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14/11/2008

Sociologiser son rapport à l'engagement

Encore une contradiction du militant.

I. Dénaturaliser l'ordre social

Économiquement parlant, il accepte un raisonnement sociologisant selon lequel les différences de classe ne proviennent ni de la nature des choses ni de celle des sujets, mais bien de conventions arbitraires et contingentes. Ce faisant il dénaturalise sa vision de la répartition sociale et se donne une prise dessus, puisque si elle n'est pas l'œuvre de la nature mais bien de certaines actions humaines à certaines époques et à certains endroits, alors il peut penser que les actions qu'il mènera lui-même pourraient avoir une influence sur elle. Car tant que la répartition sociale est attribuée soit à une nature des choses (que ce soit "la volonté divine", "les invariants structuraux d'une société", "les lois du marché") ou celle des acteurs (que ce soit par une théorie des "âmes de plomb d'argent et d'or", une tentative d'expliquer la pauvreté par les propriétés (éventuellement génétiques !) du sujet, ou par le discours méritocratique), elle demeure de l'ordre de la fatalité, et l'on ne peut rien y faire.

L'ordre économique : Légitimité et Immuabilité

Ce discours de la fatalité est d'ailleurs celui qui arrange les dominateurs, ceux qui préféreraient qu'on n'y fasse rien, pour deux raisons : premièrement car ce discours procure une assise légitime à leur position (qui n'est alors pas perçue comme un rapport de domination arbitraire mais comme l'ordre naturel des choses), deuxièmement car, lorsqu'il est bien intériorisé par les masses, est un des plus puissants anesthésiants politiques (c'est vrai ça, "à quoi bon lutter contre la fatalité ?").

Or le militant, en agissant et en prétendant que son action pourra changer l'ordre social, remet en cause ces deux présupposés : premièrement, si quelque chose le pousse à se mobiliser, c'est que l'ordre social possède quelque chose d'illégitime qu'il entend contester; deuxièmement, s'il se mobilise pour changer les choses, c'est qu'il prétend que son action aura des effets sur l'ordre social, et par conséquent que celui-ci n'est pas immuable.

La dénaturalisation de l'ordre social est donc la condition de possibilité de toute entreprise de militantisme. Sans elle ne sont possibles ni le discours contestataire ni les actions visant le changement. C'est la raison pour laquelle tous les militants opèrent au moins tacitement cette dénaturalisation, même si elle n'est pas forcément exprimée en ces termes. Et jusque là, tout va bien.

II. Ordre économique, ordre militant et ordre social

Mais (car il y a un mais...) la hiérarchisation sur la base des rapports économiques n'est pas la seule (et de loin) à fonder le social. Le riche est tenu pour supérieur au pauvre, mais également l'instruit (de la culture légitimée, s'entend) sur l'ignare et... l'engagé sur le passif ! (il existe encore sûrement d'autres distinctions qui classent, cf. notamment Boltanski & Thévenot Les économies de la grandeur, 1987)

Et c'est là que le bât blesse. Le militant de base, nous l'avons vu, accepte de dénaturaliser l'ordre social sous son aspect économique. Des travaux comme ceux de Pierre Bourdieu poussent à dénaturaliser aussi son aspect en termes d'éducation. Mais qui accepte de le dénaturaliser sous son aspect engagé ? Voyons ce que cela suppose.

Dénaturaliser le rapport à l'engagement militant

Le militant accepte de dire que, si telle personne est plus riche que telle autre, ce n'est pas le fait de la nature mais plutôt de certains processus sociaux arbitraires. Il accepte aussi parfois de dire que, si telle personne est plus instruite que telle autre, ce n'est pas le fait d'une supériorité, mais parce qu'il a été soumis à certains processus sociaux qui privilégient la reproduction des classes dans le domaine du savoir (les fils d'instruits restent souvent instruits, les fils d'incultes restent souvent incultes). Et pourquoi ne pousserait-il pas alors le raisonnement jusqu'au bout en disant que, s'il est lui-même engagé et si certains ne le sont pas, ce n'est pas parce qu'il serait d'une quelconque manière supérieur à d'autres, mais parce que lui aussi, d'une certaine manière bien que différente, a été privilégié ?

Il n'est pas donné à tout le monde de porter un regard critique sur l'ordre social. Certes. De ce constat à celui selon lequel le critique est supérieur au non-critique, il n'y a qu'un pas. Mais c'est le pas de trop, qui plonge l'engagé dans le gouffre du mépris des masses qu'il prétend libérer de leur oppression. Plutôt que de se penser supérieur au non-engagé comme le riche se pense supérieur au pauvre, et l'instruit à celui qui ne l'est pas, le militant devrait penser que, comme eux, il a été privilégié. Lui aussi a été soumis à certains processus sociaux qui ont généré son engagement.

Les processus qui engendrent une élite du militantisme et ceux qui engendrent une élite économique ou une élite d'instruction ne sont certes pas les mêmes. Mais les premiers existent malgré tout. Un sociologue qui voudrait travailler sur le sujet de savoir comment se forme un militant pourrait donner des réponses plus fines, les mécanismes premiers qui viennent à l'esprit sont les suivants : l'environnement familial (les fameuses "familles de communistes"), des rencontres marquantes (professeurs de lycée, étudiants déjà engagés pour ceux qui se forment à la critique sociale pendant leurs études), la participation à des mouvements sociaux, etc. Le militant est formé par son environnement, et dans son cas il existe tout autant de constantes et d'invariants qu'il existe dans celui de la formation du riche et de l'instruit : arrêtons de voir le militantisme comme une exception qui échappe à la règle du déterminisme sociologique et qui justifierait une prétendue supériorité morale du militant.

Il existe bien entendu des différences entre les oppositions riche/pauvre, instruit/non instruit, et militant/non-militant. Les militants sont-ils une classe qui se reproduit ? Ce n'est pas certain... Mais l'important provient de ce que l'opposition militant/non-militant est tout autant soumise à des processus sociaux que les autres, et donc c'est avec autant d'illégitimité que pour les autres oppositions qu'elle doit être perçue comme une opposition supérieur/inférieur, méritant/non-méritant, etc.

Le militant, comme le riche et le savant, n'est pas supérieur mais privilégié. Il a bénéficié de certains rouages du système social qui lui ont permis d'obtenir une certaine clairvoyance dans la compréhension du monde social. Sa clairvoyance n'est pas due à une prétendue supériorité intellectuelle, son engagement pratique de tous les jours ne vient pas d'un altruisme exacerbé, ses activités ne peuvent être imputées à un prétendu "mérite de ceux qui se bougent sur ceux qui ne font rien". Tout ceci est le fruit des processus qui l'ont formé et poussé dans ce sens. Le même individu, dans un autre environnement, ayant fait d'autres rencontres, lu d'autres livres, s'étant trouvé "de l'autre bord", ne l'aurait pas fait de lui-même. Le militant a eu la chance de bénéficier de ces processus qui le poussent à voir une domination et tenter de la résorber. Tant mieux pour lui. Mais qu'il n'oublie pas que, comme pour le riche et pour le savant, il s'agit là plus d'une affaire de chance que d'un quelconque mérite personnel.

III. Les raisons d'une cécité

Pourquoi le militant rechigne-t-il à dénaturaliser sa position, alors qu'il le fait bien pour d'autres ? Deux types de raisons viennent à l'esprit.

La confusion privilégié/oppresseur

La première provient des différences effectives qui existent entre l'opposition militant/non-militant et les oppositions que celui-ci dénonce. Le militant n'est pas un dominateur. Il n'appartient pas à une classe et ne tient pas forcément son statut de l'appartenance de ses parents à cette même classe. Mais, sous prétexte qu'il n'est pas dominateur, celui-ci prétend qu'il n'est pas privilégié. Comme s'il y avait besoin d'opprimer les autres pour être un favorisé. Ce n'est pas parce que privilège et oppression se confondent dans le cas des classes dominantes que cela doit être toujours le cas. Il existe des oppresseurs non-privilégiés, et des privilégiés non-oppresseurs. Le militant n'est pas forcément riche et ne bénéficie pas de la reconnaissance que l'on accorde aux savants. Mais ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas privilégié, bien que d'une autre manière...

Légitimité et immuabilité : changez de sens aux équipes à la mi-temps, vous jouez toujours au même jeu

La seconde provient des mêmes raisons qui poussaient le riche à vouloir naturaliser sa position de riche : légitimité et immuabilité.

La gratification symbolique

La situation de militant n'est pas tous les jours facile : il se mobilise et s'épuise quotidiennement pour une société qu'il ne verra pas changer et pour des gens qui paraissent ingrats face à son dévouement qu'ils ne comprennent pas. Alors, il faut bien trouver une compensation quelque part. Il la trouve justement dans cette supériorité qu'il s'accorde, en tant que militant, face aux autres. C'est la seule béquille qui lui fournit encore des motivations personnelles pour se bouger. Précisément parce que l'homme n'est pas l'altruiste que le militant se complaît à paraître, il faut qu'il trouve une compensation face à son engagement quotidien, il n'acceptera plus de se mobiliser s'il a la certitude qu'il n'en retirera rien en retour, pas même une petite gratification symbolique. Et c'est donc justement parce qu'il n'est pas totalement altruiste qu'il veut passer pour l'altruiste plutôt que pour le privilégié de l'accès à l'engagement social.

L'ambition cachée

Du fait justement que la catégorie du militant, contrairement à celle du riche ou de l'instruit, n'est pas issue d'un processus de reproduction, il est toujours possible aux laissés-pour-compte des deux autres sélections de participer à cette troisième-ci. Pas besoin d'appartenir à la classe pour obtenir le prestige, il suffit de se former. Ainsi, le militant peut aussi être celui qui voudrait s'affirmer supérieur, mais qui n'est pas né sous la bonne étoile. Il n'a plus alors qu'à se rabattre sous la bannière d'une pseudo-clairvoyance du social et d'un engagement en faveur de la justice dans le monde qui lui permettent de se rehausser au moins sous un certain aspect par rapport au commun.

Contradictions

C'est ce besoin intime de reconnaissance qui pousse le militant à la contradiction : il s'estime supérieur au peuple tout en prétendant parler au nom de celui-ci (contradiction de la légitimité), et il voudrait que son message se généralise tout en souhaitant garder sa position d'avant-garde (contradiction de l'immuabilité). Contradiction de la légitimité tout d'abord : le militant considère que sa position de critique est légitime, car il a su, contrairement au peuple, dénoncer la manipulation. Mais c'est justement ce peuple, dont il se démarque alors, qu'il prétend pourtant représenter dans son discours. À ce sujet, voir "au nom du peuple". Contradiction de l'immuabilité ensuite : le militant souhaite que son message se généralise, en ce sens il lutte contre l'immuabilité de sa position, et pour que son message ne soit plus marginal mais soit entendu et relayé. Mais dans le même temps, il souhaite garder sa position de privilégié du domaine des idées, ce qui le pousse à renier toute position comme "démagogique" dès lors qu'elle s'impose à la majorité. Là-dessus, lire "contradiction de l'avant-gardiste".

Alors que le riche et le savant assument le discours anti-sociologique de naturalisation de leur prédominance, ils n'ont aucun problème à revendiquer leur légitimité et leur immuabilité. Au contraire, le militant sombre dans les contradictions lorsque son entreprise se fonde sur un discours sociologique de dénaturalisation d'un privilège que pourtant il s'octroie à lui-même comme militant. Son discours l'oblige à ne pas assumer la supériorité qu'il s'octroie, et pourtant toute son attitude témoigne qu'il refuse de se départir de ce privilège que semble lui conférer sa position de contestataire de l'ordre établi.

Déceptions de la dénaturalisation

Dans un cas comme dans l'autre (gratification symbolique ou ambition cachée), dénaturalisez le militant, c'est à dire appliquez-lui la même clairvoyance que celle qu'il applique lui-même aux rapports de domination économique, et vous lui ôtez sa raison de militer. Vous n'en faites plus que le résultat d'un processus social général, selon lequel toute société inéquitable sécrète son lot de contestataires par un système de mécanismes que l'on peut décrire froidement. Vous l'avez objectivé et castré de la supériorité morale qu'il s'octroyait par rapport au commun des mortels. De même que la notion d'espérance matrimoniale déçoit celui qui croit à l'idéal romantique des individus "faits l'un pour l'autre", la dénaturalisation du militantisme déçoit celui qui se laissait bercer par l'idéal romantique de l'esprit éclairé guidant la foule.

Intériorité et contradiction

Il existe peut-être encore une autre raison pour laquelle le militant ne souhaite pas s'intégrer lui-même à l'analyse qu'il fait du social (car ce n'est en fin de comptes que de cela qu'il s'agit). Lorsque le militant analyse le monde, il a l'impression d'avoir fait un pas en arrière et de le contempler pour ainsi dire de l'extérieur, à l'inverse de ses besogneuses fourmis trop occupées à nourrir la machine pour pouvoir la regarder fonctionner. Cette société, il la critique, il ne partage pas ses valeurs : il a prétention à se situer à l'extérieur d'elle. Or, quand survient le sociologue de l'engagement, qui lui explique que sa formation militante n'est qu'un produit des rouages de cette société, alors le militant se retrouve brutalement réintroduit au sein de cette société dont il voulait se détacher. Eh oui, lorsque l'on a affaire à l'homme, on n'échappe pas à ce que l'on décrit... Il ne peut plus prétendre l'observer d'en haut, ni prétendre trop la haïr, car sans ces mécanismes de la société qu'il décrie, son militantisme n'aurait pas été produit. Ceci le pousse à une contradiction : il ne peut rejeter totalement la société qui lui a permis de la critiquer. La dénaturalisation du militantisme oblige à voir que la société capitaliste ne génère pas que des inégalités : elle génère aussi des critiques du capitalisme. Ainsi rien n'est jamais tout noir ou tout blanc. Le militant, qu'il le veuille ou non, est un produit du capitalisme, et le capitalisme, quelque ravageur qu'il puisse être, produit ce qui permettra peut-être un jour qu'on le dépasse. Il s'agit alors de passer de la critique prétendument de l'extérieur d'un système tout pourri à celle de l'intérieur d'un système contradictoire. C'est peut-être d'ailleurs dans ce mouvement contradictoire qu'il faut avoir espoir... si le militant le veut bien !

Commentaires

"il s'agit là plus d'une affaire de chance que d'un quelconque mérite personnel". Absolument pas d'accord. Certes la chance et le hasard entrent en compte mais apres seuls les plus volontaires continuent la poursuite de la connaissance.

Écrit par : Marine | 03/11/2009

Marine,

J'emploie le terme de "privilégiés" de manière un peu provocatrice, juste pour dire qu'il existe une analogie entre ce qui fait que l'on devient riche ou instruit et ce qui fait qu'on devient militant : dans tous les cas, il s'agit d'un parcours et de rencontres, dont la sociologie peut rendre compte (cf. le nouvel intérêt de la socio envers les "récits de vie").

Mais je ne parlerais pas pour autant de chance. C'est indéterministe. Ce qui rend riche ou instruit n'est pas la "chance", mais l'inscription dans un certain parcours, et c'est la même chose dans l'acquisition des idées militantes. Pour ta part, tu appliques le discours méritocratique que l'on entend ailleurs, celui du "self-made man" et de l'école vue comme "ascenceur social", au domaine du militantisme.

"Seuls les plus volontaires continuent la poursuite de la connaissance" : on dirait du Platon, avec l'idée que seuls ceux qui le méritent auront accès à la révélation que l'on trouve dans les textes contestataires. C'est une visée très impérialiste, qui au demeurant ne fait que reprendre un élitisme habituellement réservé à la richesse ou au savoir, en l'appliquant cette fois au militantisme (si tu as des diplômes, c'est parce que tu es intelligent, et si tu travailles beaucoup, tu auras un bon salaire, si tu est "volontaire", tu deviendras un vrai militant). Bienvenu dans le monde des Militants-Méritants, qui se prétendent en droit de mépriser le "peuple" que leur discours prétend libérer.

L'alternative n'est pas entre "chance" et "volonté". C'est une vision pré-sociologique de la question. La notion indéterministe de "chance" n'a pas sa place dans une théorie sociologique, et celle de "volonté" consiste exactement dans la vision que le Bourdieu des Héritiers, par exemple, entend détruire. T'es-tu demandé pour quelles raisons certains avaient la "volonté" de "continuer", et pas d'autres ? Peut-être certains avaient-ils des oreilles plus préparées à entendre certaines choses que d'autres ? Si tu discutes avec un lycéen riche élevé dans une famille catho de droite, et qu'il rejette tes thèses, penses-tu vraiment qu'il n'y a aucun lien entre son éducation et sa capacité à accepter ou non ce qu'il entend ?

Les voies qui mènent au militantisme sont variées. Ce peut être par continuité des idées de l'environnement familial, ou au contraire par rupture avec celui-ci. Mais la rupture n'a lieu que lorsque l'on rencontre d'autres personnes qui nous proposent de penser autrement, et qu'on les fréquente suffisamment pour que leurs arguments puissent surmonter les valeurs que l'on avait intériorisées précédemment. Mais quelles que soient ses voies, l'accession au militantisme peut toujours être expliquée sociologiquement. Et une telle description n'emploiera ni les termes de "chance" ni ceux de "mérite".

Écrit par : Malo-net | 04/11/2009

Merci pour ta réponse.
Alors autant les autres paragraphes sont assez clair et je comprends bien ton point de vue, autant celui ci m'exaspère 'C'est une visée très impérialiste, qui au demeurant ne fait que reprendre un élitisme habituellement réservé à la richesse ou au savoir, en l'appliquant cette fois au militantisme (si tu as des diplômes, c'est parce que tu es intelligent, et si tu travailles beaucoup, tu auras un bon salaire, si tu est "volontaire", tu deviendras un vrai militant). Bienvenu dans le monde des Militants-Méritants, qui se prétendent en droit de mépriser le "peuple" que leur discours prétend libérer."
Peut etre parceque tu n'as pas compris ce que j'essaie de dire. Pour te donner un example concret, dans un mode d'hyperconsommation et d'abrutissement intellectuel constant (cf TV etc) on peut dire que ceux qui font l'effort d'essayer de s'en distancier pour se cultiver dans un but de mieux appréhender le monde releve non pas du mérite mais de l'invesstissment et de la motivation personnelle. La motivation et l'invesstissment personnel peuvent ils donc etre concus comme faisant partis des 'voies" (choisies!?) qui menent au militantisme.

Écrit par : Marine | 05/11/2009

Merci pour ta reponse. Alors autant les autres paragraphes de ton message ont clairs et je comprends tes arguments, autant celui ci m'exaspere

"Seuls les plus volontaires continuent la poursuite de la connaissance" : on dirait du Platon, avec l'idée que seuls ceux qui le méritent auront accès à la révélation que l'on trouve dans les textes contestataires. C'est une visée très impérialiste, qui au demeurant ne fait que reprendre un élitisme habituellement réservé à la richesse ou au savoir, en l'appliquant cette fois au militantisme (si tu as des diplômes, c'est parce que tu es intelligent, et si tu travailles beaucoup, tu auras un bon salaire, si tu est "volontaire", tu deviendras un vrai militant). Bienvenu dans le monde des Militants-Méritants, qui se prétendent en droit de mépriser le "peuple" que leur discours prétend libérer."

Peut etre car tu ne comprends pas ce que j'essaie de dire. Pour prendre un exemple précis; dans une société d'hyperconsommation et d'abrutissement intellectuel contant (cf Tv, publicité etc) quelqu'un qui décide volontairement de s'en distancier pour se cultiver afin de mieux appréhender le monde et bien cela releve de la motivation et de l'investissement personnel. Auquel cas, on peut dire que investissement et motivation sont donc (peuvent faire partie?) des voies qui mènent au militantisme. ?

Écrit par : Marine | 05/11/2009

Je sais pas si les com passent

Écrit par : Marine | 05/11/2009

Marine,

Je ne censure pas les coms, simplement elles mettent un certain temps avant d'apparaître. Je suis bien d'accord avec l'idée selon laquelle investissement et motivation sont ce qui pousse vers le militantisme. Mais qu'est-ce qui pousse vers l'investissement et la motivation ?

Il existe une certaine tendance à penser que certaines qualités (le mérite, l'intelligence, ou l'investissement et la motivation) sont inscrits dans l'essence des personnes, comme des propriétés qui les constitueraient on ne sait trop comment. C'est cette tendance que l'idéologie de droite utilise pour justifier la domination : si je suis riche, c'est parce que je possédais au départ les qualités pour m'enrichir, si tu es pauvre c'est que tu est nul. Et la démarche militante commence justement au moment où l'on refuse cette manière de penser, et où l'on admet que ces qualités sont le produit des processus sociaux qui forgent les personnes. C'est pourquoi je trouve contradictoire un militantisme qui se fonde sur le refus de cette naturalisation quand elle s'applique aux valeurs qui différencient les riches des pauvres, ou les instruits des non-instruits, mais qui les accepte lorsqu'il s'agit de différencier entre le militant et le non-militant.

Ce que j'essaie de dire c'est que ces "qualités personnelles" qu'on invoque pour justifier la situation sociale de quelqu'un (que cette situation soit une aisance matérielle ou un engagement militant) ont exactement, dans les deux cas, le même statut et le même rôle : si on refuse de naturaliser le "mérite" individuel qui rend riche, en considérant qu'il est produit par le système économique, alors on doit faire de même avec le "mérite" qui rend militant.

Écrit par : Malo | 28/11/2009