Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Vers un culte de la personnalité ? | Page d'accueil | Piv eo Monsanto ? »

01/03/2008

La critique d'un livre que je n'ai pas lu

On fait ça souvent, en philo, parler d'un livre qu'on n'a pas lu. On est forts, en philo. Aujourd'hui c'est à mon tour de parler d'un livre que je n'ai pas lu, il s'agit de Résistance et conscience bretonne 1940-1945, par Jean-Jacques Monnier. (399 pages, 20 €)

Qu'est-ce que ce livre ? C'est un livre d'histoire, écrit par un historien, qui relate tous les faits de bravoure et de résistance d'habitants de Bretagne pendant la seconde guerre mondiale. Du point de vue historique, il est sûrement très bien fait, mais je ne sais pas, je ne l'ai pas lu. Et je trouve toujours intéressant les livres d'histoire, je n'ai rien contre ceux qui parlent de la seconde guerre mondiale.

Alors, qu'est-ce que j'ai contre ce livre ? Pour y répondre, je vais déjà vous expliquer ce que l'on entend en faveur de ce livre, mais avant cela, il faut parler de ce à quoi il entend s'opposer : une autre approche historique de la Bretagne pendant la seconde guerre mondiale.

Vous pouvez aussi lire un texte en faveur de ce livre, et un (long) texte contre, écrits par des gens qui l'ont lu, et qui en critiquent le contenu.

Suite à quelques commentaires, il faut que je précise deux ou trois choses : le "texte en faveur du livre" a été écrit par l'éditeur du livre, il est donc susceptible de représenter plus les intérêts mercantiles de celui-ci que l'avis du "mouvement breton" en général. La présentation élogieuse du livre n'est donc pas forcément écrite par des militants, mais par l'éditeur pour faire vendre. De plus, "le livre de .: Monnier tend justement a prouver que les Bretons ou le mouvment nationalsite n´ont ni collaboré, ni résisté plus que les autres. Simplement, comme dans toute mouvance plus politisée que la moyenne, plus de gens se sont engagés d´un coté ou de l´autre, mais dans les mêmes proportions." (commentaire de Kevin). En verité, certains auront bien compris que le livre en question n'est qu'un prétexte pour faire le point sur les accusations faites au régionalisme, certaines étant jugées pertinentes et d'autres non.

I: La critique du "mouvement nationaliste breton"

Il existe en Bretagne un certain nombre de personnes, dont la plus connue est Françoise Morvan, et d'autres sont moins connus (André  Markowicz, Pierrick Le Guennec, le site communautarisme.net, la Libre Pensée, le Groupe d'Information Bretagne, certains organes de la Fédération des Oeuvres Laïques, ...), qui critiquent le "mouvement nationaliste breton".

a: Qu'est-ce que le "mouvement nationaliste breton" ?

Ce terme de "mouvement nationaliste" peut avoir deux sens :

  • Dans un premier sens restreint, il désigne uniquement les nationalistes parmi tous ceux qui militent, d'une quelconque manière, pour quelque chose en rapport avec la Bretagne et sa culture. Il ne désigne alors qu'une minorité de ces militants, puisqu'il exclut d'une part la majorité qui milite exclusivement sur le versant culturel (pour des écoles, des médias, des panneaux en langue bretonne, pour la reconnaissance et la revalorisation de l'existence d'une culture spécifique) et pas sur le versant politique, et d'autre part, parmi ceux dont le militantisme est politique, ceux qui ont d'autres revendications que celle d'une "nation bretonne" (c'est en effet très compliqué chez nous, il y a bien les "nationalistes", mais aussi les "autonomistes", les "indépendantistes", les "fédéralistes", les "séparatistes", les "régionalistes", les anarchiste qui sont contre toute structure gestionnaire mais pour une autogestion à l'échelle de la Bretagne, et j'en passe). En ce premier sens, le "mouvement nationaliste breton" désigne un tout petit nombre de personnes.
  • Dans un second sens, on peut regrouper l'ensemble des militants évoqués ci-dessus sous la houlette du "mouvement nationaliste breton". C'est plutôt le sens que donnent Françoise Morvan et ses comparses à ce terme, puisque leur critique porte aussi bien sur les écoles Diwan que sur des maisons d'édition, des universitaires, et même... des nationalistes ! Pour autant, cette manière de voir est approximative et fort contestable, car elle ne tient absolument pas compte de la diversité des opinions exprimées par les différentes composantes, dont un certain nombre s'excluent mutuellement. Elle tend à unifier des choses qui ne sont pas unifiables. Est-ce par malhonnêteté ou par méconnaissance du sujet ? Difficile à dire, mais s'il y a un reproche que l'on ne peut pas faire à Françoise Morvan, c'est de ne pas connaître le mouvement qu'elle dénonce.

b: Sur quoi porte cette critique ?

La critique du "mouvement nationaliste breton" par Françoise Morvan et ses acolytes porte sur plusieurs points. Une des choses que l'on peut reprocher à ceux qui s'estiment visés par ces critiques est de diaboliser cette dame et ses idées, ainsi que les autres critiques évoquées plus haut, de rejeter tout en bloc, et de ne pas faire le tri. Comme si, lorsqu'une personne énonce des idées, elle avait soit raison sur tous les points, soit tort sur tous les points.

C'est d'autant plus dommage que Françoise Morvan et ses comparses formulent certaines critiques intéressantes : notamment sur la récupération par le marketing de l'image de marque de la Bretagne (avec une juste dénonciation de l'institut de Locarn); sur le risque que la régionalisation de certains pouvoirs, si elle est mal menée, aboutisse à une dérégulation et développe les corporatismes; sur une certaine omerta au sein du mouvement breton, etc. D'une manière générale, la plupart des critiques que font Françoise Morvan et ses amis à certaines revendications bretonnes du point de vue de l'extrême gauche me paraissent pertinentes. Ainsi, elle peut nous faire ouvrir les yeux sur le risque de tomber dans un chauvinisme abrutissant qui est plutôt l'avatar de l'extrême droite. Elle peut nous faire remarquer que la régionalisation peut être un prétexte pour une dérégularisation massive des services publics, ou que sous prétexte de défendre une "culture bretonne", certains ne font en fait qu'entretenir un folklorisme qui ne sert que leurs intérêts pécuniaires, et sûrement pas notre image.

Ce sont des critiques que les défenseurs qui se veulent crédibles de la culture bretonne ne devraient pas laisser de coté : on ne peut pas se le permettre. Nous devons nous poser ces questions, et y trouver une réponse ne signifie pas condamner toute tentative pour sauver notre culture, mais tenter d'éviter l'instrumentalisation de ce sauvetage par la droite. Bref, lorsque certaines de ces critiques sont pertinentes, c'est dommage que le "mouvement breton" y fasse la sourde oreille.

En général, ces critiques ne sont que l'application au niveau local de questions beaucoup plus générales. Par exemple, l'opposition à l'Europe des Régions est un des chevaux de bataille du trotskisme, qui tente de défendre un État fort. Elle ne sort pas de nulle part, mais des principes défendus par les trotskistes. C'est pourquoi on ne peut pas comprendre la question du l'Europe des Régions vraiment bien si on ne la met pas d'abord en rapport avec la question suivante, plus générale et abstraite, mais aussi plus intéressante : "quel rôle doit-on attribuer à l'État ?". On tombe ici en plein dans le débat entre sa critique par les libertaires et sa défense (provisoire, jusqu'à l'avènement du socialisme), par les trotskistes. Ce débat de fond est, la plupart du temps, occulté, d'un coté comme de l'autre, et c'est bien dommage car alors on ne fait que pinailler tout en restant à la surface.

Le critiques qui concernent certains dysfonctionnements du milieu culturel, si elles sont vraies, sont présentées comme une particularité de la Bretagne, afin de la diaboliser, alors que si on réfléchit un peu, on se rend compte qu'ils existent un peu partout. Attention, je ne dis pas qu'il faille excuser le clientélisme et l'entrisme universitaire, le lobbying éditorial, l'omerta sur certains points qui fâchent, et autres, lorsqu'ils se présentent en Bretagne, sous prétexte qu'on les trouve aussi ailleurs. Ce que je dis, ce que ce sont ces processus-là qu'il faut blâmer, et pas la Bretagne à leur place, elle n'a rien à voir là-dedans, elle n'est qu'un des endroits où ils se manifestent. On peut vouloir lutter contre eux, y compris et surtout localement, mais on ne peut pas s'en servir pour blâmer le mouvement culturel breton.

Parmi ces critiques, celle qui nous intéresse aujourd'hui est la suivante : le "mouvement nationaliste breton" serait à tout jamais entaché du nazisme, de racisme, et d'antisémitisme, pour s'être corrompu dans des pratiques et des discours plus que douteux pendant la seconde guerre mondiale et avant. L'idée avancée par Françoise Morvan et les groupes mentionnés plus haut est que ceci n'est pas un hasard, puisque ce mouvement nationaliste repose sur des bases idéologiques xénophobes, antisémites, etc. Vouloir sauver sa culture, ce serait vouloir rejeter celle des autres. De plus, même si aujourd'hui la guerre est finie, le "mouvement nationaliste breton" serait toujours resté plus ou moins suspect.

II: Un livre présenté comme une réponse

Un des défauts de ce "mouvement breton" visé est de rejeter bêtement ces critiques en bloc, sans tenter d'y répondre, de les trier, voire parfois de les comprendre. Les militants visés par Françoise Morvan et consorts se contentent de les insulter, sans essayer de démonter leur argumentation. C'est bien dommage. Je pense qu'une critique sérieuse et respectueuse des arguments de ces groupes aurait beaucoup plus de portée qu'une benjaminmallaussènisation maladive et frénétique. On pourrait notamment faire le tri entre les arguments pertinents et ceux qui ne le sont pas, écarter les seconds pour se concentrer de manière constructive sur les premiers.

C'est d'autant plus dommage que, si l'on regarde de près certaines de ces critiques, et qu'on voit qu'elles consistent souvent à condamner l'ensemble d'un mouvement à partir des imbécillités d'une de ses minorités, alors on se rend compte que cette critique n'est en fait pertinente que pour une infime partie du "mouvement breton", celle-là-même dont on se sert pour délégitimer le reste du mouvement.

Ainsi, dans le désert intellectuel du mouvement culturel breton, lorsqu'au milieu des stériles invectives surgit quelqu'ouvrage doté de tout le prestige accolé à sa crédibilité scientifique, on s'en empare sans trop regarder et le monte sur un piédestal comme le summum de la défense scientifique de nos idéaux. Il suffit que sorte un livre à propos des résistants en Bretagne pour qu'on le brandisse fièrement en disant : "voilà enfin le livre que nous attendions tous depuis longtemps! (al levr edomp holl o c'hortoz abaoe pell). Ce livre apporte la preuve que Françoise Morvan raconte des conneries !". On ne prend pas vraiment la peine de se demander si ce livre (aussi bien fait qu'il puisse être, par ailleurs), peut vraiment servir à défendre la cause des militants bretons. Comme si des faits historiques, par la vertu d'on ne sait quelle magie, pouvait effacer d'autres faits historiques. En particulier, ce qu'on ne remarque pas, c'est que si la critique qui tente d'associer le mouvement breton au nazisme ne tient pas la route, alors une réponse à cette critique dans les mêmes termes ne tiendra pas non plus la route.

III: Une réponse qui ne fait que renforcer la logique de l'attaque

Alors, quel rapport avec le fameux bouquin ? Et bien le voici : là où Françoise Morvan et autres disent "les bretons sont des nazis car il a existé des cas de collaboration durant la seconde guerre mondiale", le mouvement breton fait répondre à Jean-Jacques Monnier : "mais non, les bretons sont des héros car il a existé des cas de résistance durant la seconde guerre mondiale".

Ce que l'on constate, c'est que ni l'un ni l'autre ne tiennent debout. Dans un sens comme dans l'autre, il est absurde de vouloir tirer une conclusion générale sur l'ensemble d'une population à partir de faits isolés de quelques uns de ses membres il y a 65 ans.

Mais si l'argumentation à partir de ce livre d'histoire se contentait d'être absurde, ça ne me gênerait pas. Je dirais simplement qu'elle est aussi absurde que l'autre, et pius voilà tout. Ce qui me gêne, c'est qu'elle renforce le poids de celle de Françoise Morvan et de ses camarades. En effet, en tentant d'utiliser la même stratégie pour répondre à ses attaques, on montre implicitement qu'on considère cette stratégie comme valide, à tel point qu'on l'utilise nous-même. Ainsi, bien qu'en sens inverse, c'est toujours le même raisonnement qu'on utilise, et en montrant qu'on l'utilise, on montre surtout qu'on y adhère. Comme disait Jean Gagnepain, "on a beau changer de coté à la mi-temps, c'est toujours au même jeu qu'on joue".

IV: Cassons plutôt la logique de l'attaque

a: adsav=adsav -> emsav=adsav, ou comment jeter le bébé avec l'eau du bain

Qu'est-ce que c'est que ce titre mystérieux ? "Adsav" est le nom d'un parti d'extrême-droite breton; "emsav" désigne ce qu'on appelle le "mouvement breton", mais sous son aspect plutôt culturel. Si l'on revient sur ce titre, il veut donc dire : "à partir de l'existence d'un parti d'extrême-droite breton qui ne représente que lui-même (adsav=adsav), on déduit frauduleusement que l'ensemble du mouvement breton est d'extrême droite (emsav=adsav)"

Le terme "mouvement breton" désigne d'une manière assez floue tout un tas de personnes différentes, qui militent dans des domaines différents, avec des idées différentes. À mes yeux, est assez difficile de définir le "mouvement breton", du fait de la diversité de ceux qui le composent, de leurs idéaux, leurs revendications, etc. Du coup, il arrive souvent qu'on prenne les errements d'une partie des militants du "mouvement breton" pour jeter l'anathème sur son ensemble, mais ce n'est souvent pas très pertinent. Par exemple, il existe une "extrême droite bretonne", qui reprend les slogans de Le Pen et de Megret, en remplaçant "France" par "Bretagne". Pour autant, dire que l'ensemble du "mouvement breton" est d'extrême-droite constitue un raccourci facile, que les détracteurs du mouvement empruntent de temps en temps. Cette extrême-droite bretonne doit représenter (à mon avis, d'après ce que je vois) moins de 5% de l'ensemble de ceux qui militent pour quelque chose qui se rapporte à la Bretagne. En quoi leur existence fait-elle un raciste du parent d'élève qui milite pour que son enfant apprenne le breton à l'école, ou de celui qui réclame une télévision publique en langue bretonne ? Le seul point commun de ces des personnes en question est que les mots "Bretagne" ou "breton" se trouvent parmi leurs revendications. C'est un peu comme si je confondais "la France aux français" et "la France présidente" (d'ailleurs, j'ai clairement entendu cette confusion dans la bouche d'un membre du Parti des Travailleurs, qui attribuait (encore une fois, par ignorance ou malhonnêteté ?) le slogan "la Bretagne ax bretons" à Emgann, un parti breton d'extrême gauche...)

Si la critique de Françoise Morvan et ses amis se limite à dire "l'extrême droite bretonne est d'extrême droite", "les anciens nazis pro-Bretagne-libre sont des anciens nazis", "ceux qui militent pour libérer la Bretagne et qui sont racistes sont racistes", alors, je ne peux qu'être d'accord avec eux, et je vois mal comment quelqu'un pourrait ne pas l'être. Éventuellement, on peut s'interroger sur l'intérêt de sortir des choses aussi évidentes. En verité, dire cela, ce n'est qu'appliquer un principe de réduction en logique formelle : si l'on a un énoncé de type "a ^ b" ("a et b", où "a" et "b" sont des propositions, "^" signifie "et" en logique formelle), et que cet énoncé est vrai, alors l'énoncé "a" est vrai aussi. Ainsi, si les énoncés "X est d'extrême droite ET X est breton" ou "Mes chaussons sont marrons ET mes chaussons sont trop grands" sont vrais, alors les énoncés suivants sont vrais aussi : "X est d'extrême droite", "X est breton", "Mes chaussons sont marrons", "Mes chaussons sont trop grands". Si Françoise Morvan et autres ne nous disaient que cela, la seule critique qu'on pourrait éventuellement leur faire serait que leur discours ne vole pas haut. Malheureusement, ils ne disent pas que cela (attention, cela ne veut pas dire pour autant que leur discours vole haut !)

Évidemment, le discours de Françoise Morvan et consorts ne se limite pas aux truismes énoncés plus haut. À partir du constat qu'il existe une extrême droite au sein de ce qu'on appelle vaguement le "mouvement breton", ils ne concluent pas seulement que cette partie du "mouvement breton" est d'extrême droite, mais bien que l'ensemble de ce qu'ils regroupe sous un fantoche "mouvement nationaliste breton" l'est.

Pour comprendre à quel point ce raisonnement est non seulement absurde, mais aussi dangereux, appliquons-le non plus à la Bretagne, mais à un autre pays : l'Allemagne. Que diriez-vous, si quelqu'un venait vous dire "les allemands aujourd'hui sont tous des nazis car certains allemands hier ont mis en place la Shoah" ? Vous trouveriez cela totalement ridicule, et vous auriez bien raison. Et si quelqu'un d'autre répondait "mais non, les allemands sont tous vertueux, car certains allemands ont résisté et hébergé des juifs", vous répondriez : ce n'est pas la bonne manière de répondre, elle est tout aussi illogique que la première. De plus, elle est dangereuse : de quel droit peut-on ainsi porter un jugement sur la moralité de l'ensemble des habitants d'un territoire donné à partir des actions menées par certains, il y a 65 ans, sur ce territoire ?

Il nous vous viendrait même pas à l'idée de vous abaisser à mesurer la différence de degrés de compromission entre les allemands et les bretons, pour dire "à tel endroit, la participation populaire au génocide a été plus élevée, donc ici on est un peu moins nazis que chez eux!". On voit bien que cela ne rime à rien.

Je suppose que Françoise Morvan et ses amis répondraient au moins sur un point : ce ne sont pas les habitants de cette région qu'on nomme Bretagne qu'elle critique, mais ceux qui se revendiquent d'un certain héritage et d'une identité culturelle qu'on ne peut plus tenir aujourd'hui, si l'on connaît les agissements de ceux qui s'en sont revendiqués hier. Mais l'argument ne tient pas plus pour autant : ne pas se contenter de vivre sur le territoire allemand, mais se revendiquer de la culture germanique, et oeuvrer à sa promotion, est-ce vraiment être l'héritier du nazisme ?

Ils pourraient aussi répondre : les organisations bretonnes aujourd'hui ont été fondées par des collabos.  Je ne sais pas  quelle part de collaborateurs et de résistants on compte parmi les fondateurs des organisations bretonnes, mais de toutes façons ce n'est pas pertinent. En effet, du constat que le fondateur d'une organisation est un nazi, on ne peut pas conclure que ceux qui ont aujourd'hui des rapports avec celle-ci, ou même qui y travaillent, en sont. Sinon, il nous faut accepter que tous les ouvriers qui travaillent chez Volkswagen et chez Ford sont des nazis, et on aurait un peu de mal à accepter cela. En effet, Volkswagen, "la voiture du peuple" en allemand, a été créée par Hitler dans l'Allemagne des années 30, afin que tous les allemands puissent avoir une voiture. Et sur les rapports d'Henry Ford avec le nazisme, voir cette très bonne emission de là bas si j'y suis. De même, Demeter (un label d'agriculture biodynamique) et La Nef (banque éthique) ont été créés sur la base des principes anthroposophiques de Rudolf Steiner. Or Rudolf Steiner avait des idées plus que bizarres concernant les "races humaines" (savoir s'il était ou non raciste fait aujourd'hui débat). Faut-il pour autant condamner ceux qui, aujourd'hui, s'engagent de bonne foi dans des démarches comme celles de Demeter ou La Nef ? Sûrement pas. De même pour les organisations bretonnes : la plupart des militants sont aujourd'hui totalement ignorants des relations de cousinages, idées politiques, et couleur de chaussettes préférées de ceux qui, il y a des dizaines d'années, ont fondé l'association à laquelle ils adhèrent. Ils y vont pour les idées qu'elle véhicule aujourd'hui et pour les actions qu'elle mène.

b: le nazisme vu comme maladie contagieuse

Sans aller jusqu'à assimiler l'un à l'autre, on peut relever une proximité entre cette manière de raisonner et celle du McCarthisme ou des Khmers rouges.

Petit rappel historique : le McCarthysme est la période de "chasse aux sorcières" communistes dans les États-Unis de l'après-seconde guerre mondiale et de la guerre froide; et la politique paranoïaque des Khmers rouges est la "chasse aux sorcières" "anti-communistes" (je mets "anti-communistes" entre crochets, car être anti-Khmers-rouges au Cambodge à la fin des années 1970 n'est pas forcément être anti-communiste, puisqu'à mon avis le régime Khmer rouge n'avait pas grand chose à voir avec le régime communiste décrit par Marx) au Cambodge à la fin des années 1970; elle a abouti à un massacre atroce fondé uniquement sur des suspicions non vérifiées et des dénonciations obtenues sous la torture (on dénonçait alors n'importe qui pour faire cesser les coups). Ces deux moments historiques reposaient sur une même manière de voir l'idéologie ennemie : quiconque avait approché, de près ou de loin, un communiste (dans la logique McCarthyste, rajoutez "anti" pour les Khmers rouges), avait été contaminé par le virus du communisme et représentait donc une menace pour la sécurité nationale. Ainsi, si vous aviez des communistes dans votre famille, parmi vos amis, vos collègues de travail, vous étiez soupçonné de communisme.

Ici, c'est pareil : si vous avez fondé une école avec quelqu'un qui a écrit des articles dans le même journal que quelqu'un qui a travaillé pour une radio financée par les allemands durant l'occupation, alors vous êtes un nazi. (Malheureusement, je n'extrapole pas ici le raisonnement de Françoise Morvan et ses amis)

À ce sujet, désolé de vous décevoir, mais j'ai moi-même été infecté par le nazisme, puisque ma mère a une amie qui connaît quelqu'un qui soigne Yann Fouere durant ses vieux jours.

c: dénoncer ses ennemis comme étant des nazis, procédé facile et inique

Connaissez vous le point Godwin ? C'est un loi qui régit la vie des forums sur internet : lorsque l'on arrive au moment où, à court d'arguments solides, un membre d'un forum finit par en traiter un autre de nazi, alors on a atteint le point Godwin, point irrémédiable de la discussion. C'est alors le signe que la discussion est tombée dans les pires tréfonds de la calomnie et de l'ignominie, et qu'elle ne pourra continuer que dans la mauvaise foi ou s'aggraver. On point de non-retour a été atteint par celui qui était dans un cul-de-sac.

On attribue alors un point Godwin à celui qui a accusé les autres de nazisme, et on le déclare perdant.

Ailleurs que sur les forums internet, s'auto-déclarer perdant en accusant de nazisme son adversaire est une pratique courante de ceux qui manquent de vrais arguments, Françoise Morvan ne fait donc pas exception à la règle. Ainsi, le suprême Bernard-Henry Lévy a-t-il souvent recours à ce procédé. De même, lorsqu'un intellectuel commence à devenir trop dérangeant, il suffit de l'accuser de nazisme, ou simplement d'antisémitisme ou de révisionnisme (hein, faut pas pousser !), et le tour est joué. On a vu ce genre de pratiques à l'oeuvre contre Bourdieu, Badiou, et même Edgar Morin ou Chomsky ! (c'est d'autant plus drôle (si l'on veut) pour ces derniers qu'ils sont leux-même juifs...).

Mais est-ce vraiment sérieux, honnête, intègre ? En accusant n'importe qui d'être un nazi, on ne fait que banaliser le pire. On en fait alors en fait le jeu, en utilisant à tort et à travers cet évènement horrible, et la souffrance de tant de gens, simplement pour éviter d'avoir à se fatiguer à chercher des arguments. Se rend-on vraiment compte de la portée de tels actes, simplement motivés par un souci de facilité ?

V: Conclusion

Je n'ai pas lu  Résistance et conscience bretonne 1940-1945, mais j'ai lu le "Monde comme si" de Françoise Morvan, j'ai lu ses articles sur internet donnant des preuves de l'antisémitisme de tel auteur, tel groupe d'artistes. Lorsqu'elle (ou d'autres critiques du "mouvement nationaliste breton") soulevaient des critiques intéressantes et pertinentes, je les ai écoutés. Et si j'ai sous les yeux des preuves de l'antisémitisme de Drezen, je n'irai pas les nier. Mais c'est plutôt sur les conclusions à en tirer que je m'interroge. Bien, certains écrivains bretons aussi étaient antisémites. Et alors, qu'est-ce que ça prouve ? Qu'ils étaient antisémites. Et c'est tout. Ça ne veut pas dire que celui qui apprécie leur livre l'est forcément, ni que celui qui milite pour la même langue et la même culture l'est aussi.

Parfois, sur ce genre de sujets, on gagnerait un peu à prendre du recul et voir comment ça se passe ailleurs. Ailleurs, on trouverait totalement aberrant de dire que les lecteurs de Céline, de Heiddegger, voire de Carl Schmitt (et pourtant là, c'est beaucoup plus délicat) sont antisémites. C'est peut-être parce que les bretons n'arrivent pas à faire le tri dans ce que dit Françoise Morvan qu'elle s'est mise à les croire incapables de le faire avec Roparzh Hemon, Youenn Drezen, incapables d'apprécier un livre pour ses qualités littéraires sans sombrer dans le nazisme.

Rassure-toi Françoise, on n'est pas tous agregés de lettres comme toi, mais on sait faire le tri.

En verité, ce n'est pas contre  Résistance et conscience bretonne 1940-1945 que j'ai un problème. S'il se contente d'être un livre d'histoire, alors il ne me pose aucun problème. Ce qui me dérange, c'est que certains militants bretons s'en servent pour tenter de contredire Françoise Morvan, ainsi que toute la publicité qu'on en a faite au sein du milieu culturel breton. Or, en tentant de la contredire en usant de la même argumentation qu'elle, ils ne se rendent pas compte qu'ils ne font que la légitimer. Car on ne s'approprie pas une argumentation que l'on juge ridicule, on ne se l'approprie que si on lui attribue une quelconque valeur. Or, cette argumentation est ridicule, et elle ne tient pas debout. Si les militants bretons veulent contredire Françoise Morvan, qu'ils ne le fassent pas avec des méthodes aussi nulles qu'elle. La culture bretonne vaut mieux que ça.

Voilà pourquoi je pense qu'on peut critiquer un livre sans même l'avoir lu : la question n'est pas de savoir qui, historiquement, nous approtera les faits les plus précis et les plus complets, comme Françoise Morvan tente de la faire dans sa critique du livre, mais est-il vraiment légitime et pertinent d'utiliser de cette manière des données historiques pour entacher idéologiquement ceux avec qui on n'est pas d'accord politiquement ?

Voici ce que je souhaiterais pour un vrai débat entre Françoise Morvan et consorts d'une part, et le mouvement de défense de la culture bretonne d'autre part :

  • Premièrement, que les uns et les autres soient capables de faire le tri, dans les propos de leur adversaire, entre ce qu'ils peuvent accepter et ce qu'il ne le peuvent pas. Toute critique du "mouvement breton" ne doit pas être rejetée en bloc, nous avons à refléchir sur certains points.
  • Deuxièmement, que l'on mette véritablement à jour les présuppossés idéologiques qui sous-tendent la discussion : la question de l'État et de son rôle, la question de ce dont on veut faire de cette culture bretonne qu'on voudrait promouvoir, etc.
  • Troisièmement, que l'on fasse preuve d'un minimum d'honnêteté, d'intégrité (en évitant d'accuser de tous les noms ceux avec qui l'on n'est pas d'accord), et de rigueur intellectuelle (en définissant clairement l'objet dont il est question (qu'est-ce exactement que le "mouvement nationaliste breton" ?), et le rôle que l'on est en droit d'accorder aux faits historiques).

Ce n'est qu'à ces conditions qu'un débat frucuteux pourra avoir lieu.

Commentaires

Bonjour,

"Voici ce que je souhaiterais pour un vrai débat entre Françoise Morvan et consorts d'une part, et le mouvement de défense de la culture bretonne d'autre part :"

Crois-tu vraiment que ce débat est "raisonnablement" possible ?
Je crois me souvenir que Kant caractérisait la philosophie (ou la métaphysique) comme un champ de bataille. Si la philosophie est un champ de bataille, alors qu'elle est théoriquement le domaine où est sensé s'exercer par excellence la RAISON, alors supposer que la raison puisse s'imposer dans le domaine politique relève du voeu pieux.


Que la philosophie soit un champ de bataille, on peut le voir régulièrement en particulier lors de la sortie de livres sur Heidegger et le nazisme : dernier en date : Emmanuel Faye, Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie : Autour des séminaires inédits de 1933-1935

http://www.amazon.fr/Heidegger-lintroduction-nazisme-dans-philosophie/dp/2226142525/ref=sr_1_3?ie=UTF8&s=books&qid=1204638879&sr=8-3

A cette attaque à répondu un livre : Heidegger, à plus forte raison

http://www.amazon.fr/Heidegger-à-plus-forte-raison/dp/2213632235/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1204639224&sr=1-1

Les passion, les intérêts et les préjugés prédominent sur la raison chez l'être humain, fût-il philosophe, il me semble que c'est au moins l'apport de gens comme Nietzsche, Freud, Marx, Shopenhauer, et quelques autres, sous des approches différentes.

Pour montrer le type de dialogue de sourd que tu risque d'avoir avec ceux que tu appelles "Morvan et consort", et dans lesquels tu aurais pu ajouter le site revue-républicaine.fr, analyse les arguments dans les textes suivants, publiés sur ce site (le premier texte publié à l'origine dans Ouest-Fracne :

http://www.ouest-france.fr/Langues-regionales-et-unite-nationale-/re/actuDet/actu_3633-573268------_actu.html

http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article1582

L'avantage de la réponse de Frederic BECK à l'article de Ouest-France, c'est qu'elle existe et que tu peut même essayer de lui répondre sur son site. Je doute que tu réussises à entrer en dialogue avec Françoise Morvan, si l'envie t'en venait.

Frederic BECK, au moins, assume sa position de "jacobin", ce qu'on du mal à faire la plupart des autres : " les extrémistes sont peu à peu mis hors d’état de nuire et la vigueur des débats entre régionalistes et jacobins paraît atténuée. "

Un des problèmes fondamentaux du discours de Françoise Morvan, c'est sa pratique de l'amalgame : elle est contre le "mouvement breton", contre le capitalisme, contre le régionalisme européen, contre les indépendantistes. Et elle rattache tout cela plus ou moins au nazisme.
Et dans ta présentation, tu n'es pas exempt de ces amalgame et de pensées toutes faites dont on peut se demander si elles ont un sens.

Tu parles par exemple d' "une juste dénonciation de l'institut de Locarn"
=> Faut développer , là !

d'un "risque que la régionalisation de certains pouvoirs, si elle est mal menée, aboutisse à une dérégulation et développe les corporatismes"
=> Même chose : pour moi, c'est du charabia ou de la pétition de principe.
"dérégulation" ? "corporatisme" ? La société française n'est-elle pas une société corporatiste ?

Dans l'institut de Locarn, ce que tu semble dénoncer, c'est le capitalisme, enfin je suppose.
En france, les milieux culturels aiment bien dénoncer le capitalisme. Cependant, ces milieux cultuels ne vivent pas d'amour et d'eau fraiche, c'est l'Etat qui finance (quoique de moins en moins, semble-t-il, le relais étant pris par les "collectivités locales") c'est l'Etat qui finançait et qui finance encore pas mal la culture. est-ce que cette dépendance des milieux culturels par rapport à l'Etat est sans conséquence sur la culture elle-même ? Ou la culture française n'est -elle pas d'une certaine façon et pour l'essenteil, qu'une culture d'Etat (ce que, moi, je pense) ?
Quand on compare le travail qui a été fait par les cinéastes américains sur la guerre du Vietnam, et ce qu'on fait (ou plutôt pas fait) les cinéastes français sur la guerre d'Algérie, c'est quand même assez édifiant.
L'ecrivain Thomas Bernhard est assez connu, en particulier pour le mal qu'il disait de son pays, l'Autriche. Où sont les Thomas Bernhard français ?

Pour revenir aux positions jacobines, elles sont résumées dans l'article de Beck :

"Observons d’abord le fait que la France perdure sur une construction politique originale en Europe (Etat unitaire vs. fédéralisme) qui rend certaines évolutions indépassables sans une remise en cause profonde d’éléments fondamentaux de notre identité nationale et de notre contrat social. Reconnaissons ensuite que les régionalistes, en dernière analyse, ont toujours et partout les mêmes aspirations finales : l’autonomie linguistique, culturelle et bientôt économique."

Il ne serait pas difficile de démontrer que cette position jacobine relève plus du fascisme ou du totalitarisme que de la démocratie, mais à quoi bon ?

Je ne crois pas dire de bétises en affirmant que tous les Etats totalitaires, autoritaires, ou dans le genre, sont des Etats jacobins ?

Écrit par : Alwenn | 04/03/2008

Bonjour et merci pour cet article tres interessant. ce pendant il me semble qu´il peche par un point. A savoir que le livre de M: Monnier tend justement a prouver que les Bretons ou le mouvment nationalsite n´ont ni collaboré, ni résisté plus que les autres. simplement, comme dans toute mouvance plus politisée que la moyenne, plus de gens se sont engagés d´un coté ou de l´autre, mais dans les memes proportions. et il me semble que c´est de cette facon la que ce livre a ete globalement présenté.
ceci dit, effectivement, ce point n´est pas touours clair...

Écrit par : Kevin | 04/03/2008

Salud deoc'h,

L'article est très long mais néanmoins intéressant.
Même si Françoise Morvan manque d'objectivité et pratique l'amalgamme à tour de bras, il est évident que le mouvement breton n'est pas capable de faire son auto critique et de se renouveler.
Le résultat, c'est que les Bretons n'ont pas vraiment envie de s'engager pour leur "pays" et que la Bretagne se dissout chaque jour un peu plus dans le parisianisme. Trist eo!!

Dom

Écrit par : Dom | 04/03/2008

Alwenn je te réponds. Désolé d'avance pour la longueur...

1.
Je pense bien sûr qu'un débat serein est possible. Ce n'est pas parce qu'il concerne la politique qu'on est obligé de se faire des coups en douce, et qu'ils seront forcément faits. Et, imaginons qu'en fin de comptes ça n'ait pas été possible, on n'aura pas eu tort pour autant d'avoir tenté de donner des avis pour que ça se passe bien.

Petites remarques sur Kant : 1.ce n'est pas parce qu'il dit quelque chose que c'est vrai. 2. ce n'est pas exactement ce qu'il dit : il dit que la métaphysique, jusqu'à lui, du fait qu'elle ne s'était pas intéressée aux limites possibles de son exercice, n'avait pu être qu'un champ de bataille. Et il présente la Critique de la Raison Pure comme une solution à ce problème. Donc il ne voue pas tout débat à l'échec comme tu as l'air de le dire. Sinon, on est mal barrés.

En ce qui concerne, le débat sur Heiddegger et le nazisme, je le trouve assez marginal par rapport au reste du débat, même si il est plus médiatisé dans le grand public en ce moment. Puisque tu parles de philosophie, en philosophie analytique, les auteurs n'arrêtent pas de se critiquer mutuellement, mais ils le font dans les règles de l'art, sans sombrer dans la malhonnêteté. C'est ce genre de débats (au niveau de la forme), que j'aimerais qu'on ait en ce qui concerne des sujets à controverse comme la question du régionalisme.

2.
Revue Républicaine ne semble pas considérer les militants de la cause bretonne comme des nazis. Par contre c'est vrai que ce site semble défendre un État fort, critiquer les "régionalismes" et "fédéralismes". Je n'ai pas regardé de près son contenu, mais il me semble plus intelligent et propice au débat de porter la critique sur ce front que sur celui du nazisme...

L'article de Beck est un bon exemple de critique intelligente à partir de laquelle il y a moyen de débattre. Il sait faire la part des choses entre d'une part la critique du régionalisme qu'il est normal qu'il fasse étant donné le point de vue qu'il a, et d'autre part l'idée qu'il y aurait un patrimoine à défendre. Donc, si l'on discutait avec lui, il serait envisageable d'essayer de trouver une solution de défense de notre culture qui ne tombe pas dans les travers qu'il dénonce.

En ce qui concerne le dialogue avec Françoise Morvan, j'étais sur sa liste de diffusion Yahoo Groups, mais je n'y ai pas trouvé grand chose d'intéressant, à mon grand dam. J'ai alors réalisé que si je voulais avoir une discussion intéressante sur des sujets qui me préoccupent comme ceux-là, et auxquels je n'ai pas de réponse, ce n'est pas avec cette dame qu'il faudrait les avoir, car elle manque bien trop de respect envers ses interlocuteurs, mais qu'il faudrait que je trouve un bon "trotskiste-jacobin-républicain" bien carré et capable de discuter sereinement.

3.
En ce qui concerne les phrases que tu mentionnes, je pense aussi qu'il faudrait développer, mais je ne pense pas pour autant sombrer dans l'amalgame. Je n'ai fait qu'esquisser très sommairement les critiques que j'ai entendues envers le "régionalisme" par un "jacobin" qui s'assume comme tel. Je n'ai pas développé car ce n'était pas le sujet de l'article, qui était déjà bien long. Ceci dit, ces questions me travaillent, et je compte bien développer ça à un moment où à un autre, et éventuellement en faire un article quand j'aurai des idées claires sur le sujet.

Si j'avais amalgamé, je me serais servi de quelque chose qui vaut sur un point dans un autre domaine qui n'a rien à voir. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait ça.

Juste vite fait pour info, les mots "dérégulation" et "corporatisme" sont des mots clés des défenseurs de l'État face au libre marché.
- "Dérégulation", c'est l'idée que tant que l'État existe et contrôle une partie de l'économie, il peut maintenir les tarifs (par exemple) dans l'échelle du raisonnable. Alors que lorsque c'est le marché qui gouverne, il n'existe plus aucune garantie : les tarifs peuvent alors monter en flèche quand le marché se "libéralise" car l'État n'est plus là pour réguler. Pour plus d'infos sur son utilisation, cf. notamment tous les débats sur la privatisation d'EDF, GDF, etc. récemment.
- Pour Locarn et le corporatisme, c'est l'idée que des personnes possédant le pouvoir économique s'allient entre elles pour le garder, en écrasant ceux qui sont pas assez gros pour résister à cette alliance. L'institut de Locarn, alliance d'industriels bretons dont le but est de développer l'industrie bretonne face aux autres, constitue un exemple de corporation.

Donc ces phrases ont un sens. Je pense qu'il s'agit plutôt de sujets que tu ne maîtrises pas que de "pensées toutes faites". Mais on ne peut pas tout connaître, et si je devais reprocher à quelqu'un le fait que tu ne les connaisses pas, alors que tu sembles bien informée par ailleurs, c'est plus à ceux qui seraient censés expliquer ces positions pour enrichir un débat mais qui préfèrent parler de nazisme qu'à toi que je le reprocherais.

4.
Par contre, je trouve qu'il y a aussi un certain nombre de raccourcis faciles dans ton discours :
- "la société française est une société corporatiste" : Pas au sens où il en est question sur ce sujet.
- "Dénoncer Locarn, c'est dénoncer le capitalisme" : Locarn n'est qu'un produit du capitalisme, et il n'est jamais pertinent de dénoncer les produits d'un système économique plutôt que leur cause. Si Locarn est critiqué, ce n'est pas "parce qu'il est capitaliste" (ce serait un peu niais comme critique, et on n'en aurait pas fini de tout critiquer !), mais bien plutôt pour son instrumentalisation de l'image de la Bretagne et de revendications culturelles pour servir les intérêts financiers des actionnaires, et pour l'aspect corporatiste décrit plus haut.
- l'argument "les milieux culturels dénoncent le capitalisme mais dépendent de l'État" : c'est hyper flou. C'est quoi "les milieux culturels" ? Ou as-tu trouvé des chiffres sur ce dont "ils" (si tant est qu'on arrive à les définir) dépendent ? Et justement, en quoi le fait de dépendre de l'État empêche-t-il de dénoncer le capitalisme, puisque justement c'est pour promouvoir la défense de l'État face au libre marché qu'ils le dénoncent ? Ou est le problème lorsqu'un fonctionnaire s'oppose à la casse du service public ? Lorsqu'on est anarchiste, c'est plus délicat d'être en même temps fonctionnaire, je l'avoue, mais si l'on est "simplement anticapitaliste", ça ne pose aucun problème, bien au contraire.
- jacobinisme = totalitarisme ou fascisme : là tu fais exactement la même chose que Françoise, mais dans l'autre sens ! Comment veux-tu discuter avec ces gens-là si tu pars de l'idée qu'ils sont fascistes ? Tu as une vision caricaturale des positions "jacobines" : il y a aujourd'hui, notamment chez les trotskistes, des versions très pertinentes de ces positions, et si l'on veut qu'elles nous permettent d'avancer, il faut d'abord bien les connaître, ne pas les caricaturer, puis enfin voir comment une défense de la culture bretonne est possible malgré ces critiques.
- "Je ne crois pas dire de bêtises en affirmant que tous les Etats totalitaires, autoritaires, ou dans le genre, sont des Etats jacobins ?" : je crois que si, tu en dis une. Si je ne me trompe pas, l'Allemagne des années 30-40... était fédéraliste, depuis Bismarck et la guerre de 1870 !

Écrit par : Malo-net | 04/03/2008

Salud dit Malo!
Plijet-tre on bet o lenn da bennad, dedennus eo, hag a-du emaon gant ar pezh a larez (met n'em eus ket lennet ar pennad en e bezh, digarez ;-).
Farsus eo ivez gwelet a-bell ar pezh a c'hoarvez e Breizh. E bro-Armenia emaon evit 9 miz, hag aman e komzer kentoc'h eus ar pezh a zo c'hoarvezet un nebeut deizioù 'zo. Met c'hoarvezout a ra din alies ivez komz diwar-benn Breizh hag an emsav, gant an estranjourien all a anavezan.
Moarvat e teuin ur wech an amzer da gantreal war da vlog, ken ar wech a zeu neuze ;-)
Giulia

Écrit par : Giulia | 05/03/2008

malo,

ton texte est très intéressant sur la critique d'un livre que tu n'as pas lu, et tu as le mérite de l'avouer, tant de gens ont critiqué "le monde comme si" sans même l'avoir ouvert...
j'ai eu l'occasion de lire ce dernier livre, (mais aussi la patrie interdite de fouéré, la prose de ronan caerleon entre autres) ainsi que la critique du livre de jean-jacques monnier (je ne l'ai pas lu non plus mais c'est promis je le ferai ;-) que françoise morvan a publié sur le site du grib. j'ai aussi eu l'occasion de la rencontrer et de discuter avec elle de tous ces sujets.

je pense qu'en effet sa position est un peu outrée, mais c'est probablement qu'elle y a été poussé par un monde militant breton qui ne l'a pas épargnée, c'est le moins qu'on puisse dire. françoise morvan occupe de facto une place vacante dans le débat, elle est la seule, épaulée par si peu de personnes, qu'elle doit se cramponner contre toutes les tentatives de réécriture de l'histoire. d'accord, elle s'acharne un peu, mais elle a tellement travaillé sur le sujet qu'elle pourrait écrire encore trois mondes comme si...
comme elle occupe une position idéologique, son travail historique est forcmént biaisé par son affect et son parti pris. mais soyons sérieux un instant, pas un historien ayant travaillé sur le mouvement breton n'a fait preuve de neutralité et d'impartialité. cela est probablement dû au fait que, la bretagne étant petite, tout le monde a eu de la famille dans un camp ou dans l'autre.

pour autant, je ne pense pas qu'elle pratique l'amalgame, elle sait bien que bon nombre d'acteurs de la culture en bretagne se sont opposés aux thèses nationnalistes, et ont dépassé ce débat pour aller dans d'autres directions. elle aime la langue bretonne, et défend une langue populaire qui est en train de mourir faute de locuteurs.

ce qu'elle dit est vrai, le mouvement politique breton ne fera jamais son mea culpa (tout au plus il balancera quelques personnes désignées commes moutons noirs) car il est toujours mû par le même idéal, celui d'une bretagne autonome dans laquelle la langue bretonne n'est qu'un outil politique.

alors quoi ? roparz hemon a gagné la partie ? le breton enseigné aujourd'hui par une grande majorité des enseignants est celui que per denez et lui ont forgés. la plupart des particularités si riches de cette langue, à commencer par son accent, risquent de disparaitre.

ce que françoise morvan ne dit pas, c'est que le mouvement breton a récolté ce qu'il a semé : la désaffection des bretons pour leur langue après-guerre. la honte, ce n'était pas de parler breton dans un état "jacobin", c'était d'être catalogué "breiz atao" à la libération. le peuple a tiré un trait sur une langue qui a été trahie par ceux-même qui pensaient la défendre...

comment peut-on dépasser ces positions irréductibles, comment sauver cette langue ? c'est ça aujourd'hui la question la plus importante. peut être en faisant un travail de mémoire auprès des anciens. il faut aller les voir et écouter ce qu'ils ont à dire de leur vie, les enregistrer tant qu'il est encore possible. renouer avec le breton populaire, et surtout cesser de croire que les bretons sont les victimes d'un méchant état français, voire d'un "ethnocide culturel".

ronan

Écrit par : ronan | 05/03/2008

Rebonjour, Malo

Je te réponds encore une fois sur ce fil, bien que ça risque de faire long et de brasser des sujets très différents.

1 - Je pense bien sûr aussi que le débat est possible, ... mais pas avec n'importe qui ! (mais on peut et doit toujours essayer.)

Ce que je voulais dire concernant la philosophie et la Raison (qui est l'outil principal de la philosophie), c'est que malgré sa volonté d'être «raisonnable» et de tenir des discours «raisonné», le philosophe n'échappe pas complètement à ce qui est le commun des autres hommes : les passions, les préjugés, la «volonté de puissance», le «désir de séduire», etc.
A fortiori, dans le domaine politique, l'argumentation n'est bien souvent qu'un faux-semblant, et une argumentation la mieux fondée et la plus pertinente laissera de glace un interlocuteur qui n'a pas du tout l'intention de se laisser convaincre, comme c'est souvent le cas chez les «militants» (et pas que chez les militants, loin de là) .

En philosophie, on peut discuter à l'intérieur d'une chapelle, mais pas forcément entre chapelles. Puisque tu parles de la philosophie analytique, il me semble bien qu'une bonne partie des philosophes français considérait cette philosophie avec un certain mépris (je me réfère là entre autre à des choses qu'à pu écrire Jacques Bouveresse). Entre Heideggériens et Wittgensteiniens, le dialogue n'était pas forcément possible.

2 - Tu parles de chercher un «trotskiste-jacobin-républicain" bien carré» : mais je ne pense pas que tous les jacobins soient «trotskistes», ni semble-t-il, que tous les trotskistes soient jacobins, si j'en juge par l'alliance que vient de faire Emgann avec la LCR !
Le trotskisme est quand même un phénomène assez marginal, et celui qui arrive à percer électoralement avec Besancenot semblerait abandonner le jacobinisme comme fondement !
Le jacobinisme, lui, est présent dans tous les partis, sauf chez les Verts et le centre (Modem).
On peut d'ailleurs dessiner le paysage politique français ainsi : un centre (Verts, Modem), non jacobin, et les autres parties, vers la gauche et la droite, d'autant plus jacobins qu'on se rapproche des extrêmes (avec des exceptions à gauche) (le FN est jacobin, ça ne questionne pas plus que ça les autres jacobins ?). Le jacobinisme est aussi méfiant, voire hostile, à la construction européenne.

3 - Le terme «amalgame» est peut-être mal choisi, mais disons que le fait de rapprocher une série de phénomènes (régionalisation, capitalisme, corporatisme, dérégulation, etc. ) amène une certaine confusion.
- "Dérégulation" : en l'occurrence, c'est là où «F. Morvan et consort» pratique l'amalgame ou le confusionnisme : Si on prend le cas de la Bretagne, les électeurs ont choisi un «Conseil Régional» de gauche, à priori entre autres pour la préservation des services publics. Et c'est l'Etat français, gouverné par la droite, qui cherche à rogner ces services publics. C'est donc l'inverse de ce que prétend «Morvan et consort» qui se produit dans la réalité. En Grande-Bretagne, c'est l'Etat Tatchérien qui a pratiqué la dérégulation, c'est pas le fait de donner des pouvoirs plus important aux Gallois ou aux Ecossais (ce qui n'empêche pas les Ecossais de pratiquer eux-mêmes la dérégulation, s'ils se choisissent un gouvernement pour cela.)
Associer «dérégulation» et «régionalisation», c'est procéder à un amalgame qui relève de l'escroquerie intellectuelle.
Le mot «dérégulation» est un peu trompeur. La question est de savoir ce qu'on privatise ou pas. (Ce n'est pas parce qu'on privatise que les prix augmentent forcément.). En France, toutes les privatisations ont été faites par l'Etat (de droite, et même de gauche) !

- Locarn et le corporatisme : Si je prends une définition du corporatisme dans le dictionnaire (Larousse), voilà ce que je trouve : «Défense exclusive des intérêts professionnels d'une catégorie déterminée de travailleurs.»
Le corporatisme ne concernent pas plus les patrons que les autres catégories professionnels. Et même à l'intérieur d'une profession, il peut y avoir des différences. Entre un petit patron et un grand patron, les intérêts ne sont pas forcément les mêmes.

Tu écris «L'institut de Locarn, alliance d'industriels bretons dont le but est de développer l'industrie bretonne face aux autres, constitue un exemple de corporation.»
Soit. Mais que préconises-tu ? L'arrêt du développement de l'industrie bretonne ? Une société sans patrons ?

4
- "la société française est une société corporatiste" : Pas au sens où il en est question sur ce sujet.

=> Je ne comprends pas bien le sens que tu veux donner à ce mot. Si tu écoutes les informations françaises, tu entendras régulièrement des gens dénoncer les corporatistes des uns et des autres (enseignants, chauffeurs de taxi, routiers, cafetiers, buralistes, percepteurs des impôts, etc.). Les patrons ne le sont ni plus ni moins que les autres.

- "Dénoncer Locarn, c'est dénoncer le capitalisme" : Locarn n'est qu'un produit du capitalisme, et il n'est jamais pertinent de dénoncer les produits d'un système économique plutôt que leur cause. Si Locarn est critiqué, ce n'est pas "parce qu'il est capitaliste" (ce serait un peu niais comme critique, et on n'en aurait pas fini de tout critiquer !), mais bien plutôt pour son instrumentalisation de l'image de la Bretagne et de revendications culturelles pour servir les intérêts financiers des actionnaires, et pour l'aspect corporatiste décrit plus haut.

=> Je trouve cette partie un peu confuse. Mais s'il s'agit de parler du capitalisme, il est dans la nature du capitalisme d'exploiter (ou d'instrumentaliser) ABSOLUMENT tout ce qui peut rapporter de l'argent. C'est dans sa nature.
Mais faut-il pour autant mettre tous les patrons dans le même sac et jeter le sac à la mer ? Pourquoi certains patrons n'auraient-ils pas envie d'apporter leur pierre au développement de la Bretagne sous une forme ou une autre ?
Ce qui gêne nos jacobins, c'est que les industriels contribuent à l'affirmation d'une «identité bretonne».
Les industriels qui «manipulent» l'image de la France, de Paris, de la tour effel, servent aussi les intérêts de leur actionnaires, tout en participant au rayonnement d'une certaine identité française (très parisienne).
Si on veut que le capitalisme cesse d'exploiter ou d'instrumentaliser l' «identité ou la culture bretonne, ou l'image de la Bretagne», il faut promulguer des lois ! Mais pourquoi l' «identité bretonne» seulement ? Pourquoi pas aussi l' «identité française», ou la «culture» en général ? On devrait interdire aux capitalistes d'utiliser des peintures impressionnistes pour faire vendre leur boite de gâteaux, par exemple !

- l'argument "les milieux culturels dénoncent le capitalisme mais dépendent de l'État" : c'est hyper flou. C'est quoi "les milieux culturels" ? Ou as-tu trouvé des chiffres sur ce dont "ils" (si tant est qu'on arrive à les définir) dépendent ? Et justement, en quoi le fait de dépendre de l'État empêche-t-il de dénoncer le capitalisme, puisque justement c'est pour promouvoir la défense de l'État face au libre marché qu'ils le dénoncent ? Ou est le problème lorsqu'un fonctionnaire s'oppose à la casse du service public ?

=> Les «milieux culturels» : le théâtre, l'opéra, la danse, la musique (classique, baroque, contemporaine, ...), le cinéma, ...
La plupart des milieux culturels ont besoin d'argent pour exister (c'est moins le cas des peintres ou des écrivains). A moins d'être riche, il faut que l'argent vienne de quelque part : de l'Etat, ou du mécénat (l'argent des capitalistes) Le mécénat est très développé dans certains pays : Etat-Unis, ... Il ne l'est pas dans d'autres : France, ... En France, l'argent pour la culture vient principalement de l'Etat. Ce qui est loin d'être sans conséquence sur la culture elle-même. En particulier, dans la mesure où, comme le dit la Constitution, la langue de l'Etat est le français. Il ne s'agit pas simplement de la culture d'ailleurs. Mais de l'enseignement, des médias, ...
Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas d'un côté l'argent propre, celui de l'Etat, et de l'autre l'argent sale, celui des capitalistes. Ce serait trop facile.
L'Etat est déficient dans la défense des cultures minoritaires, pourtant en danger, cultures qu'au mieux il tolère du bout des lèvres, et encore. L'Etat n'est pas neutre, culturellement parlant.
Les écoles bilingues au Pays Basque, en Bretagne, etc., sont nées d'une déficience de l'Etat français. Déficience qui n'est pas due à de la négligence ou à de l'inattention, mais à un parti pris idéologique.
Ce n'est pas qu'une question d'argent : l'histoire de la Bretagne est exclue de l'enseignement en Bretagne. Ce qui est inacceptable et anti-démocratique. Connaître sa propre histoire est quelque chose de fondamental. Ne pas la connaître, c'est être aliéné.

- jacobinisme = totalitarisme ou fascisme : là tu fais exactement la même chose que Françoise, mais dans l'autre sens ! Comment veux-tu discuter avec ces gens-là si tu pars de l'idée qu'ils sont fascistes ?

=> Je pense qu'il y a à l'origine des tendances «totalitaristes» et «fasciste» dans le jacobinisme. Le jacobinisme consiste à faire table rase du passé pour instaurer un homme nouveau, appelé «citoyen» (ce sera «camarade» dans l'univers communisme). On supprime les anciennes «provinces» qu'on remplace par des départements, on supprime l'ancien calendrier, qu'on remplace par un nouveau (brumaire, vendémiaire, ...) On cherche à supprimer l'ancienne religion pour la remplacer par une nouvelle : la religion de l'Etre suprême. On décide d'imposer une langue unique et de supprimer toutes les autres.
Pour moi, il s'agit là d'un programme fasciste (un fascisme bourgeois ?). Et il en reste des traces fortes aujourd'hui, en particulier dans l'attitude à l'égard des langues minoritaires.

Un Etat démocratique doit être neutre (ou égalitaire) culturellement parlant, et défendre toutes les langues et cultures, et plus particulièrement les plus fragiles et les plus menacées. L'Etat français fait exactement l'inverse ! C'est grave !

Je défends les valeurs démocratiques et les cultures minoritaires, et je considère que c'est aux jacobins de se soumettre à ces valeurs, pas à ces valeurs de s'accommoder des desiderata des jacobins. La seule question que j'ai envie de poser à un jacobin c'est : être vous un démocrate, ou pas ? (et pas de marchander sur ce qu'il veut bien accepter ou pas dans ma culture).

Le jacobin est un nationaliste, qui défend l'indivisibilité de l'Etat français (indivisibilité qui a pourtant beaucoup changé depuis deux siècles !), et qui considère que les cultures minoritaires sont une menace pour cette indivisibilité, et qu'en conséquence, elles doivent se sacrifier (avec son aide !) et s'immoler sur l'autel de l'indivisibilité.

Je reprends l'extrait de Beck :

- "Observons d'abord le fait que la France perdure sur une construction politique originale en Europe (Etat unitaire vs. fédéralisme) qui rend certaines évolutions indépassables sans une remise en cause profonde d'éléments fondamentaux de notre identité nationale et de notre contrat social.

- «qui rend certaines évolutions indépassables» : qu'est ce qu'il faut comprendre ? La disparition des cultures minoritaires ?
- «notre identité nationale» : définie par qui ?
- «notre contrat social» : la sécurité sociale a été instaurée par Bismarck en Allemagne, et seulement en 1945 ou 46 en France !
Le modèle sociale en France est comparable à celui des autres pays européens, il n'est en rien précurseur ou supérieur. On peut considérer que le modèle danois, par exemple, lui est supérieur.

- Reconnaissons ensuite que les régionalistes, en dernière analyse, ont toujours et partout les mêmes aspirations finales : l'autonomie linguistique, culturelle et bientôt économique."

D'où la politique jacobine, étouffer les langues minoritaires pour éviter de faire naître des volontés autonomistes !
Comme lot de consolation, on peut garder notre kouign-amann, nos costumes, nos danses et nos églises ! Si c'est pas du mépris, ça y ressemble.

Voilà. J'ai été beaucoup trop long, mais si ça peut faire avancer le schmilblick

Écrit par : Alwenn | 05/03/2008

Salud dit malo !
Un draig a zo da resisaat d'am meno er pennad (n'eo ket gwall dra met evit al lennerien na ouezfent ket) : reiñ a rez ul liamm er frazennn "Vous pouvez aussi lire un texte en faveur de ce livre," An destenn-se zo bet savet gant an embanner e-unan, hag an embanner hepken en deus dibabet an istitl "l'hermine contre la croix gammée" evel respont da levr Georges Cadiou "L'hermine et la croix gammée". Setu tout !

Écrit par : Milio | 05/03/2008

Pour (tenter de) clore le débat...

1. On est d'accord. Pessimistes mais pas fatalistes. Même si la discussion semble difficile, ça vaut le coup d'essayer.

2. D'une part, je pense que la LCR n'a plus grand chose à voir avec les principes de base du trotskisme, et le projet de nouveau parti encore moins (en témoigne le gros débat entre la fraction de LO et la LCR sur le fait que le "nouveau parti" n'assumerait même pas le terme "révolutionnaire" dans son intitulé, de peur de choquer les bonnes volontés rasionnables des associations)

D'autre part, si je te conseille de discuter avec un troskiste, c'est parce qu'en général ils sont sérieux et carrés. Même si on peut le reprocher pour des raisons politiques, le fait qu'il faille avoir subi une "formation" pour être accepté à LO a au moins le mérite de faire que les militants sachent un peu de quoi ils parlent. L'idée, c'est que plus tu prendras un interlocuteur que tu auras du mal à contredire, plus ta conversation sera intéressante. Si tu prennais un neuneu de base qui se trouve aussi être jacobin, juste pour le démonter en 2 secondes pour pouvoir dire "mes arguments valent mieux que le jacobinisme", ça ne semblerait pas très honnête. D'une manière générale, si l'on est honnête et curieux, on cherche plutôt à discuter avec des "ennemis" conséquents, et la formation des troskistes les rend suffisament conséquents là-dessus. Voilà le pourquoi.

3. Là tu es déja rentré(e) dans le débat. Même si ce sont des questions qui m'intéressent, le but de l'article étant avant tout de dire tout simplement que le débat est possible (car c'est déjà beaucoup à accepter pour certains), puis esquisser vaguemment les quelques questions qui se posent habituellement lorsqu'on aborde ces sujets. Bien sûr, souligner l'existence de ces questions donne tout de suite envie d'en débattre, mais ce n'était pas le but au départ, ou du moins pas comme ça, en trois lignes de commentaires sous un article déjà fort long.

4.
- Le "corporatisme" : c'est une question de mots. Comme tout mot il est polysémique, dans ce contexte particulier il correspond à ce qu'en disent les trostkistes à ce sujet, et non au sens commun du dictionnaire.

- La dénonciation de Locarn, du capitalisme, ou de l'instrumentalisation : je dis simplement que Locarn ou l'instrumentalisation d'une culture à des fins mercantiles ne sont que l'effet de système économique dans lequel nous vivons, et que plutôt que de focaliser sur les effets, mieux vaut s'en prendre aux causes : le système économique en lui-même. Quel que soit le type d'instrumentalisation en question, j'ai envie de dire que c'est une question somme toute secondaire en rapport aux vraies questions à se poser.

- La question de l'argent de l'État : ce que répondrait un troskiste, c'est que la solution, lorsque l'État est déficient, ce n'est pas d'offrir quelques palliatifs locaux qui seront toujours insuffisants et ne serviront toujours qu'à leurs bénéficiares, mais qu'il faut changer l'État pour qu'il comble ses insuffisances. Conséquences de cette position : plutôt que de dénoncer le fait que l'argent vienne de l'État, un trostkiste répondrait qu'au contraire, l'État doit donner encore plus, mais qu'il doit aussi être dirigé par les travailleurs pour avoir les bonnes valeurs.

- Si le jacobinisme était ce que tu décris, je pense que beaucoup moins de monde serait jacobin. Il existe d'autres versions du jacobinisme moins caricaturales que celles que tu dresses, certaines avec lesquelles il vaut le coup d'essayer de parler (pas forcément pour être d'accord à la fin), notamment certaines critiques devant lesquelles un militant pour les cultures régionales peut effectivement être mis en difficulté. Si l'on en reste à des postures hystériques et violentes comme celles de Françoise Morvan, nul doute qu'il n'est pas difficile de les rejeter, mais si l'on parvient à trouver quelqu'un de raisonnable et posé avec qui le débat est possible, crois-moi c'est déjà beaucoup plus dur d'avoir le dernier mot.

Écrit par : Malo-net | 12/03/2008