes qu'une recherche de la réponse, mais sûrement plus rigolotes !)

Commentaires

Bonjour Malo,
Je voyais plutôt l'orthographe comme une convention pour faciliter la lecture. J'ai mis du temps à déchiffrer ta phrase "Pourkoi sèt manier dékrir étèl mouin corèkt kunautre ?". Aimes-tu lires les messages sur les forums rédigés en langage SMS ? Personnellement, je les trouve illisibles.

Écrit par : Peq | 27/11/2008

Article très intéressant.
Peq, ne penses tu pas que c'est une question d'habitude ? Si la bonne orthographe était celle utilisé par les SMS et que tout le monde avait appris et utilisé celle ci, je ne pense pas que tu la trouverais illisible aujourd'hui.
Ce n'est que mon point de vue. ;)

Écrit par : Koda | 29/11/2008

Salut.

Voici ma réponse pour Peq : effectivement il faut bien s'accorder sur une manière particulière d'écrire et avoir tous à peu près la même, sinon la compréhension semble compromise. Mais on n'est pas obligé de s'accorder sur celle-ci en particulier. Ce qui me gène ne vient pas de l'orthographe en général, mais de celle totalement absurde que nous utilisons ici actuellement en France.

Ce qui me gène dans l'orthographe actuelle (j'ai trouvé, c'est finalement féminin !), c'est qu'elle est excessivement et inutilement compliquée, et que cela met à l'écart un grand nombre de personnes qui n'ont pas bénéficié d'un enseignement adapté.

Ce qui te gène dans l'orthographe SMS, ce n'est pas qu'elle soit proche de la prononciation (beaucoup d'orthographes le sont dans d'autres langues), mais qu'elle ne corresponde pas à ce dont on a pris l'habitude.

D'où l'intérêt d'une réforme comme ortograf : trouver quelque chose de plus simple et moins ségrégatif socialement, mais qui soit partagé par tous.

Écrit par : Malo | 29/11/2008

Mais, pauvre orthographe, c'est pas de sa faute ! C'est contre la stigmatisation de ceux qui ne la maitrisent pas qu'il faut batailler, pas contre elle..

Écrit par : anaïs | 13/12/2008

Ben justement, je ne pense pas. Je pense que l'orthographe (pas en général, mais celle actuelle de la France), par sa simple existence, exerce déjà une pression symbolique sur les gens. Il n'y a personne qui tire les manettes pour stygmatiser ceux qui "écrivent mal", il n'y a qu'une graphie qui s'impose et que tout le monde intériorise.

Bien sûr, il y a les vieux schnocks coincés de l'Académie, mais je ne pense pas qu'ils soient responsables de quoi que ce soit. Ils se contentent de traduire par des règles l'esprit réactionnaire qui est associé à cette orthographe : ils n'ont pas la puissance d'engendrer un nouvel état d'esprit, ils se contentent d'incarner (avec ce qui leur reste de chair...) la version la plus officielle de celui-ci : ils ne façonnent pas l'opinion, ils ne font que la représenter.

Finalement, ça me fait penser à l'opposition, en Grèce, entre le demotiki et le katahrevousa. Le katharévousa, né début XIXè, était une forme intellectuelle du grec, tant au niveau de l'orthographe qu'à d'autres niveaux (lexique, syntaxe)... Il était porté par l'idéal révolutionnaire selon lequel l'émancipation passait par l'éducation, avec cette idée que tous pourraient acquiérir une manière distinguée de parler : son but était, en faisant une norme à partir d'un grec complexe, de pousser les grecs communs vers cette "belle forme" de grec. Au contraire, le demotiki défendait en 1941 l'idée qu'une langue inaccessible à son peuple, et coupée de celui-ci, était plus un système d'oppression pour ceux qui la détenaient que d'émancipation pour ceux qui ne la détenaient pas : il proposait une version plus proche du grec vraiment pratiqué par les gens. Le demotiki a finalement été fait langue officielle en 1976, mais le grec d'aujourd'hui s'est encore éloigné de la manière dont il a été fixé à cette époque. Il s'agit du même débat !

De la même manière, il y a un débat dans le petit monde du breton entre une version intellectuelle et une version populaire du breton, tant au niveau de l'orthographe (peurunvan/skolveuriek) que du vocabulaire (dico preder/dico favereau) ou d'autres niveaux.

Comment peut-on lutter contre une "stygmatisation" sans changer d'ortographe ? Je vois mal... On ne pourrait pas dire "il y a une version correcte, mais ceux qui ne la pratiquent pas peuvent se rassurer, on ne les prend pas pour des abrutis !"

Qu'est-ce que l'orthographe ? Ce n'est que la version entérinée d'un certain usage. La stygmatisation provient alors du décalage entre cette forme fixée et considérée comme légitimie et le parler vernaculaire. Pour moi l'orthographe ne réside pas dans le fait qu'il faille mettre un "ph" ou un "f" à tel endroit, mais dans le fait que des gens fixent quelque part une certaine manière de parler comme étant la seule correcte.

Ce n'est donc pas qu'une convention mais une normativation (comme disent certains sociolinguistes) de la convention. Du point de vue (social) de la convention, il faut l'adapter de temps en temps aux usages qui évoluent, comme on réécrit la loi quand elle devient obsolète. Mais du point de vue (axiologique) de la norme instituée, je me demande si elle est tou bonnement utile dans ce cas précis.

Écrit par : Malo | 14/12/2008

Dans la dernière réponse Malo, je lis "stygmatisation" au lieu de stigmatisation. C'est joli et ça prouve, s'il en était besoin que linutil é diskrimalizante ortaugrafe est bien le seul et unique moyen de maîtriser quelle influence en nous, fait sens. Qui l'ignore, revendiquant je ne sais quelle pacotille égalitaire, est manipulé par le sens muet ou caché qu'il porte en lui. Cela étant, on ne prête jamais qu'aux riches, et Malo me semble, sinon réellement capable de vocabulaire hâtivement ponctué (et donc réellement de pensée), capable de cracher dans la soupe qui l'a nourri. Ce qui, pour filer la métaphore alimentaire, ne mange pas de pain et décoince bien côté constipation du repentir. Aline Scaërin.

Écrit par : Aline Scaërin | 14/04/2009

L'orthographe permet quand même la compréhension du "discours" de "français" des siècles passés. Si on change d'orthographe, on ferme aux futures "francophones" l'accès à ces discours, autrement dit, à la littérature, à la science etc... à moins d'un grand renfort de traducteurs (puisqu'il semble ressortir de ces commentaires que passer d'une orthographe à une autre ne se fasse pas sans difficultés, opinion que je partage). De plus, croire que l'on va réussir à se mettre d'accord sur un usage, qu'il y en a un de "partagé par tous" nous ramène à l'illusion synchronique, non?

J'ai l'air critique comme ça mais je suis évidemment 100% d'accord avec l'analyse que tu fais de tout ça sur le plan du social. C'est sur les solutions que je tique un peu, une réforme ne ferait-elle pas que repousser le problème? (et au bout de combien de temps peut-on considérer que l'usage a suffisamment évolué pour qu'un changement de code soit envisageable?)

Je me demande si le système des pays arabes n'est pas le meilleur, finalement: une langue populaire "libre" (avec, du coup, pourquoi pas, une orthographe plus ou moins libre (c'est à dire auto-régulée, de fait, mais sans académie par exemple)) et, à côté, une langue académique littéraire & scientifique figée à l'orthographe figée. Concrètement, ça reviendrait, ici, à retablir une certaine justice: le "français" ne serait que cette langue figée et n'aurait pas de droit de regard sur le "vernaculaire".
La dévalorisation de ce qui ne maitriseraient pas ce "français" serait moindre puisque c'est leur maitrise d'un outil qui serait critiqué, pas leur statut de locuteur.

Qu'en penses tu?

(signé: un apprenti médiationniste)

Écrit par : Ivi Kromm | 25/04/2009

Pour être (j'espère) plus précis, je trouve que cette norme axiologique (en espèrant aussi que je maitrise bien ces mots) permet le respect de la règle et donc garanti la l'inter-compréhension. Donc: je la soutiens, mais dans un cadre bien restreint, absolument sans rapport avec les besoins de la vie quotidienne.

(et, dans ma dernière phrase, je voulais évidemment dire / écrire "ceux" et non pas "ce", comme quoi c'est important! ehehe)

Écrit par : Ivi Kromm | 25/04/2009

Pour Aline Scaërin : je ne sais absolument pas comment réagir à votre message, étant donné que je ne le comprends pas. Je ne sais même pas s'il s'agit d'une critique ou si vous allez dans mon sens. Désolé de faire preuve d'une si mauvaise aptitude à comprendre les messages rédigés dans Le Vrai Français de Notre Académie... Décidément tout se perd, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient.

Pour Ivi, oui bien sûr si l'on garde la même orthographe que dans le passé, on comprend à peu près plus facilement ce qui s'y écrivait (en faisant abstraction des modifications de syntaxe, morphologie, phonologie qui ont pu intervenir). Mais alors, pourquoi n'en sommes-nous pas resté au grec d'Homère ? Mince alors ! Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une bonne raison pour garder notre orthographe. C'est, comme tout, un usage géo-historico-social, adapté à un contexte particulier, en l'occurrence la situation actuelle.

Aujourd'hui, on traduit Shakespeare en anglais moderne et en américain, pour le rendre plus proche des gens de notre époque. Je trouve ça plus intelligent qu'une entreprise de coercition pour forcer les jeunes à "parler comme Shakespeare" (ou Molière pour nous).

Pour la proposition, effectivement je ne disais pas qu'une réforme de l'orthographe était suffisante. Elle serait déjà bien utile pour dépoussiérer toute notre belle langue si fluide de ses archaïsmes étymologiques (parfois basés sur des erreurs étymologiques !), mais ce que je critiquais vraiment dans ce texte, c'est plutôt le fait de raisonner comme si une manière d'écrire était correcte et les autres étaient incorrectes. La critique porte sur le principe d'orthographe, en quelque sorte. C'est lorsque l'axiologie vient se greffer sur la sociologie, c'est à dire lorsque l'on se met à raisonner de "comme moi / différent" à "bon/mauvais" (ortho). Le contexte français qui ne la rend accessible qu'aux privilégiés qui ont réussi à surmonter les éliminatoires scolaires ne fait qu'aggraver les choses, mais c'est secondaire dans la critique.

J'arrête là pour éviter d'en faire un paté, mais je n'ai pas répondu à tout. Peut-être plus tard !

Écrit par : Malo-net | 26/04/2009

La révolusion de l'ortograf è déja començé é èl se propaje rapidemen! -> www.ortograf.net

Écrit par : pepe | 03/05/2009

Je ne saisis pas le sens de votre contrainte oulipienne. Et ça me titille. Vous dites avoir écrit ce texte sans savoir le genre d'orthographe, oui ?
Quid de la phrase : "l'orthographe devient un formidable moyen de pression de la part de ceux qui la maîtrisent sur ceux qui ne la maîtrisent pas."
La : pronom personnel féminin, je me trompe ? Remplace le mot orthographe, non ? Donc, orthographe : nom féminin, vous me suivez ?
Alors, c'est quoi votre exercice de style à la Queneau, m'ssieur ?
C.

Écrit par : christine | 03/06/2011

Vous avez raison.

Il se trouve qu'à un moment j'ai eu un doute sur le genre, je me suis rendu compte que je ne le connaissais pas de manière certaine. Donc la plupart du temps, je me suis arrangé pour ne pas avoir à écrire une phrase où il apparaîtrait explicitement, de peur de me tromper. Et pourtant, il semble bien que dans la phrase que vous avez mentionnée, je n'ai pas été aussi prudent. J'ai eu de la chance, le genre était le bon.

Par contre, je ne crois pas avoir mentionné m'être fixé a priori une "contrainte oulipienne" avant l'écriture. C'est quelque chose dont je me suis rendu compte après coup, j'ai trouvé cela assez amusant pour le mentionner, sans prendre la peine de relire une par une les phrases pour voir si elles étaient conformes à cette remarque (à mon sens il y a mieux à faire : les relire pour voir si je ne raconte pas trop n'importe quoi, ou si le message est écrit clairement que de chercher ce genre de petites bêtes...). Ceci dit, si certains prennent la peine de lire scrupuleusement ce texte, je suis certain que l'on y trouvera encore quelques fautes d'orthographe, de ponctuation, de "bon goût", etc. Ca permet de tenter une décrédibilisation du texte sans avoir affaire aux arguments eux-mêmes.

L'idée de se fixer d'avance une contrainte d'écriture dans un but estéhtique, c'est de la littérature, ce dont je me sens absolument incapable : je n'y suis jamais parvenu, et ce n'est pas mon objectif. En plus de cela, je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de faire passer des arguments que d'envelopper un texte de préciosités littéraires, même si on peut apprécier ces préciosités lorsqu'on lit des textes non-argumentatifs.

Et justement, en parlant d'arguments, je m'étonne que les questions de genre soient la seule chose que vous ayez retenue du texte : je m'attendais à une critique sur le fond. Mais si c'est là la seule critique que des lectures aussi minutieuses et perspicaces trouvent à faire à ce texte, me voilà rassuré !

Malo

Écrit par : Malo-net | 04/06/2011

Le texte est intéressant et ouvre des horizons.
Les échanges sont amusants.
Pour faire court, je dirais que:
1°)il est certain que notre orthographe mériterait un rafraichissement,
2°)je ne crois pas qu'y substituer n'importe quelle bouillie serait de meilleur goût-ou norme.
3)il faut -comme en tout- raison(et mesure) garder.

Écrit par : Albert | 07/01/2012

Désolé de me montrer contrariant mais je pense que vous êtes à côté de la plaque sur ce coup-là. Il est marrant de noter que vous n'avez quasiment pas commis de fautes d'orthographe dans cet article, orthographe que vous avez pourtant l'air de dénigrer avec beaucoup d'application.
C'est pourtant simple, vous avez évité au maximum d'en commettre pour une seule et simple raison : l'intelligibilité de votre message. L'orthographe est simplement là pour que les messages soient lus et assimilés le plus rapidement possible par notre cerveau. Un message en style SMS est particulièrement agaçant à lire car on met plus de temps à le déchiffrer.
La seule chose que je proposerais car elle me parait logique, c'est une simplification au maximum de l'orthographe des mots pour qu'elle soit une simple transcription phonétique. Mais cette transformation a déjà commencé en realité car l'orthographe enseignée dans les écoles est simplifiée d'année en année.

Outre cela, je trouve certains de vos raisonnements assez réducteurs et malvenus. Ceux qui ont les mains dans le cambouis écriraient mal ? et les autres qui écrivent bien ne travailleraient que du bout des doigts et de la bouche ? Des raccourcis faciles à prendre. Tout n'est pas si simple, navré de vous l'apprendre.

Ne vous inquiétez pas, une fois la simplification susmentionnée effectuée, les méchants petits Charles Henri que vous dépeignez avec tant d'application n'auront plus aucun avantage sur les pauuuuuuvres petits banlieusards. Jolie carricature que vous nous proposez car, au final, c'est ce qui est plus ou moins sous entendu tout au long de l'article.

Dites-vous bien que même avec une simplification à l'extrême qui ne répondrait qu'à la logique stricte de la phonétique, certains trouveraient encore à mal orthographier les mots en y incorporant des chiffres où je ne sais quoi.

Bref, l'orthographe se doit d'être unique pour chaque mot afin d'assurer une communication écrite optimale.

Écrit par : Mathieu | 29/08/2012

Bonjour Mathieu,

Merci beaucoup pour votre message même si le ton est un peu vif. Je me permets de répondre sur un ton plus modéré pour éviter que l'échange d'arguments constructifs ne vire à la polémique stérile.

L'exemple des SMS est très bon, justement parce qu'il permet de souligner un contresens : le style SMS n'est pas "agaçant" à lire pour tout le monde. D'une part, il existe une grande variété de "styles SMS", d'autre part, il existe des gens qui maîtrisent totalement l'art de condenser au maximum leurs messages pour des raisons financières (même si c'est aujourd'hui moins le cas avec les forfaits illimités, mais tout le monde ne peut pas se payer ces forfaits, on en revient à la même question).

Donc le style SMS est "agaçant"... seulement pour une certaine partie de la population, qui a été éduquée à une autre manière de graphier, et qui ne retrouve pas ses habitudes. Tout comme je connais un certain nombre de personnes qui ont du mal à remplir des formulaires administratifs rédigés dans cette graphie qui est censée être celle de la "communication universelle" : mais là encore, cela dépend de qui l'on fréquente, pour imaginer qu'il puisse exister des gens à qui nos préciosités peuvent poser problème, il faut peut-être en fréquenter.

Une seule orthographe (ou une seule "langue") serait un outil parfait de communication si tout le monde recevait la même éducation et était élevé dans le même milieu. Malheureusement il n'en est rien : il y a des gens dont le parcours a fait que l'orthographe officielle s'impose pour eux comme "une évidence", et d'autres qui, malgré leurs efforts, ne maîtriseront pas ce registre, faute de sensibilisation précoce (et non pas faute d' "intelligence", c'est un raccourci qui serait trop facile).

Au contraire, défendre un usage unique de l'écrit alors qu'on constate une relativité dans les imprégnations de l'éducation, cela entretient le mythe selon lequel il n'existerait qu'une "culture", qu'une manière d'être formé en France : et, partant de là, toutes les manières d'apprendre, parler, écrire, autres que la "manière officielle", que l'on a instaurée comme "la seule", peuvent être considérées comme des déviations par rapport à cette norme. C'est donc le fait d'instaurer une seule orthographe qui fait que les gens en viennent à raisonner en termes de "fautes" d'orthographe, alors qu'à mon sens il serait plus respectueux de la diversité des manières d'apprendre que de constater une relativité des orthographes (ce qui n'empêche pas des facteurs d'homogénéisation pour certains usages précis, l'administration par exemple), que n'importe quelle enquête de terrain en sociolinguistique pourra constater (et que vous constatez vous-même implicitement en évoquant la graphie SMS, bien que pour la dénigrer).

Pour le reste, je n'ai jamais dit que l'écriture phonétique serait une solution, je ne crois pas que l'on trouve cela dans mon texte. Je suis tout à fait conscient que certains caractères sont utiles pour réduire les effets d'homonymie par exemple, ou pour faire saisir des relations étymologiques entre des termes. Une graphie phonétique ne serait pas pour moi une solution, tout simplement parce qu'elle reposerait sur le même présupposé impérialiste selon lequel il existerait "une seule" manière de prononcer en France (ou que, si l'on admet une diversité, on considère qu'il y a une version légitime et des versions "déviantes", le problème de cette position est qu'elle n'explique pas pour quelles raisons on devrait tenir telle prononciation pour plus "légitime" que d'autres). Donc il y a pour moi une confusion entre deux questions bien distinctes lorsque vous m'attribuez la défense d'une graphie phonétique.

Enfin, je ne relève pas l'argument selon lequel "je n'ai pas fait de faute d'orthographe", car un commentaire précédent avait justement tenté de discréditer mon propos en remarquant que j'en avais fait une. Donc, que j'en fasse ou que je n'en fasse pas, il semble que, pour qui est décidé à critiquer mon propos sur autre chose que mes arguments, tout matériau ou son contraire soit le bon - et inversement bien entendu.

Au plaisir de continuer cette discussion si le ton sait rester calme.

Malo

Écrit par : Malo-net | 30/08/2012