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31/03/2008

Bernays (I) : Qui était Edward Bernays ?

125123738.jpgEdward Bernays (1891-1995) est un nom qui ne vous dit sûrement rien. Presque personne ne le connaît plus aujourd'hui. Pourtant, il est sûrement un de ceux qui ont le plus profondément bouleversé la société au cours du XXème siècle. Non seulement il a poussé les individus à avoir le mode de vie qu'ont les citoyens des pays riches aujourd'hui, modifiant par-là considérablement le poids matériel et financier des industries et des entreprise au sein de notre société, mais il a aussi augmenté leur ascendance symbolique sur le consommateur en créant les techniques pour le pousser à la consommation. Politiquement parlant, il a aussi contribué à façonner l'individu passif et malléable d'aujourd'hui en mettant au point tout un tas de stratégies qui pacifient le citoyen, l'endormissent en le transformant en consommateur de masse. C'est en effet lui qui a mis au point les "relations publiques". Non content d'avoir accompli des exploits spectaculaires en usant de ses techniques de manipulation (cf. ch.II), il est aussi un des théoriciens de l'étouffement de la démocratie par l'assouvissement des pulsions consuméristes des individus. Voilà qui mérite qu'on s'y arrête un instant.

Qui était Edward Bernays ? Le double neveu de Freud. Il connaissait très bien les idées de la psychanalyse puisqu'il avait été immergé très tôt dans ce milieu, de par son environnement familial. Ce sont ces idées qu'il a réutilisées, mais pas vraiment à des fins thérapeutiques... En tant que créateur des "relations publiques", il fut très sollicité par les entreprises pour les aider à vendre leurs produits en touchant les émotions des acheteurs. Observons quelques unes de ses prouesses, puis comment les idées de Freud ont été ré-utilisées afin de soumettre les individus plutôt que les libérer, en les transformant en consommateurs serviles.

Plan :

I. Qui était Edward Bernays ?

  • Introduction
  • Plan
  • I. Épisode 1 : Stars, War

II. Bernays en exploits

  • 1. Bernays a fait fumer les femmes
  • 2. Bernays a fait sourire le président
  • 3. Bernays a fait connaître Freud en Amérique
  • 4. Bernays a rendu le capitalisme démocratique avec une boule blanche
  • 5. Bernays a renversé le Guatemala pour sauver les bananes du communisme
  • 6. Autres faits de Bernays
  • 7. Contemporains de Bernays

IIV. De Freud à Bernays

  • I. La notion d'inconscient
    • I.1. Chez Freud
      • I.1.1. la connaissance de l'inconscient
      • I.1.2. la modification de l'inconscient
    • I.2. La réinterprétation politique de l'inconscient par Bernays
      • I.2.1. l'inconscient prouve que les hommes ne sont pas libres
      • I.2.2. il est possible de manipuler les gens en manipulant l'inconscient
    • I.3. Discussion de l'interprétation de Bernays
  • II. La notion de désir
    • II.1. Chez Freud
      • II.1.1. Désir du superflu
      • II.1.2. Désir intarrissable
    • II.2. L'exploitation du désir par Bernays
      • II.2.1. Pousser à consommer ce dont l'on n'a pas besoin
      • II.2.2. Pousser à consommer toujours plus
    • II.3. Discussion de l'interprétation de Bernays
  • III. D'une utilisation incidente de Freud : la psychologie de comptoir au service de consumérisme

IV. Une lecture de Propaganda

  • I. Organiser le chaos
  • II. La nouvelle propagande
  • IIV. Les nouveaux propagandistes
  • IV. La psychologie des relations publiques
  • V. L'entreprise et le grand public
  • VI. La propagande et l'autorité politique
  • VII. La propagande et les activités féminines
  • IIX. La propagande au service de l'éducation
  • IX. La propagande et les œuvres sociales
  • X. L'art et la science
  • XI. Les mécanismes de la propagande

V. Conclusion

  • I. Quel est le monde que nous préparait Bernays ?
  • II. Pourquoi Bernays est-il beaucoup plus dangereux que Sarkozy ?
  • (Res)Sources

 

I. Épisode 1 : Stars, War

Plutôt que de suivre le chemin que lui avait tracé son père marchand de graine, et de s'engager dans l'agriculture, Bernays opte pour le journalisme. Alors qu'il travaille pour une revue nommée Medical Review of Reviews, Bernays découvre une pièce de théâtre d'Eugène Brieux, Avariés (traduite par "Damaged Goods" en américain). Cette pièce, audacieuse pour l'époque, raconte l'histoire d'un homme atteint par la syphilis, qui le cache à sa fiancée, avec qui il se marie et met donc au monde deux enfants syphilitiques. Il en publie une critique élogieuse dans son journal, puis apprend que le célèbre acteur Richard Bennett est prêt à la faire jouer. La pièce abordant un sujet très controversé à l'époque (les maladies sexuellement transmissibles), Bernays met au point une stratégie pour parvenir à la faire accepter : il monte une fondation, la Sociological Fund Committee de la Medical Review of Reviews, pour donner des airs de noblesse à la cause qu'il compte défendre. Il parvient à convaincre des centaines de célébrités d'y adhérer, et présente la pièce Damaged Goods comme une pièce à vocation informative, pédagogique, et préventive, sur les dangers de la syphilis et les moyens de la prévenir. D'un sujet scandaleux, la pièce traite désormais un sujet honorable, cautionné par des intellectuels influents. C'est ainsi que la pièce sera jouée et très bien accueillie par le public. C'est le premier pas d'une technique que Bernays ne cessera de ré-utiliser : donner des airs de noblesse à un produit pour le faire non seulement accepter par l'opinion, mais surtout l'associer à certaines problématiques qui le travaillent pour lui donner envie de le consommer.

1699691153.jpgAprès ce succès, Bernays décide de devenir agent de presse pour des célébrités. Parmi ses principaux clients, on pouvait compter le célebrissime chanteur d'opéra Caruso, le danseur Nijinsky, les ballets russes. Plutôt que de simplement vanter les qualités de ceux pour qui il travaillait, Bernays s'efforça de relier leur image à des problématiques et des centres d'intérêts de leur public présumé. Le but était de faire en sorte que le public opère une association inconsciente entre le produit et un de ses désirs (on perçoit ici nettement l'influence de Freud).

D'une promotion anecdotique de quelques vedettes de music-hall, la méthode de Bernays changea de registre lorsqu'elle prit une toute autre ampleur et se chargea d'un contenu politique. Au sein de la Commission on Public Information (dite "commission Creel"), Bernays se mit à faire, à l'échelle nationale, de la propagande en faveur de l'entrée en guerre des États-Unis.

Avant la première guerre mondiale, le gouvernement Wilson avait été élu sur la base d'un programme pacifiste. Ainsi, il était fort embarrassé lorsqu'il décida, en 1917, de s'engager dans la guerre, puisque cette décision s'opposait à l'opinion publique. Il fit donc appel à des gens comme Edward Bernays afin de modifier l'opinion publique concernant la guerre, pour rendre la population favorable à celle-ci. Il y parvint en usant de méthodes de propagande.

1541165290.jpgLe travail de propagande se fit tant sur la forme, soit la manière dont on communiquait avec le public pour lui faire changer d'avis, que sur le fond, soit la tenue du discours. Concernant la forme, retenons la fameuse affiche de l'oncle Sam : "I want YOU for US Army", et les four minute men, des célébrités payées par la commission pour proclamer en leur nom et dans des lieux public (réunions, meetings, ...), l'avis du gouvernement. Concernant le fond, une des stratégies utilisées par le président Wilson et ses conseillers fut d'annoncer que les États-Unis n'entraient pas en guerre contre un pays ou pour la restauration d'un ancien Empire, mais pour maintenir un idéal de démocratie, et la propager dans le monde entier (tiens tiens, ce n'est donc pas nouveau comme discours...).

Ce fût pour Bernays le point de départ de sa carrière et de sa démarche : il se dit que, s'il pouvait utiliser ces méthodes de propagande en temps de guerre, pourquoi ne le pourrait-il pas aussi en temps de paix ? Le terme "propagande" étant connoté péjorativement, il convenait en premier lieu de changer de mot, mais pour désigner toujours le même processus. Bernays se mit alors à parler de "relations publiques", terme qu'il fonda.

La suite dans l'article "Bernays en exploits".

12/03/2008

Et la politique devint anecdote...

I. Pré-texte : que je vous dise un peu ce que je ne vous dirai pas...

Il y a plusieurs manières de critiquer le traitement des mouvements sociaux par les médias.

  • On peut dire que, soumis aux pressions de leurs annonceurs et leurs propriétaires, les journaux ne prennent pas position en faveur de ceux qui entrent en grève car ils ne peuvent se permettre de s'afficher contre ceux dont ils dépendent financièrement.
  • On peut dire que, parce qu'ils se sentent obligés de prendre leurs lecteurs pour des veaux, afin de maintenir un nombre de lecteurs suffisamment élevé, ils n'abordent pas les questions qu'ils jugent trop compliquées et se complaisent dans un infantilisme démagogique de leur lecteur.
  • On peut dire aussi que la concurrence entre les médias pousse chacun à racoler dans le plus spectaculaire et le plus aguicheur. Ceci conduit à une surenchère de l'obscène et du violent dans les journaux, afin d'ébahir et de captiver toujours plus le lecteur/spectateur.

Ces raisons, et d'autres sûrement, ont des effets bien connus sur la manière dont sont abordés les mouvements sociaux : on fait l'impasse sur les réelles revendications de ceux qui entrent en grève ou manifestent, car celles-ci sont jugées trop compliquées ou techniques, et risqueraient de susciter un mouvement de sympathie des lecteurs/spectateurs. À la place, on préfère insister sur les évènements violents, dont on est sûr qu'ils attireront le public; et arborer des analyses simplistes dont on est sûr qu'elles conforteront le lecteur dans ses préjugés. On se contente alors de montrer le mouvement social dans son aspect gênant pour les usagers, ce qui permet de stigmatiser assez vite ses acteurs, qui sont perçus comme des égoïstes gênant la bonne marche de la société pour maintenir/obtenir des privilèges.

Ce sont les manières traditionnelles de critiquer le traitement médiatique des mouvements sociaux. Elles sont justifiées. Mais l'objet de ce texte concerne un autre genre de critique, celle d'une dérive plus insidieuse des médias et de l'opinion publique en général : la clientélisation de la politique, et la banalisation d'un mouvement social. Pour pasticher Durkheim, le fait politique est pris comme une chose, mais pas au sens épistémologique où l'entendait le sociologue : il devient une chose au sens banal du terme, un "truc" parmi d'autres, sans plus aucune valeur symbolique, un "machin" qui cause des désagréments aux usagers de temps en temps, une anecdote parmi les évènements de la journée. Et c'est ainsi que l'on en vient à classer les manifestations dans la rubrique des "routes bouchées", en même temps que les travaux de voirie...

II. Texte :

"Manifestations : comment éviter les bouchons."

Ouest-France titrait ça à la une, l'autre jour, sur les affichettes que l'on voit sur le devant des buralistes. Ils semblent en être fiers à Ouest-France. Et tout le monde passe devant, personne n'y fait trop attention, en tous cas, personne n'est choqué.

Peut-être n'a-t-on pas pris le temps de réfléchir à tout ce que ça signifiait. Peut-être faut-il tout reprendre à zéro.

Une manifestation, c'est des personnes qui se réunissent. Bien, c'est un bon début. Mais ils ne se réunissent pas pour faire la fête, ni pour réparer la chaussée. Ils se réunissent car ils ont un message à véhiculer, des revendications à scander, des informations à diffuser, des exigences à porter. Une manifestation porte en elle un message politique qu'elle souhaite faire connaître aux gens de l'extérieur. Non seulement une manifestation est quelque chose de symbolique, mais quelque chose qui vise à rendre public le message qu'elle porte, à le faire entendre au reste de la population. Donc si des gens manifestent, c'est d'abord parce qu'ils ont quelque chose à dire, et ensuite parce qu'ils estiment qu'ils ne sont pas assez entendus.

Voilà qui devrait faire la joie des médias, si ceux-ci jouaient encore leur rôle. Tout d'abord, ils ont en face d'eux des gens porteurs d'un message, des gens prêts à diffuser largement une information, sur leurs conditions de travail, sur une nouvelle réforme qui passe, ou sur un autre sujet. Mais plus encore, ils ont face à eux des gens qui estiment que le travail journalistique d'information est mal fait (sans quoi ils n'auraient pas besoin de manifester) et qui demandent qu'on le fasse. Ainsi, non seulement on leur mâche le boulot en leur fournissant le sujet politique et les informations, mais on ne demande qu'une chose aux journalistes, c'est qu'ils piochent allègrement dans le travail d'information que l'on a fourni, car la seule chose qui compte pour nous c'est qu'elle soit diffusée.

Mais il faut croire que parler de politique, c'est ringard pour les journalistes de Ouest-France. Prendre un mouvement social par ses revendications, ça risquerait de fâcher et faire perdre des lecteurs. Parler d'un projet de loi, c'est trop compliqué pour les lecteurs. Et, puisque ça ne les concerne pas, ça ne les intéressera pas. D'ailleurs, si ça les avait intéressé, ils seraient allés manifester. "Quoi, comment ça, pour aller manifester, il faut d'abord être informé de la manifestation ? Mais vous ne croyez tout de même pas que c'est le travail d'un journaliste que de faire de l'information ?!"

Bref, il vaut mieux parler d'une manifestation comme d'un désagrément passager, au même titre que les travaux de voirie et les contrôles radars. Là, au moins, on est certain de faire de l'information utile pour le consomm... pardon, le citoyen.

J'imagine un enfant biberonné au Ouest-France, tombant par hasard sur une manifestation dont les brillantissimes recherches du journal ne sont pas parvenues à le protéger. Il découvrira alors avec stupeur que les manifestants sont des gens comme lui. Tiens, et ils ont même des pancartes, et ils disent des choses.

- "Qu'est-ce qu'ils disent maman ?"

- "Ne les écoute pas, ils parlent de politique, c'est obscène"

Il réalisera peut-être qu'une manifestation, ce n'est pas une réunion impromptue de personnes en mal de relations sociales, mais que les gens se réunissent pour une raison. Mais ça, ce n'est pas avec Ouest-France qu'il l'apprendra.

Après les frasques de la politique-spectacle, décrite par d'autres avec brio, on tombe ici dans la politique-anecdote. La politique qu'on contourne en tournant au feu à droite 100m plus tôt que d'habitude. La politique qui dérange un peu parce qu'elle fait du bruit et qu'elle bloque la route, mais surtout pas la politique porteuse d'un message. Alors, d'une vision d'ensemble de la société, vous n'y pensez encore moins !

Et le pire, c'est que personne ne s'en émeut. Tout le monde trouve ça normal de voir la politique ainsi vidée de son essence pour être rabaissée au même rang qu'une route bouchée pour raisons d'innondations ou de fortes chutes de neige. On est presque content de savoir quand une route sera bouchée pour pouvoir faire le détour, parce que "quand-même, c'est bien pratique, on peut prévoir avant".

Un jour, chaque ville disposera d'un terrain vague, un peu à l'écart, pour que les mécontents puissent y manifester autant qu'ils le veulent sans déranger personne. Ouest-France pourra affréter des cars pour que les militants puissent se rendre jusqu'à ce terrain vague. Et tout le monde trouvera ça bien pratique.

III. Après-texte : Ce qui n'était pas dit dans ce qui est dit

Au delà de l'anecdote sur Ouest-France et les manifestations, c'est la transformation de la manière dont est perçue la politique qui est en cause. D'un projet de société fondé sur un certain nombre de valeurs et une démarche collective, dont on discute avec d'autres, et que l'on essaie de mettre en pratique, on passe à un évènement parmi d'autres, susceptible lui aussi d'être agréable ou désagréable pour celui qui le vit individuellement. On ne juge plus un fait politique parce qu'il se fonde sur des valeurs que l'on cautionne, parce que son application se traduirait par une société que l'on jugerait plus juste, désormais on le juge pour l'agrément ou le désagrément immédiat qu'il nous procure. "Je suis contre les grèves car elles me nuisent en tant qu'usager", "Je voterai pour tel candidat parce qu'il a promis tel avantage pour les gens de ma catégorie" Mais est-ce qu'il propose une société juste ? "Ça, je m'en fous !".

On ne se demande même plus "vais-je voter pour une société de l'individuel ou bien une société du collectif ?", car on ne vote même plus pour une société, mais seulement pour son intérêt propre d'individu. L'individualisme (la droite) a triomphé en politique, car il s'est insinué non plus dans le contenu du vote, mais dans sa démarche même. Et, puisque désormais les individus vote pour des motifs individuels, nul doute qu'ils voteront du coté de ceux qui orientent le plus leur discours vers l'individu...

Et la gauche qui croit aux élections est obligée de s'adapter à cette nouvelle conception du politique. Elle doit transformer son message : plutôt qu'un modèle de société, elle doit se mettre elle aussi à proposer des avantages individuels directs. C'est ainsi qu'elle en vient à se couper d'une partie de son électorat traditionnel : ceux à qui le vote à gauche n'est pas susceptible d'apporter d'avantages individuels directs, mais pour lesquels il correspond à leurs convictions. Par exemple, les gens bénéficiant d'un fort taux d'éducation, et gagnant beaucoup, qui paieront plus d'impôts sous un gouvernement de gauche, mais qui défendent l'impôt au nom d'une vision collectiviste de la société. Dès lors que la gauche se coupe de cette vision collectiviste pour se vendre comme un banal prestataire de services politiques, ils n'ont plus d'intérêt à voter pour elle. D'autres concurrents offrent des services plus rentables...

Ce renversement des valeurs était patent pendant la campagne présidentielle de 2007, notamment à travers ce slogan de Ségolène Royal qui m'a choqué : "Plus juste, la France sera plus forte". Ainsi, une France juste n'est plus le but que se donne Ségolène Royal, mais uniquement un moyen pour maintenir la suprématie de la France. "Votez à gauche, c'est elle qui garantit le mieux le maintien de vos privilèges !" Et moi qui croyais que la gauche, c'était l'abolition des privilèges ? Ce slogan peut être critiqué sous plusieurs aspects, notamment par le fait qu'il témoigne d'une idéologie compétitiviste dont on se demande comment elle peut s'accommoder d'une quelconque "justice" : la France doit être juste en interne, pour pouvoir écraser les autres en externe ? Mais surtout, ce que l'on voit, c'est que ce sur quoi la gauche a désormais axé sa campagne, c'est les avantages stratégiques qu'elle prétend proposer, alors que les questions de justice sociale qu'elle devrait mettre au tout premier plan sont reléguées au rang de moyen pour acquérir ces avantages. Puisqu'elle ne croit plus pouvoir nous proposer la justice pour elle-même, la gauche tente de nous la refourguer par la petite porte, comme un bon moyen de garder notre niveau de vie. Et si l'on parvenait à démontrer à Royal que c'est l'injustice qui favorise le maintien de nos privilèges ? Étant donné que ce maintien est devenu prioritaire sur la justice, c'est sans scrupules qu'elle devrait abandonner la justice.

Finalement, le vrai problème tient dans ce renversement des valeurs que l'on attribue à la politique, dans le fait qu'aujourd'hui elle ne soit plus considérée comme un projet global pour une société plus juste, mais comme un évènement parmi d'autres, susceptible d'être agréable ou désagréable. Les médias ou le discours actuel du PS ne sont pas responsables de cet état de fait, ils ne font que traduire une évolution des mentalités. Ce contre quoi il faut lutter, c'est justement cette évolution sournoise et insidieuse : la consumérisation de la politique. Tentons d'abord de comprendre les processus qui mènent à cette consumérisation de la politique, et luttons pour sa repolitisation.

Un bon point de départ pour comprendre : le documentaire "Century of the Self" (en anglais), d'Adam Curtis, et notamment son quatrième volet.

Un bon point de départ pour lutter : une dénonciation véhémente de toute la dépolitisation de la politique menée par le PS et par les "syndicats représentatifs", en rappelant que si l'on doit voter pour quelqu'un, ce n'est pas pour les services qu'en tant que prestataire il nous rendra à nous clients, mais pour les valeurs qu'en tant qu'élu il incarnera en notre nom de citoyens.

10/03/2008

De quelle (dé)croissance parle-t-on ?

Un des malentendus fondamentaux dans le débat entre croissance et décroissance consiste dans la nature de ce que l'on voudrait voir croître ou décroître. Dès que l'on confond la définition que les économistes donnent de la croissance avec n'importe quelle autre définition fantaisiste qu'on veut bien lui donner, alors il est facile de faire passer les objecteurs de croissance pour des passéistes. "Vous voulez la décroissance de la qualité de vie, de l'éducation, de la santé, etc." peut-on entendre à l'égard des objecteurs de croissance. D'un autre coté, ceux-ci ne sont bien souvent pas capables de préciser de quelle décroissance ils parlent. C'est pourquoi il peut être utile de s'arrêter un peu plus précisément sur ce à quoi correspond la fameuse "croissance économique" dont les médias nous parlent à longueur de journée, mais qu'on ne définit jamais véritablement.

Pour mesurer le taux de croissance d'une société, on mesure l'augmentation de son PIB (produit intérieur brut), qui correspond principalement à ce qui est produit par l'industrie de cette société. Pour obtenir le PIB, on mesure la valeur ajoutée des entreprises de la société étudiée, et on y ajoute son solde commercial.

Ceci pose deux problèmes :

  • Premièrement, en ne mesurant que la production des entreprises, on occulte un certain nombre de données, comme tout ce qui est créé dans le cadre d'un ménage, des associations, bref, ce que l'on appelle "l'économie informelle". Selon la boutade d'Alfred Sauvy, il suffit de se marier avec sa cuisinière pour faire baisser le PIB.

Or justement, ce que promeut le mouvement de la décroissance, c'est d'augmenter la part de ce qui provient de ce type d'économie informelle, au détriment des produits de l'industrie classique. On trouve dans les milieux décroissantistes des appels pour court-circuiter l'économie traditionnelle, jugée inhumaine, au profit de solutions alternatives : produire soi-même ce que l'on peut, développer les relations d'aides et de services mutuels dans un cadre informel (une manière de comprendre le terme "convivialité"), ou dans un cadre formel (les SEL, ou "systèmes d'échanges locaux" voir aussi sur wikipedia),...

Bref, on voit qu'il est possible d'appeler à une décroissance des échanges commerciaux classiques sans pour autant que cela rime forcément avec austérité, frugalité et ascétisme. Ne plus acheter de crêpes dégueulasses dans des emballages plastiques en grands surfaces, ça fait baisser le taux de croissance du PIB, mais ça n'empêche pas de manger quand-même des crêpes, par exemple celles qu'on fait soi-même avec les oeufs de ses poules, le lait du voisin, et de la farine achetée directement au producteur sur le marché.

Le mouvement de la décroissance en appelle finalement plus à modifier la structure des échanges économiques qu'à renoncer à ce que l'on obtient par ces échanges. Manger des crêpes qu'on a faites soi-même plutôt que celles en plastique : si c'est ça la privation, alors je veux bien me priver plus souvent !

Si la décroissance appelle effectivement à un certain renoncement, celui-ci ne survient qu'après coup : c'est une fois que l'on a quitté le système standard des échanges marchands que l'on réalise l'inanité de certains achats que l'on faisait au sein de ce système. Autrement dit, lorsqu'on passe sa journée à discuter avec d'autres personnes plutôt qu'à se promener dans un supermarché et à être bombardé par la publicité, on sent subitement moins le besoin d'acheter le dernier baladeur mp3 qui vient de sortir.

Pour cet apport de l'économie informelle, on peut le Le Chômage Créateur et Le Travail Fantôme d'Ivan Illich (ces ouvrages se trouvent dans le tome II de ses oeuvres complètes, Fayard 2004).

  • Deuxièmement, en ne mesurant que ce qui est produit par l'industrie, le PIB ne rend pas compte de la totalité du cadre de vie des individus, notamment parce que celui-ci est aussi déterminé par des contraintes naturelles. Ainsi, un cataclysme naturel engendrera une croissance du PIB, puisqu'il conduira à produire plus pour la reconstruction, mais ce n'est pas parce que le cataclysme a fait augmenter le PIB qu'il a rendu les gens plus heureux. Sans parler de la question de savoir si le bonheur se trouve ou pas dans le confort matériel, on constate que le cataclysme aura fait baisser le confort des individus, alors qu'il aura fait augmenter la "croissance". Sur ce point, voir le Sophisme de la vitre cassée (1850) de Frédéric Bastiat (cf. le texte sur wikisource). Le PIB a ceci de frauduleux qu'il ne prend en compte dans son évaluation que les biens qui auront été produits pour reconstruire ce que la tempête a détruit, mais pas ceux qui auront été détruits par la tempête !

Ce second point est aujourd'hui crucial lorsqu'il est appliqué au contexte écologique. En effet, une destruction du contexte écologique génère une croissance économique du PIB, puisqu'il faut reconstruire artificiellement ce que nous avons détruit. Pour autant, cela ne signifie pas, au contraire, une augmentation du niveau de vie. Dans la problématique actuelle de la situation écologique, le contexte est un peu différent de celui de la vitre cassée ou du cataclysme : le cadre de vie n'est pas détruit par accident, c'est l'industrie qui le détruit elle-même pour pouvoir générer du profit sur sa reconstruction.

C'est ainsi qu'il existe aujourd'hui toute une industrie dont le fonds de commerce est justement la destruction de l'environnement et sa reconstruction : c'est le développement durable. Prenons l'exemple de la dépollution de l'eau. Il existe aujourd'hui des entreprises qui se prétendent écologiques car elles dépolluent l'eau. Nul doute qu'elles rendent ainsi un service, et qu'elles améliorent l'environnement. Mais ce que l'on oublie de préciser, c'est que la condition pour qu'elles puissent faire du profit, c'est que l'eau soit polluée. Elles n'ont donc aucun intérêt à la réduction de la pollution à sa source, car celle-ci détruirait son fonds de commerce. Or, puisque les entreprises qui dépolluent l'eau (Veolia notamment) sont grandes et influentes, elles ont les moyens d'exercer quotidiennement des pressions, sur les collectivités territoriales notamment, pour que l'eau continue d'être polluée, et pour pouvoir ainsi continuer à faire du lucre en la dépolluant. Alors, la dépollution de l'eau est-elle vraiment écologique, ou n'est-elle qu'un business qui entretient la pollution pour pouvoir continuer à dépolluer ? Il serait sûrement plus judicieux d'envisager le problème sous l'angle de la réduction de la pollution à sa source, c'est à dire une décroissance des activités qui polluent...

 

Ainsi, à partir de ces éclaircissements sur le PIB, nous avons levé deux contresens qui pesaient sur le débat entre croissance et décroissance. Premièrement, puisque le PIB ne mesure que l'économie industrielle, il est faux de dire qu'une décroissance du PIB correspond à une décroissance de toute création de valeur, il vaut mieux dire qu'elle tend à créer de la valeur par d'autres voies que celle des échanges commerciaux traditionnels. En ce sens elle n'est nullement une privation. Deuxièmement, puisque le PIB ne mesure que ce qui est produit par une industrie, et non la qualité du cadre de vie, il est faux de dire que la croissance du PIB correspond à l'amélioration du cadre de vie. Au contraire, elle repose aujourd'hui dans une certaine mesure sur sa destruction.

05/03/2008

Kantren war ar rouedad e brezhoneg

Ar roll-mañ am eus savet evit ur gazetenn-studierien e brezhoneg, anvet kazh Etien. Met dre ma c'hell serivj da dud all eget d'ar studierien a lenno ar gazetenn e adlakan anezhi amañ. 

Dre ma'z eo internet ur media distag ouzh ur galloud kreizennet e c'hell raktresoù hiniennel difoupañ kalz aesetoc'h er metou-mañ, hag ur chañs eo kement-mañ evit ar yezhoù gwasket. Gwelomp un nebeud lec'hiennoù a gaver e brezhoneg, a c'hell bezañ dedennus evit ar studierien. N'emaint ket holl renablet amañ evel-just, met peadra a zo dija da gouestlañ amzer...

Renabliñ ha strollañ lec'hiennoù :

E-touez al lec'hiennoù dedennusañ e kaver ar re a sav ur roll ouzh al lec'hiennoù all hag a aoz anezho diouzh an danvez :

  • Web ar Vro (http://dom.capanna.free.fr/wav/) : Ur roll, savet brav, ouzh lec'hiennoù dedennus a zo da gaout e brezhoneg.
  • DMOZ (http://www.dmoz.org/World/Brezhoneg/) : Ur roll a c'hell bezañ klokaet gant n'eus forzh piv, diouzh doare hag e-barzh tro-spered Wikipedia.
  • Bzh5 (http://www.bzh5.com) : Ne stroll ket an holl lec'hiennoù a zo e brezhoneg, met hepken ar re a vez savet gant skipailh STUR, met kalzik a zo memes tra !

Sevel traoù war internet e brezhoneg :

M'en deus internet servijet da dud all da sevel traoù e c'hell ivez servijout deoc'h-c'hwi :

  • Wikipedia (http://br.wikipedia.org/) : Hollvrudet eo bremañ ar c'helc'hgeriadur-mañ, met ar pezh ne oar ket an holl eo ez eo klok-mat ar rann e brezhoneg.
  • SPIP (http://www.spip.net/) : Ur meziant evit sevel lec'hiennoù en un doare aes eo. Troet eo bet e brezhoneg met n'eo ket bet implijet kement-se, daoust da se e c'heller ober kalzik traoù gantañ, ha n'eo ket diaes da vestroniañ. Graet eo kentoc'h evit lec'hiennoù gant pennadoù, un destenn, ...
  • phpBB (http://www.phpbb.com/languages/) : Ur meziant evit sevel foromoù eo. Troet eo bet e brezhoneg ivez, ar pezh a ro tro da sevel foromoù e brezhoneg.
  • NireBlog (http://nireblog.com/br) : Ul lec'hienn blogoù eo, ha troet eo bet ivez e brezhoneg. Ouzhpenn sevel ur blog e brezhoneg e c'hellit ivez lenn an holl re a zo bodet eno.

Kavout traoù dedennus e brezhoneg :

  • Korvigelloù an Drouizig (KAD) (http://www.drouizig.org) : War al lec'hienn-mañ e c'heller pellgargañ kalz meziantoù, an holl anezho o vezañ... e brezhoneg ! Meziantoù frank (dindan meneg GNU GPL) int peurliesañ, lod anezhe o vezañ brudet (Firefox, OpenOffice, ...). Kavout a reer ivez ur reizhskriver brezhoneg, a c'hell servijout evit al labour Skol-Veur... Ur forom a zo ivez war al lec'hienn-mañ, diwar-benn bet an urzhiataerezhioù e brezhoneg.
  • Ubuntu (http://meskach.free.fr/arbo/Ubuntu-br/ubuntu-br.html) : Ur pezh-mell raktres eo troidigezh ubuntu (un dasparzh aes da implijout ouzh linux) e brezhoneg. Pa vo echu e vo posupl kaout pep tra e brezhoneg war un urzhiataerezh. Evit ar poent e seblant eo aet da get an droidigezh ouzh internet, met distreiñ a raio emichañs...
  • Klask (http://www.klask.com/) : Ul lec'hienn bet savet gant STUR, e-lec'h ma c'heller prenañ, war internet, kalzik traoù liammet ouzh ar sevenadur hag ar brezhoneg.

Labourat :

A-wechoù e vez dav d'ur studier labourat, zoken pa vez studier war ar brezhoneg...

  • Bank-termenoù an Ofis (http://www.ofis-bzh.org/bzh/ressources_linguistiques/inde...) : Hervez an Ofis, n'eo ket ur geriadur, met kentoc'h ur roll ouzh ar gerioù a zo bet aliet o implij gant an Ofis. Met dre m'eo ledan tachenn-oberiantizoù an Ofis e c'hell a-benn ar fin bezañ implijet evel ur geriadur, hag an hini glokañ eo a zo war ar rouedad. Evit kaout an anv ofisiel war dachennoù arbennikaet eo mat-tre.
  • Geriadur.com (http://www.geriadur.com/) : Brav eo ar raktres : sevel ur geriadur e brezhoneg war internet, o vodañ disoc'hoù kalzik geriadurioù paper. Siwazh n'eo ket gwall glok evit poent, met pa vo aet ar raktres da benn e vo ur benveg a-bouez evit ar vrezhonegerien.
  • Geriadur Preder (http://www.preder.net/klask) : Gant Preder ez eus bet lakaet war internet ar pezh a zo e-barzh o c'heriadurioù paper. Evel ar re baper neuze e vo kalzik geriaoueg diaes da gompren, arbennik ha teknikel, met ur benveg talvoudus eo memes tra e degouezhioù 'zo.
  • Geriadur Favereau (http://www.agencebretagnepresse.com/dico/dico.cgi) : Geriadur hollvrudet an aotrou Favereau a gaver ivez war internet.
  • Lec'hienn Yann Gerven (http://www.geocities.com/yann_gerven/) : Skridoù lennegel ha yezhoniezh e brezhoneg da bellgargañ
  • Geriaoueg an Internet (http://www.breizh.net/galleg/mahtmlg.php) : Traoù dedennus all a gaver war breizh.net

Flapiñ hag eskemm :

  • Foromoù Kervarker (http://www.kervarker.org/modules.php?name=Forums) : "tad-kozh" al lec'hiennoù e brezhoneg eo Kervarker, unan eus ar re gentañ o vezañ bet savet e brezhoneg, pa oa c'hoazh diaes d'an holl sevel traoù e brezhoneg war internet. Traoù diwar-benn ar yezh hag al lennegezh a vez kavet warnañ, met brudet eo dreist-holl evit e foromoù, e-lec'h ma vez eskemmoù lies diwar-benn Breizh, ar brezhoneg, politikerezhioù-yezh, ...
  • Foromoù Flap (http://www.flap.ift.cx) : Ur forom evit kaozeal e brezhoneg eo, met ket diwar-benn Breizh, nag ar brezhoneg ! Lies eo an danvezioù a gaver eno (levrioù, sonerezh, sinema, ...), troet eo kalzik war kaozeadennoù politikel hag o tennañ ouzh an endro. Kalzik sinadegoù a vez kavet ivez el liammoù.
  • Foromoù Skriv ha Diskriv (http://brezhoneg.myrealboard.com) : Ur forom e-lec'h ma vez kaoz, e brezhoneg met ket hepken, ouzh Breizh hag ar brezhoneg dreist-holl.
  • Forom ai'ta ! (http://aitabriezh.aceboard.fr/) : Ur forom stag ouzh lec'hienn ar strollad Ai'ta! eo, kaozeadennoù diwar-benn ai'ta a zo neuze evel-just, met ivez reoù all diwar-benn ar brezhoneg, ha yezhoù gwasket.

Mediaoù e brezhoneg :

  • Bremaik (http://bremaik.free.fr/) : Bep sizhun e c'hellit kavout pennadoù berr diwar-benn ar c'heleier : politikerezh, endro, dudioù, ...
  • Diwan Breizh (http://www.diwanbreizh.org/) : Dedennus eo lec'hienn ar skolioù Diwan, zoken evit ar re n'o deus liamm ebet gant Diwan, dre ma kaver alies pennadoù keleier dedennus warnañ tro-dro d'ar brezhoneg.
  • Rezore (http://rezore.blogspirit.com/) : Brudet a-walc'h eo ar blog-mañ, keleier divyezhek a gaver warnañ.
  • Blog Bedig (http://bedig.nireblog.com/) : Blog un den a ro a-wechoù keleier berr-ha-berr diwar-benn ar pezh a c'hoarvez.
  • Kaouenn  (http://www.kaouenn.net/) : ur raktres brav eo hini Kaouenn : war al lec'hienn-mañ e c'hell n'eus forzh piv lakaat sonerezh pe filmoù, savet gantañ da skouer, a c'hello neuze bezañ gwelet ha klevet gant an holl. Dedennus eo neuze koulz evit ar re o deus traoù da skignañ hag ar re o deus c'hoant da welet  hepken.
  • Gwagenn.tv (http://blog.gwagenn.tv/) : Aze e c'hller kavout filmigoù ha pennadoù plijus o tennañ d'ar re yaouank.
  • Setu (http://setubzh.blogspot.com/) : Aze e c'heller kavout filmigoù fentus e brezhoneg.
  • Reveulzin (http://reveulzin.c.la/) : Lec'hienn ar fanzine anvet memes mod.
  • Blogoù e brezhoneg : Kalzik blogoù a zo e brezhoneg. Ouzhpenn ar re a gaver war nireblog e c'heller kavout ul listenn war web ar vro : (http://dom.capanna.free.fr/wav/blogou.php)

Traoù all :

03/03/2008

Prosez Kokopelli

Ha klevet ho peus komz ouzh "afer Kokopelli" ? N'eo ket sur tamm ebet, n'eus ket bet kaoz outi er mediaoù pennañ. Koulskoude eo un darvoud a-bouez e-keñver an endro, ha diskouez a ra mat an dislavar a zo etre komzoù ar bolitikourien war an danvez diouzh un tu, hag ar pezh a c'hoarvez e gwirionez diouzh an tu all, pa vez embregerezhioù bras e-barzh ar jeu.

Kokopelli hag he stourm evit liesseurted an hedoù

Da gentañ, petra eo Kokopelli ? Ur gevredigezh eo. He fal a zo derc'hel liesseurted ar spesadoù plant. A-bouez eo derc'hel liesseurted ar plant, evit abegoù lies. Unan eus ar re pennañ a denn ouzh ar c'hleñvedoù : kalz nebeutoc'h a chañsoù he deus ur c'hleñved d'en em ledañ pa vez lies ar spesadoù eget pa vez ar memes hini e pep lec'h, dre ma ne vez ket gwan ar spesadoù disheñvel war ar memes tachenn, hag o deus doareoù disheñvel d'en em zifenn. Abegoù all a zo da zerc'hel ouzh liesseurted ar boudoù bev, a zo anat a-walc'h, a zo liammet ouzh pinvidigezh ar glad.  Daoust da se e vez gwallgaset hounezh gant an hentennoù labour-douar a-vremañ a implij nebeut-kenañ a spesadoù disheñvel. Miret e vez hedoù ouzh ar plant na vezont ket implijet ken, e-barzh "bankoù-hedoù", met koll a ra ar re-se o frouezuster ma ne vezont ket plantet en douar. Setu perak he deus divizet Kokopelli gwerzhañ, d'ur priz an izelañ ar gwellañ, hedoù ouzh plant ral, pe reoù "mod kozh".

Koustus eo stourm evit an Endro...

Labour Kokopelli n'en deus ket plijet d'an holl... Daou brosez a zo bet graet d'ar c'hevredigezh !

  • An hini gentañ a zo tont ouzh an embregerezh Baumaux, evit "kevezerezh ket leal". Gwerzhañ hedoù a ra Baumaux ivez, met kalz kêroc'h eget Kokopelli, dre ma'z eo evit gounid arc'hant, ha n'eo ket evit mirout ouzh al lieseurted ar plant. Dre se e kavont e vir Kokopelli outo da c'hounid arc'hant, dre ma c'hell an dud prenañ hedoù marc'had-mat eno. Ha barnet e vez kement-mañ gant al lezenn, dindan pennaenn ar "gevezerezh dieub ha ket direnket". Evit poent eo bet kondaonet Kokopelli, met ur galv a zo bet graet ganto.
  • An eil prosez a zo o tont ouzh strolladoù broadel a vod ar werzherien hedoù (GNIS hag FNPSP). Rebech a reont da gKokopelli gwerzhañ hedoù ha na vezont ket kavet war ar marilh (ar roll) ofisiel. Met gant an embregerezhioù e vez dalc'het ar roll-mañ, ha dav eo paeañ 250€ evit pep spesad da ouzhpennañ. A-benn ar fin eo an embregerezhioù a werzh hedoù a zibab aotreañ pe get ar re all da werzhañ hedoù. Souezhus eo memes tra, pa ouzer emeur o komz ouzh plant, ha na vefent sañset bezañ perc'hennet gant den ebet ! Evit hennezh eo bet kollet gant Kokopelli : 20 000 € a dael-kastiz o deus bet da baeañ.

Ur prosez ispisial

N'eo ket diabeg ar prosez a zo bet graet ouzh Kokopelli. Politikel eo : interestoù an embregerezhioù bras an hini eo a vez o stourm a-enep da re an endro. Gant an holl frejoù da baeañ eo 88 000€ a vo bet kollet gant Kokopelli : peadra da lakaat ar c'hevredigezh da vervel. E-pad ar prosez ez eus bet implijet hentennoù gwall iskis : goude ar varnadenn gentañ ez eus bet graet ur galv gant Kokopelli, ha daoust da se eo bet stanket kont prezidant ar c'hevredigezh ha kemeret warnañ an arc'hant dre an nerzh : ouzhpenn bezañ un doare d'ober feuls-tre eo maez-lezenn dre ma oa ur galv. Ouzhpenn se e oa deuet tud Kokopelli ha tud a-du ganto a-benn da brouiñ e veze gwerzhet frouez ha legumaj o tont ouzh hedoù "maez-lezenn" e pep lec'h : Carrefour, Auchan, leclerc, Super U, Saveol, ha zoken... Baumaux ! Kondaonet eo bet Kokopelli, met ket an embregerezhioù all.

Pa'z eus bet klevet komzoù flour da vare Grenelle an Endro diouzh un tu, e weler diouzh un tu all he deus kendalc'het ar Stad da lakaat maez-lezenn darn vrasañ ouzh ar spesadoù greun, o virout un nebeud re hepken war he marilh, implijet gant an embregerezhioù, a ranker prenañ en-dro bep bloaz, hag o deus ezhomm ouzh louzoù forzh pegement.

Un arouez eo prosez Kokopelli ouzh dic'halloud ar Stad da warantiñ gwirioù an endro a-enep da interestoù an embregerezhioù meur, daoust dezhi embann ober kalz evit an endro.

Titouroù ouzhpenn :

Diwar-benn Kokopelli :

Diwar-benn Marilh an hedoù :

Diwar-benn ar prosezoù :

02/03/2008

Piv eo Monsanto ?

Alies e klever anv Monsanto, en tabut tro-dro d'ar plant OGK. Met daoust ha gouzout a reer mat piv eo ha petra 'ra ?

Un embregerezh bet krouet e 1901 eo Monsanto. Kroget eo oc'h ober sakarin, a werzhe da Coca-Cola. E 1945 e krog da sevel danvezioù evit lazhañ ar plant hag al loened. Da c'houde eo kroget da labourat war ar c'hemmoù genetikel.

E-pad brezel ar Viêt-Nam eo gant Monsanto e voe savet ar "graer orañjez", a voe skuilhet eno, hag a zegasas, betek hiziv c'hoazh, bugale da c'henel distummet, krignoù-bev, hag all. En holl e vefe bet tizhet etre 2,1 ha 4,8 million a dud.

Gant Monsanto e vez savet ar RoundUp. Kondaonet eo bet an embregerezh e 2007 e Bro-C'hall, evit lavarout gevier war he vruderezh. Kinniget e veze ar RoundUp evel ul lazher-plant doujus ouzh an endro, "a lez an douar propr".

Gant tud 'zo e vez tamallet Monsanto da brenañ greun ha n'int ket bet savet ganto, e broioù ar Su, evit ma ne chomfe mui nemet o re OGK war ar marc'had.

E bro-Kanada ez eus bet distrujet parkeier gant "polis Monsanto" : kavout a rae dezho e oa bet hadet diaotre greun bet savet ganto, a chom bev gant ar RoundUp, setu o deus skuilhet RoundUp war ar parkeier evit gwiriañ. A-benn ar fin n'eo ket chomet bev ar plant, met d'eo ket bet digollet al labourer-douar.

E Anniston, er Stadoù Unanet, e veze savet PCB en ul labouradeg gant Monsanto. Kalzik produoù kontammet a zo bet taolet en un dachenn-diskargañ al lastez, e-barzh karterioù du ar c'her. Graet eo bet kement-se betek 1971, pa anaveze Monsanto efedoù ar PCB abaoe 1937. Kalzik tud eno a zo marvet eus ur c'hrign-bev diwar se, pe bet klañv-mat. 20000 a dud o deus savet klemm, ha gounezet.

Kavet e vez Monsanto war dachenn ar bolitikerezh ivez. Un doare evito da gaout levezon war an divizoù a vez kemeret eo. Arc'hantaouiñ a reont koulzadoù an dilennadegoù, ha 4 ministr a-bouez ouzh gouarnamant Bush a zo tost ouzh Monsanto.

Emañ ul levr o vont da vezañ embannet (d'ar 6 a vez Meurzh) diwar-benn Monsanto : Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto - De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, emb. La Découverte, 370 pajenn.

01/03/2008

La critique d'un livre que je n'ai pas lu

On fait ça souvent, en philo, parler d'un livre qu'on n'a pas lu. On est forts, en philo. Aujourd'hui c'est à mon tour de parler d'un livre que je n'ai pas lu, il s'agit de Résistance et conscience bretonne 1940-1945, par Jean-Jacques Monnier. (399 pages, 20 €)

Qu'est-ce que ce livre ? C'est un livre d'histoire, écrit par un historien, qui relate tous les faits de bravoure et de résistance d'habitants de Bretagne pendant la seconde guerre mondiale. Du point de vue historique, il est sûrement très bien fait, mais je ne sais pas, je ne l'ai pas lu. Et je trouve toujours intéressant les livres d'histoire, je n'ai rien contre ceux qui parlent de la seconde guerre mondiale.

Alors, qu'est-ce que j'ai contre ce livre ? Pour y répondre, je vais déjà vous expliquer ce que l'on entend en faveur de ce livre, mais avant cela, il faut parler de ce à quoi il entend s'opposer : une autre approche historique de la Bretagne pendant la seconde guerre mondiale.

Vous pouvez aussi lire un texte en faveur de ce livre, et un (long) texte contre, écrits par des gens qui l'ont lu, et qui en critiquent le contenu.

Suite à quelques commentaires, il faut que je précise deux ou trois choses : le "texte en faveur du livre" a été écrit par l'éditeur du livre, il est donc susceptible de représenter plus les intérêts mercantiles de celui-ci que l'avis du "mouvement breton" en général. La présentation élogieuse du livre n'est donc pas forcément écrite par des militants, mais par l'éditeur pour faire vendre. De plus, "le livre de .: Monnier tend justement a prouver que les Bretons ou le mouvment nationalsite n´ont ni collaboré, ni résisté plus que les autres. Simplement, comme dans toute mouvance plus politisée que la moyenne, plus de gens se sont engagés d´un coté ou de l´autre, mais dans les mêmes proportions." (commentaire de Kevin). En verité, certains auront bien compris que le livre en question n'est qu'un prétexte pour faire le point sur les accusations faites au régionalisme, certaines étant jugées pertinentes et d'autres non.

I: La critique du "mouvement nationaliste breton"

Il existe en Bretagne un certain nombre de personnes, dont la plus connue est Françoise Morvan, et d'autres sont moins connus (André  Markowicz, Pierrick Le Guennec, le site communautarisme.net, la Libre Pensée, le Groupe d'Information Bretagne, certains organes de la Fédération des Oeuvres Laïques, ...), qui critiquent le "mouvement nationaliste breton".

a: Qu'est-ce que le "mouvement nationaliste breton" ?

Ce terme de "mouvement nationaliste" peut avoir deux sens :

  • Dans un premier sens restreint, il désigne uniquement les nationalistes parmi tous ceux qui militent, d'une quelconque manière, pour quelque chose en rapport avec la Bretagne et sa culture. Il ne désigne alors qu'une minorité de ces militants, puisqu'il exclut d'une part la majorité qui milite exclusivement sur le versant culturel (pour des écoles, des médias, des panneaux en langue bretonne, pour la reconnaissance et la revalorisation de l'existence d'une culture spécifique) et pas sur le versant politique, et d'autre part, parmi ceux dont le militantisme est politique, ceux qui ont d'autres revendications que celle d'une "nation bretonne" (c'est en effet très compliqué chez nous, il y a bien les "nationalistes", mais aussi les "autonomistes", les "indépendantistes", les "fédéralistes", les "séparatistes", les "régionalistes", les anarchiste qui sont contre toute structure gestionnaire mais pour une autogestion à l'échelle de la Bretagne, et j'en passe). En ce premier sens, le "mouvement nationaliste breton" désigne un tout petit nombre de personnes.
  • Dans un second sens, on peut regrouper l'ensemble des militants évoqués ci-dessus sous la houlette du "mouvement nationaliste breton". C'est plutôt le sens que donnent Françoise Morvan et ses comparses à ce terme, puisque leur critique porte aussi bien sur les écoles Diwan que sur des maisons d'édition, des universitaires, et même... des nationalistes ! Pour autant, cette manière de voir est approximative et fort contestable, car elle ne tient absolument pas compte de la diversité des opinions exprimées par les différentes composantes, dont un certain nombre s'excluent mutuellement. Elle tend à unifier des choses qui ne sont pas unifiables. Est-ce par malhonnêteté ou par méconnaissance du sujet ? Difficile à dire, mais s'il y a un reproche que l'on ne peut pas faire à Françoise Morvan, c'est de ne pas connaître le mouvement qu'elle dénonce.

b: Sur quoi porte cette critique ?

La critique du "mouvement nationaliste breton" par Françoise Morvan et ses acolytes porte sur plusieurs points. Une des choses que l'on peut reprocher à ceux qui s'estiment visés par ces critiques est de diaboliser cette dame et ses idées, ainsi que les autres critiques évoquées plus haut, de rejeter tout en bloc, et de ne pas faire le tri. Comme si, lorsqu'une personne énonce des idées, elle avait soit raison sur tous les points, soit tort sur tous les points.

C'est d'autant plus dommage que Françoise Morvan et ses comparses formulent certaines critiques intéressantes : notamment sur la récupération par le marketing de l'image de marque de la Bretagne (avec une juste dénonciation de l'institut de Locarn); sur le risque que la régionalisation de certains pouvoirs, si elle est mal menée, aboutisse à une dérégulation et développe les corporatismes; sur une certaine omerta au sein du mouvement breton, etc. D'une manière générale, la plupart des critiques que font Françoise Morvan et ses amis à certaines revendications bretonnes du point de vue de l'extrême gauche me paraissent pertinentes. Ainsi, elle peut nous faire ouvrir les yeux sur le risque de tomber dans un chauvinisme abrutissant qui est plutôt l'avatar de l'extrême droite. Elle peut nous faire remarquer que la régionalisation peut être un prétexte pour une dérégularisation massive des services publics, ou que sous prétexte de défendre une "culture bretonne", certains ne font en fait qu'entretenir un folklorisme qui ne sert que leurs intérêts pécuniaires, et sûrement pas notre image.

Ce sont des critiques que les défenseurs qui se veulent crédibles de la culture bretonne ne devraient pas laisser de coté : on ne peut pas se le permettre. Nous devons nous poser ces questions, et y trouver une réponse ne signifie pas condamner toute tentative pour sauver notre culture, mais tenter d'éviter l'instrumentalisation de ce sauvetage par la droite. Bref, lorsque certaines de ces critiques sont pertinentes, c'est dommage que le "mouvement breton" y fasse la sourde oreille.

En général, ces critiques ne sont que l'application au niveau local de questions beaucoup plus générales. Par exemple, l'opposition à l'Europe des Régions est un des chevaux de bataille du trotskisme, qui tente de défendre un État fort. Elle ne sort pas de nulle part, mais des principes défendus par les trotskistes. C'est pourquoi on ne peut pas comprendre la question du l'Europe des Régions vraiment bien si on ne la met pas d'abord en rapport avec la question suivante, plus générale et abstraite, mais aussi plus intéressante : "quel rôle doit-on attribuer à l'État ?". On tombe ici en plein dans le débat entre sa critique par les libertaires et sa défense (provisoire, jusqu'à l'avènement du socialisme), par les trotskistes. Ce débat de fond est, la plupart du temps, occulté, d'un coté comme de l'autre, et c'est bien dommage car alors on ne fait que pinailler tout en restant à la surface.

Le critiques qui concernent certains dysfonctionnements du milieu culturel, si elles sont vraies, sont présentées comme une particularité de la Bretagne, afin de la diaboliser, alors que si on réfléchit un peu, on se rend compte qu'ils existent un peu partout. Attention, je ne dis pas qu'il faille excuser le clientélisme et l'entrisme universitaire, le lobbying éditorial, l'omerta sur certains points qui fâchent, et autres, lorsqu'ils se présentent en Bretagne, sous prétexte qu'on les trouve aussi ailleurs. Ce que je dis, ce que ce sont ces processus-là qu'il faut blâmer, et pas la Bretagne à leur place, elle n'a rien à voir là-dedans, elle n'est qu'un des endroits où ils se manifestent. On peut vouloir lutter contre eux, y compris et surtout localement, mais on ne peut pas s'en servir pour blâmer le mouvement culturel breton.

Parmi ces critiques, celle qui nous intéresse aujourd'hui est la suivante : le "mouvement nationaliste breton" serait à tout jamais entaché du nazisme, de racisme, et d'antisémitisme, pour s'être corrompu dans des pratiques et des discours plus que douteux pendant la seconde guerre mondiale et avant. L'idée avancée par Françoise Morvan et les groupes mentionnés plus haut est que ceci n'est pas un hasard, puisque ce mouvement nationaliste repose sur des bases idéologiques xénophobes, antisémites, etc. Vouloir sauver sa culture, ce serait vouloir rejeter celle des autres. De plus, même si aujourd'hui la guerre est finie, le "mouvement nationaliste breton" serait toujours resté plus ou moins suspect.

II: Un livre présenté comme une réponse

Un des défauts de ce "mouvement breton" visé est de rejeter bêtement ces critiques en bloc, sans tenter d'y répondre, de les trier, voire parfois de les comprendre. Les militants visés par Françoise Morvan et consorts se contentent de les insulter, sans essayer de démonter leur argumentation. C'est bien dommage. Je pense qu'une critique sérieuse et respectueuse des arguments de ces groupes aurait beaucoup plus de portée qu'une benjaminmallaussènisation maladive et frénétique. On pourrait notamment faire le tri entre les arguments pertinents et ceux qui ne le sont pas, écarter les seconds pour se concentrer de manière constructive sur les premiers.

C'est d'autant plus dommage que, si l'on regarde de près certaines de ces critiques, et qu'on voit qu'elles consistent souvent à condamner l'ensemble d'un mouvement à partir des imbécillités d'une de ses minorités, alors on se rend compte que cette critique n'est en fait pertinente que pour une infime partie du "mouvement breton", celle-là-même dont on se sert pour délégitimer le reste du mouvement.

Ainsi, dans le désert intellectuel du mouvement culturel breton, lorsqu'au milieu des stériles invectives surgit quelqu'ouvrage doté de tout le prestige accolé à sa crédibilité scientifique, on s'en empare sans trop regarder et le monte sur un piédestal comme le summum de la défense scientifique de nos idéaux. Il suffit que sorte un livre à propos des résistants en Bretagne pour qu'on le brandisse fièrement en disant : "voilà enfin le livre que nous attendions tous depuis longtemps! (al levr edomp holl o c'hortoz abaoe pell). Ce livre apporte la preuve que Françoise Morvan raconte des conneries !". On ne prend pas vraiment la peine de se demander si ce livre (aussi bien fait qu'il puisse être, par ailleurs), peut vraiment servir à défendre la cause des militants bretons. Comme si des faits historiques, par la vertu d'on ne sait quelle magie, pouvait effacer d'autres faits historiques. En particulier, ce qu'on ne remarque pas, c'est que si la critique qui tente d'associer le mouvement breton au nazisme ne tient pas la route, alors une réponse à cette critique dans les mêmes termes ne tiendra pas non plus la route.

III: Une réponse qui ne fait que renforcer la logique de l'attaque

Alors, quel rapport avec le fameux bouquin ? Et bien le voici : là où Françoise Morvan et autres disent "les bretons sont des nazis car il a existé des cas de collaboration durant la seconde guerre mondiale", le mouvement breton fait répondre à Jean-Jacques Monnier : "mais non, les bretons sont des héros car il a existé des cas de résistance durant la seconde guerre mondiale".

Ce que l'on constate, c'est que ni l'un ni l'autre ne tiennent debout. Dans un sens comme dans l'autre, il est absurde de vouloir tirer une conclusion générale sur l'ensemble d'une population à partir de faits isolés de quelques uns de ses membres il y a 65 ans.

Mais si l'argumentation à partir de ce livre d'histoire se contentait d'être absurde, ça ne me gênerait pas. Je dirais simplement qu'elle est aussi absurde que l'autre, et pius voilà tout. Ce qui me gêne, c'est qu'elle renforce le poids de celle de Françoise Morvan et de ses camarades. En effet, en tentant d'utiliser la même stratégie pour répondre à ses attaques, on montre implicitement qu'on considère cette stratégie comme valide, à tel point qu'on l'utilise nous-même. Ainsi, bien qu'en sens inverse, c'est toujours le même raisonnement qu'on utilise, et en montrant qu'on l'utilise, on montre surtout qu'on y adhère. Comme disait Jean Gagnepain, "on a beau changer de coté à la mi-temps, c'est toujours au même jeu qu'on joue".

IV: Cassons plutôt la logique de l'attaque

a: adsav=adsav -> emsav=adsav, ou comment jeter le bébé avec l'eau du bain

Qu'est-ce que c'est que ce titre mystérieux ? "Adsav" est le nom d'un parti d'extrême-droite breton; "emsav" désigne ce qu'on appelle le "mouvement breton", mais sous son aspect plutôt culturel. Si l'on revient sur ce titre, il veut donc dire : "à partir de l'existence d'un parti d'extrême-droite breton qui ne représente que lui-même (adsav=adsav), on déduit frauduleusement que l'ensemble du mouvement breton est d'extrême droite (emsav=adsav)"

Le terme "mouvement breton" désigne d'une manière assez floue tout un tas de personnes différentes, qui militent dans des domaines différents, avec des idées différentes. À mes yeux, est assez difficile de définir le "mouvement breton", du fait de la diversité de ceux qui le composent, de leurs idéaux, leurs revendications, etc. Du coup, il arrive souvent qu'on prenne les errements d'une partie des militants du "mouvement breton" pour jeter l'anathème sur son ensemble, mais ce n'est souvent pas très pertinent. Par exemple, il existe une "extrême droite bretonne", qui reprend les slogans de Le Pen et de Megret, en remplaçant "France" par "Bretagne". Pour autant, dire que l'ensemble du "mouvement breton" est d'extrême-droite constitue un raccourci facile, que les détracteurs du mouvement empruntent de temps en temps. Cette extrême-droite bretonne doit représenter (à mon avis, d'après ce que je vois) moins de 5% de l'ensemble de ceux qui militent pour quelque chose qui se rapporte à la Bretagne. En quoi leur existence fait-elle un raciste du parent d'élève qui milite pour que son enfant apprenne le breton à l'école, ou de celui qui réclame une télévision publique en langue bretonne ? Le seul point commun de ces des personnes en question est que les mots "Bretagne" ou "breton" se trouvent parmi leurs revendications. C'est un peu comme si je confondais "la France aux français" et "la France présidente" (d'ailleurs, j'ai clairement entendu cette confusion dans la bouche d'un membre du Parti des Travailleurs, qui attribuait (encore une fois, par ignorance ou malhonnêteté ?) le slogan "la Bretagne ax bretons" à Emgann, un parti breton d'extrême gauche...)

Si la critique de Françoise Morvan et ses amis se limite à dire "l'extrême droite bretonne est d'extrême droite", "les anciens nazis pro-Bretagne-libre sont des anciens nazis", "ceux qui militent pour libérer la Bretagne et qui sont racistes sont racistes", alors, je ne peux qu'être d'accord avec eux, et je vois mal comment quelqu'un pourrait ne pas l'être. Éventuellement, on peut s'interroger sur l'intérêt de sortir des choses aussi évidentes. En verité, dire cela, ce n'est qu'appliquer un principe de réduction en logique formelle : si l'on a un énoncé de type "a ^ b" ("a et b", où "a" et "b" sont des propositions, "^" signifie "et" en logique formelle), et que cet énoncé est vrai, alors l'énoncé "a" est vrai aussi. Ainsi, si les énoncés "X est d'extrême droite ET X est breton" ou "Mes chaussons sont marrons ET mes chaussons sont trop grands" sont vrais, alors les énoncés suivants sont vrais aussi : "X est d'extrême droite", "X est breton", "Mes chaussons sont marrons", "Mes chaussons sont trop grands". Si Françoise Morvan et autres ne nous disaient que cela, la seule critique qu'on pourrait éventuellement leur faire serait que leur discours ne vole pas haut. Malheureusement, ils ne disent pas que cela (attention, cela ne veut pas dire pour autant que leur discours vole haut !)

Évidemment, le discours de Françoise Morvan et consorts ne se limite pas aux truismes énoncés plus haut. À partir du constat qu'il existe une extrême droite au sein de ce qu'on appelle vaguement le "mouvement breton", ils ne concluent pas seulement que cette partie du "mouvement breton" est d'extrême droite, mais bien que l'ensemble de ce qu'ils regroupe sous un fantoche "mouvement nationaliste breton" l'est.

Pour comprendre à quel point ce raisonnement est non seulement absurde, mais aussi dangereux, appliquons-le non plus à la Bretagne, mais à un autre pays : l'Allemagne. Que diriez-vous, si quelqu'un venait vous dire "les allemands aujourd'hui sont tous des nazis car certains allemands hier ont mis en place la Shoah" ? Vous trouveriez cela totalement ridicule, et vous auriez bien raison. Et si quelqu'un d'autre répondait "mais non, les allemands sont tous vertueux, car certains allemands ont résisté et hébergé des juifs", vous répondriez : ce n'est pas la bonne manière de répondre, elle est tout aussi illogique que la première. De plus, elle est dangereuse : de quel droit peut-on ainsi porter un jugement sur la moralité de l'ensemble des habitants d'un territoire donné à partir des actions menées par certains, il y a 65 ans, sur ce territoire ?

Il nous vous viendrait même pas à l'idée de vous abaisser à mesurer la différence de degrés de compromission entre les allemands et les bretons, pour dire "à tel endroit, la participation populaire au génocide a été plus élevée, donc ici on est un peu moins nazis que chez eux!". On voit bien que cela ne rime à rien.

Je suppose que Françoise Morvan et ses amis répondraient au moins sur un point : ce ne sont pas les habitants de cette région qu'on nomme Bretagne qu'elle critique, mais ceux qui se revendiquent d'un certain héritage et d'une identité culturelle qu'on ne peut plus tenir aujourd'hui, si l'on connaît les agissements de ceux qui s'en sont revendiqués hier. Mais l'argument ne tient pas plus pour autant : ne pas se contenter de vivre sur le territoire allemand, mais se revendiquer de la culture germanique, et oeuvrer à sa promotion, est-ce vraiment être l'héritier du nazisme ?

Ils pourraient aussi répondre : les organisations bretonnes aujourd'hui ont été fondées par des collabos.  Je ne sais pas  quelle part de collaborateurs et de résistants on compte parmi les fondateurs des organisations bretonnes, mais de toutes façons ce n'est pas pertinent. En effet, du constat que le fondateur d'une organisation est un nazi, on ne peut pas conclure que ceux qui ont aujourd'hui des rapports avec celle-ci, ou même qui y travaillent, en sont. Sinon, il nous faut accepter que tous les ouvriers qui travaillent chez Volkswagen et chez Ford sont des nazis, et on aurait un peu de mal à accepter cela. En effet, Volkswagen, "la voiture du peuple" en allemand, a été créée par Hitler dans l'Allemagne des années 30, afin que tous les allemands puissent avoir une voiture. Et sur les rapports d'Henry Ford avec le nazisme, voir cette très bonne emission de là bas si j'y suis. De même, Demeter (un label d'agriculture biodynamique) et La Nef (banque éthique) ont été créés sur la base des principes anthroposophiques de Rudolf Steiner. Or Rudolf Steiner avait des idées plus que bizarres concernant les "races humaines" (savoir s'il était ou non raciste fait aujourd'hui débat). Faut-il pour autant condamner ceux qui, aujourd'hui, s'engagent de bonne foi dans des démarches comme celles de Demeter ou La Nef ? Sûrement pas. De même pour les organisations bretonnes : la plupart des militants sont aujourd'hui totalement ignorants des relations de cousinages, idées politiques, et couleur de chaussettes préférées de ceux qui, il y a des dizaines d'années, ont fondé l'association à laquelle ils adhèrent. Ils y vont pour les idées qu'elle véhicule aujourd'hui et pour les actions qu'elle mène.

b: le nazisme vu comme maladie contagieuse

Sans aller jusqu'à assimiler l'un à l'autre, on peut relever une proximité entre cette manière de raisonner et celle du McCarthisme ou des Khmers rouges.

Petit rappel historique : le McCarthysme est la période de "chasse aux sorcières" communistes dans les États-Unis de l'après-seconde guerre mondiale et de la guerre froide; et la politique paranoïaque des Khmers rouges est la "chasse aux sorcières" "anti-communistes" (je mets "anti-communistes" entre crochets, car être anti-Khmers-rouges au Cambodge à la fin des années 1970 n'est pas forcément être anti-communiste, puisqu'à mon avis le régime Khmer rouge n'avait pas grand chose à voir avec le régime communiste décrit par Marx) au Cambodge à la fin des années 1970; elle a abouti à un massacre atroce fondé uniquement sur des suspicions non vérifiées et des dénonciations obtenues sous la torture (on dénonçait alors n'importe qui pour faire cesser les coups). Ces deux moments historiques reposaient sur une même manière de voir l'idéologie ennemie : quiconque avait approché, de près ou de loin, un communiste (dans la logique McCarthyste, rajoutez "anti" pour les Khmers rouges), avait été contaminé par le virus du communisme et représentait donc une menace pour la sécurité nationale. Ainsi, si vous aviez des communistes dans votre famille, parmi vos amis, vos collègues de travail, vous étiez soupçonné de communisme.

Ici, c'est pareil : si vous avez fondé une école avec quelqu'un qui a écrit des articles dans le même journal que quelqu'un qui a travaillé pour une radio financée par les allemands durant l'occupation, alors vous êtes un nazi. (Malheureusement, je n'extrapole pas ici le raisonnement de Françoise Morvan et ses amis)

À ce sujet, désolé de vous décevoir, mais j'ai moi-même été infecté par le nazisme, puisque ma mère a une amie qui connaît quelqu'un qui soigne Yann Fouere durant ses vieux jours.

c: dénoncer ses ennemis comme étant des nazis, procédé facile et inique

Connaissez vous le point Godwin ? C'est un loi qui régit la vie des forums sur internet : lorsque l'on arrive au moment où, à court d'arguments solides, un membre d'un forum finit par en traiter un autre de nazi, alors on a atteint le point Godwin, point irrémédiable de la discussion. C'est alors le signe que la discussion est tombée dans les pires tréfonds de la calomnie et de l'ignominie, et qu'elle ne pourra continuer que dans la mauvaise foi ou s'aggraver. On point de non-retour a été atteint par celui qui était dans un cul-de-sac.

On attribue alors un point Godwin à celui qui a accusé les autres de nazisme, et on le déclare perdant.

Ailleurs que sur les forums internet, s'auto-déclarer perdant en accusant de nazisme son adversaire est une pratique courante de ceux qui manquent de vrais arguments, Françoise Morvan ne fait donc pas exception à la règle. Ainsi, le suprême Bernard-Henry Lévy a-t-il souvent recours à ce procédé. De même, lorsqu'un intellectuel commence à devenir trop dérangeant, il suffit de l'accuser de nazisme, ou simplement d'antisémitisme ou de révisionnisme (hein, faut pas pousser !), et le tour est joué. On a vu ce genre de pratiques à l'oeuvre contre Bourdieu, Badiou, et même Edgar Morin ou Chomsky ! (c'est d'autant plus drôle (si l'on veut) pour ces derniers qu'ils sont leux-même juifs...).

Mais est-ce vraiment sérieux, honnête, intègre ? En accusant n'importe qui d'être un nazi, on ne fait que banaliser le pire. On en fait alors en fait le jeu, en utilisant à tort et à travers cet évènement horrible, et la souffrance de tant de gens, simplement pour éviter d'avoir à se fatiguer à chercher des arguments. Se rend-on vraiment compte de la portée de tels actes, simplement motivés par un souci de facilité ?

V: Conclusion

Je n'ai pas lu  Résistance et conscience bretonne 1940-1945, mais j'ai lu le "Monde comme si" de Françoise Morvan, j'ai lu ses articles sur internet donnant des preuves de l'antisémitisme de tel auteur, tel groupe d'artistes. Lorsqu'elle (ou d'autres critiques du "mouvement nationaliste breton") soulevaient des critiques intéressantes et pertinentes, je les ai écoutés. Et si j'ai sous les yeux des preuves de l'antisémitisme de Drezen, je n'irai pas les nier. Mais c'est plutôt sur les conclusions à en tirer que je m'interroge. Bien, certains écrivains bretons aussi étaient antisémites. Et alors, qu'est-ce que ça prouve ? Qu'ils étaient antisémites. Et c'est tout. Ça ne veut pas dire que celui qui apprécie leur livre l'est forcément, ni que celui qui milite pour la même langue et la même culture l'est aussi.

Parfois, sur ce genre de sujets, on gagnerait un peu à prendre du recul et voir comment ça se passe ailleurs. Ailleurs, on trouverait totalement aberrant de dire que les lecteurs de Céline, de Heiddegger, voire de Carl Schmitt (et pourtant là, c'est beaucoup plus délicat) sont antisémites. C'est peut-être parce que les bretons n'arrivent pas à faire le tri dans ce que dit Françoise Morvan qu'elle s'est mise à les croire incapables de le faire avec Roparzh Hemon, Youenn Drezen, incapables d'apprécier un livre pour ses qualités littéraires sans sombrer dans le nazisme.

Rassure-toi Françoise, on n'est pas tous agregés de lettres comme toi, mais on sait faire le tri.

En verité, ce n'est pas contre  Résistance et conscience bretonne 1940-1945 que j'ai un problème. S'il se contente d'être un livre d'histoire, alors il ne me pose aucun problème. Ce qui me dérange, c'est que certains militants bretons s'en servent pour tenter de contredire Françoise Morvan, ainsi que toute la publicité qu'on en a faite au sein du milieu culturel breton. Or, en tentant de la contredire en usant de la même argumentation qu'elle, ils ne se rendent pas compte qu'ils ne font que la légitimer. Car on ne s'approprie pas une argumentation que l'on juge ridicule, on ne se l'approprie que si on lui attribue une quelconque valeur. Or, cette argumentation est ridicule, et elle ne tient pas debout. Si les militants bretons veulent contredire Françoise Morvan, qu'ils ne le fassent pas avec des méthodes aussi nulles qu'elle. La culture bretonne vaut mieux que ça.

Voilà pourquoi je pense qu'on peut critiquer un livre sans même l'avoir lu : la question n'est pas de savoir qui, historiquement, nous approtera les faits les plus précis et les plus complets, comme Françoise Morvan tente de la faire dans sa critique du livre, mais est-il vraiment légitime et pertinent d'utiliser de cette manière des données historiques pour entacher idéologiquement ceux avec qui on n'est pas d'accord politiquement ?

Voici ce que je souhaiterais pour un vrai débat entre Françoise Morvan et consorts d'une part, et le mouvement de défense de la culture bretonne d'autre part :

  • Premièrement, que les uns et les autres soient capables de faire le tri, dans les propos de leur adversaire, entre ce qu'ils peuvent accepter et ce qu'il ne le peuvent pas. Toute critique du "mouvement breton" ne doit pas être rejetée en bloc, nous avons à refléchir sur certains points.
  • Deuxièmement, que l'on mette véritablement à jour les présuppossés idéologiques qui sous-tendent la discussion : la question de l'État et de son rôle, la question de ce dont on veut faire de cette culture bretonne qu'on voudrait promouvoir, etc.
  • Troisièmement, que l'on fasse preuve d'un minimum d'honnêteté, d'intégrité (en évitant d'accuser de tous les noms ceux avec qui l'on n'est pas d'accord), et de rigueur intellectuelle (en définissant clairement l'objet dont il est question (qu'est-ce exactement que le "mouvement nationaliste breton" ?), et le rôle que l'on est en droit d'accorder aux faits historiques).

Ce n'est qu'à ces conditions qu'un débat frucuteux pourra avoir lieu.