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15/09/2008

Contradiction de l'avant-gardiste

"Bobo ? Ça, c'est un terme de bobos !"

Qu'est-ce que l'avant-garde ? C'est une perpétuelle fuite en avant pour ne pas être rattrapé par ceux que l'on méprise. L'avant-gardiste ne souhaite pas être à la mode : pour lui ce qui est actuellement à la mode est déjà en retard. Ce que l'avant-gardiste souhaite, c'est être dans la position qui demain, sera à la mode. L'avant-gardiste a besoin d'être en avance pour se distinguer des autres. Il ne supporte pas d'être mélé à la masse. Tout ce qui plaît au peuple ne lui semble pas digne de l'intense effort de refléxion dont il se rend capable : l'avant-gardiste ne souhaite décidément pas faire partie de cette société qu'il méprise, il aime être un outsider.

Mais il y a plusieurs manières d'être à l'extérieur de la doxa. On peut être devant, derrière, à sa droite, à sa gauche, au dessus, ou en dessous ! Celui qui se revendique d'avant-garde se place dans une perspective temporelle : il souhaite être avant la masse, avoir les idées qu'elle aura dans 20 ans. En raisonnant dans ces termes, l'avant-gardiste considère de manière sous-jacente que la succession des idées dans le temps est le produit de modes : ce n'est que parce que les idées se succèdent au fil du temps que l'on peut prétendre forger celles qui viendront. Or ce n'est pas cela qui le gène : l'avant-gardiste ne critique pas la mode des idées en tant que processus; la seule chose qui le dérange, c'est ce qui est actuellement à la mode et qui pourrait entâcher de populisme son immaculée intégrité subversive. Non seulement l'avant-gardiste ne critique pas le processus de la mode des idées, mais au contraire il s'inscrit en plein dedans, puisqu'il prétend que c'est grâce à lui si l'on a aujourd'hui les idées qu'il avait hier, et que l'on aura demain celles qu'il a aujourd'hui. L'avant-gardiste se place en créateur de la mode des idées, il se considère comme étant le moteur qui fait tourner la "machine à renouveller les idées". Mais quelle machine fait-il tourner ? S'est-il vraiment un jour posé la question ? L'avant-gardiste est en fait dépendant de ce processus de mode des idées, puisque sans elle, il perd son statut de précurseur temporel. Mais cela, il ne s'en rend pas compte.

Ainsi, l'avant-gardiste n'a pas compris qu'il entretient lui-même ce qu'il prétend dénoncer. Il n'a pas compris non plus que la gloriole dont il se targue est entièrement soumise à ce processus de la mode des idées. Ce processus, il ne le critique que ponctuellement et superficiellement, lorsque le fait d'"être à la mode" risquerait de le mêler à ce si vil bas peuple, mais en se donnant le statut de "précurseur de la mode", il le foritifie en fait jour après jour.

***

Pendant 20 ans, l'avant-gardiste se bat pour des idées qui ne sont pas encore reconnues; puis, le jour où elles le sont, il balaie tout d'un revers méprisant de la main en déclarant : "c'est à la mode en ce moment" : l'avant-gardiste accepte alors de lâcher cette idée qui lui tenait tant à coeur, car s'il la garde il se met à penser comme tout le monde. Comme tout le monde ? Beurk, comme c'est écoeurant ! Pourtant, ce n'est pas sans fierté qu'il explique que, ce que tout le monde pense aujourd'hui, il le défendait à corps et à cris il y a 20 ans, alors que personne n'écoutait. Il est fier d'avoir été un précurseur. Mais voilà, il préfère garder son rôle de précurseur et quitter sa position actuelle pour une position novatrice. La raison qu'il invoquera pour quitter cette idée qu'il avait si durement et si longuement soutenue est bien simple : en se popularisant, elle s'est vulgarisée : forcément, ayant été comprise par la plèbe, elle n'a pu être que mal comprise, dévoyée de son sens premier et de la belle radicalité qu'elle arborait auparavant. Et maintenant que sa belle idée a été dénaturée par ce peuple ingrat, il n'a plus qu'à tout recommencer ! Mais, bizarrement, cela ne semble pas le déranger outre mesure.

L'avant-gardiste éspère-t-il vraiment que ses théories s'appliquent un jour ? Non, car pour qu'une théorie s'applique, il faut qu'elle soit reprise par les masses, or voir sa théorie sortir du petit cercle fermé des branleurs pédants est bien ce qu'il abhorre plus que tout. On ne fait pas la révolution à 5 dans une chambre, mais dès lors que la théorie est adoptée par plus de 5 personnes, ce que pour l'avant-gardiste elle était démagogique, donc mauvaise. Il faut donc tout recommencer, et en attendant, la révolution n'est pas pour demain ! L'avant-gardiste fuit l'appropriation de sa thèse par les masses, qui est pourtant la condition première de son application : il ne souhaite pas changer la société, mais simplement se complaire dans son statut de chic radicalité. L'avant-gardiste préfère s'admirer dans son miroir tous les matins en se félicitant de son "authenticité" plutôt que de véritablement entrer en dialogue avec le peuple qu'il est censé vouloir libérer.

On ne peut pas prétendre affranchir le peuple en le méprisant. Méprisons les méprisants !

Voir aussi Debord trahi

Commentaires

Bon, abaoe ar 17 aviz c'hevrer 2008 (preuve à l'appui) 'c'hortozan ar pennad diwar-benn teorienn ar médiation. Manket 'meus 'nezhi?
Ma 'm eus ket, poent eo kregin 'barzh! (genre leçon de morale... ;-))

Écrit par : Ivi | 15/10/2008