28/06/2008
À propos de la redadeg...
Qu'est-ce que la redadeg ? Cela signifie "course" en breton. C'est une grande course de relais sur quelques centaines de kilomètres, partie de Nantes et arrivée à Carhaix, organisée en faveur de la langue bretonne. Le principe est simple : chaque kilomètre de la course est acheté par des individus, des associations, entreprises, etc., qui ont le droit de courir, sur le kilomètre en question, avec le bâton du relais à porter. N'importe qui peut aussi courir gratuitement, sans le bâton. C'est une opération qui offre une grande visibilité médiatique à la cause de la langue bretonne et permet de ramener de l'argent. Elle est inspirée du modèle de la Korrika, au pays basque. Elle a suscité un réel engouement pour sa première organisation cette année. Moi-même j'ai couru un kilomètre, sur une route de campagne dans le trégor à minuit moins le quart. L'argent récolté servira cette année à sortir Diwan (écoles en breton pratiquant l'immersion linguistique) de ses difficultés financières.
Jusqu'ici, tout va bien. Alors, qu'est-ce que j'ai à dire sur la redadeg ? Encore une critique ? Pas exactement, mais presque. Qu'est-ce que c'est, presque une critique ? En fait, le même type de critique que celui qu'on peut adresser à tout type d'action humanitaire en général : elle fournit une béquille face aux insuffisances de l'État.
Commençons par le commencement : qu'est-ce qui a amené certains à ressentir le besoin d'organiser une redadeg ? Principalement, le manque d'argent. La redadeg a en effet permis, comme nous l'avons dit, d'engranger une comme d'argent non négligeable. Mais qui aurait du donné cet argent ? L'État, à partir d'un système équitable (un mot à la mode, en ce moment...) de répartition des richesses que l'on nomme l'impôt, et qui permet à chacun de contribuer à la bonne marche de a société selon ce qu'il peut donner. Si l'argent était venu de l'État, la somme donnée à la langue bretonne par chacun aurait été proportionnelle à ce qu'il était en mesure de donner : nous aurions été en situation d'équité. Au lieu de cela, puisque l'État n'a pas donné d'argent, qui est-ce qui l'a donné ? Des individus, des associations pour la promotion de la culture, et des petites entreprises locales ayant une sensibilité culturelle : pour la plupart, des individus qui ne gagnent pas beaucoup et qui ont déjà l'habitude de donner une part considérable de leur temps et de leur énergie à notre culture. Pendant ce temps-là, l'argent des grands trusts continuait de rentrer dans les poches des actionnaires.
C'est là le problème de toute entreprise caritative en général : pour pallier les insuffisances de l'État, on demande aux plus vertueux de donner encore un peu plus qu'ils n'ont déjà donné. En fin de compte, c'est le smicard altruiste qui ponctionne sur son salaire pour la juste cause alors que le P-DG voit ses charges continuer à baisser.
Dans notre cas s'ajoute une donnée supplémentaire : si l'argent provient de l'État, cela signifie qu'il est reconnu comme quelque chose de légitime que la France contribue financièrement au maintien des cultures locales. Symboliquement, ce n'est pas neutre : chaque subvention publique est en même temps la reconnaissance d'une certaine utilité publique. Au lieu de cela, si les individus se débrouillent d'eux-mêmes pour recueillir l'argent qui leur manque, l'opinion est libre de considérer qu'il s'agit d'un petit groupe qui agit pour ses petits intérêts privés, comme le font les écoles catholiques, le Front National en ce moment, etc.
Est-ce qu'il faut critiquer ces actions, et la redadeg notamment, pour autant ? Bien sûr que non. Dans le contexte actuel, puisque l'État ne donne pas d'argent, et la tendance est à la baisse de l'impôt progressif au profit d'impôts inégalitaires comme la TVA, TIPP, et diverses taxes à la consommation courante, il faut bien trouver soi-même l'argent qui manque. De plus, la redadeg n'aura sûrement pas eu qu'un effet financier : on peut espérer qu'elle aura contribué à diffuser l'image d'une culture bretonne vivante, joyeuse et ouverte. En ce sens, elle aura eu des effets positifs sur l'opinion publique que n'aurait sûrement pas eu une ponction fiscale...
Alors saluons le succès de la redadeg, félicitons les organisateurs et participants, réjouissons-nous de son déroulement, mais surtout n'en souhaitons pas de nouvelle ! La redadeg, avant d'être le signe du dynamisme culturelle breton, est avant tout le signe du mépris centraliste qui nous est affiché, de la misère d'une politique de droite qui ne subventionne pas le maintien de la diversité culturelle, et des petites débrouilles que l'on en vient à mettre en œuvre pour le combler. La redadeg est en même temps un évènement enthousiasmant et le symbole morbide de notre déconsidération bureaucratique. En tant qu'évènement, elle doit être saluée, mais en tant que symbole, elle doit être prise pour ce qu'elle est : un palliatif. La redadeg est la manière dont quelques militants vertueux tentent tant bien que mal de soigner la maladie qu'est la désaffection de notre langue par les autorités. À tout choisir, je préfère tenter d'éliminer la maladie que de développer un médicament. Mais bien sûr, tant que la maladie est là, je prends le médicament, et je fais ce que je peux en sa faveur. Mais je n'oublie pas qu'il s'agit d'un médicament.
N'oublions pas que la redadeg est un médicament, et voyons le symptôme morbide qu'elle tente d'atténuer.
20:50 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, breton, bienfaisance, humanitaire, impôt, redadeg
Bernays (V) : Conclusion
Série Bernays, partie V, (I II IIV IV).
V.I. Quel est le monde que nous préparait Bernays ?
À mon avis, l'image même du monde organisé selon les vœux et les méthodes de Bernays, c'est Le meilleur des mondes, celui du roman d'Aldous Huxley. Voici plusieurs points saillants :
- L'utilisation de la psychologie pour comprendre le fonctionnement de l'humain, générer en lui les désirs que l'on veut qu'il ait, et neutraliser les déviances : dans Le meilleur des mondes, on retrouve clairement ces tendances : le conditionnement néo-Pavlovien pour faire associer certaines émotions à certains objets aux individus, pour qu'ils aient les goûts pour lesquels ils sont prédestinés, les maximes hypnopédiques répétées aux enfants pendant leur sommeil pour qu'ils intériorisent l'ordre social, etc.
- L'exhortation à la consommation perpétuelle : avec ce slogan que l'on répète hypnopédiquement : "mais les vieux habits sont affreux, nous jetons toujours les vieux habits", "plus on reprise, moins on se grise; plus on reprise, moins on se grise; plus on reprise, moins on se grise", "mieux vaut finir qu'entretenir; mieux vaut finir qu'entretenir; mieux vaut finir qu'entretenir;", "comme j'aime avoir des vêtements neufs ! comme j'aime avoir des vêtements neufs ! comme j'aime avoir des vêtements neufs !"
- Le sacrifice de toute les autres dimensions de l'humain au profit de celle de la satisfaction de son désir : comme le slogan "happyness machines" de Bernays résonne bien avec les propos de Mustapha Menier !
Il y a aussi, bien sûr, des grosses différences entre le meilleur des mondes et celui de Bernays. Alors que le monde de Bernays repose sur l'entretien permanent de la frustration, celui d'Huxley repose sur sa suppression : ne jamais resentir de manque, consommer du soma en cas de tristesse, ...
Il est intéressant de savoir qu'Aldous Huxley a beaucoup travaillé sur les stratégies de manipulation des masses. Son livre, Retour au meilleur des mondes, fournit une bonne occasion de faire un pont entre Le meilleur des mondes et Propaganda.
V.II. Pourquoi Bernays est-il beaucoup plus dangereux que Sarkozy ?
Plutôt que de toujours parler de Sarkozy, mieux vaudrait parler de Bernays et de ses comparses. Pourquoi ? La raison est simple : vaut-il mieux penser que, si tout va mal dans ce monde, c'est de la faute à un méchant monsieur, ou a des processus économiques qui se sont généralisés et des manières d'agir qui ont été intériorisés par la majorité de la population ? Vous devinez quelle réponse je préfère.
Sarkozy n'est qu'un pantin, une marionnette, au service d'intérêts qui le dépassent largement et qu'il ne comprend sûrement même pas. Le seul véritable danger qu'il représente est qu'il sert d'écran à la critique politique : son rôle est de couvrir l'ensemble de la surface médiatique pour que toutes les critiques fusent sur ses actions anecdotiques et spectaculaires (ses montres en or et son "casse-toi pauvre con !"), pendant que, derrière, certains propagent la véritable politique réactionnaire en modelant nos désirs et nos actions. Sarkozy est une diversion déstinée à nous empêcher de nous intéresser à des gens comme Bernays et à tenter de lutter contre eux.
Bernays, au contraire, a été l'artisan de la propagation du système tel qu'on le connaît actuellement. Bernays a eu énormément plus d'influence sur notre siècle que n'importe quel politicien, puisqu'il a façonné les manières d'agir de la masse. Observons rapidement les changement que lui et ses collègues ont introduits dans notre siècle :
- D'un point de vue très concret, il a poussé au développement de l'industrie dans les pays riches : il fallait que celle-ci trouve un désir de consommer chez les masses pour pouvoir écouler sa production et prospérer. Si les gens avaient continué à consommer comme il y a cent ans, non pas qualitativement (consommer les mêmes produits et se priver des avancées de la science), mais quantitativement (consommer autant de produits, avec les mêmes critères de durabilité, mais des produits qui peuvent être issus des avancées technologiques), les industries n'auraient tout simplement pas pu se développer comme elles l'ont fait, la majorité de la population d'une certaine époque n'aurait pas travaillé en usine, certaines avancées qualitatives n'auraient pas vu le jour, le paysage et l'urbanisme n'auraient pas été les mêmes, etc. Le développement du désir de consommer toujours plus de produits industriels chez les masses a été un des leviers qui ont façonné le monde tel qu'il est aujourd'hui.
- Du point de vue des représentations qu'ont les acteurs sociaux, son rôle a été considérable : il a généralisé l'idée que le bonheur s'épanouissait dans la consommation, celle que la bonne santé de la démocratie reposait sur l'industrie, celle que les masses sont soumises à des pulsions irrationnelles qui obligent à les gouverner sans qu'elles s'en rendent compte, et d'une manière générale, a développé l'attitude consumériste. L'attitude consumériste est celle de l'individu qui se comporte désormais en client non seulement dans un magasin, mais aussi par ce qu'il demandes aux politiques, la manière dont il agit dans son cercle privé, dans un mouvement social, etc. Ces représentations sont d'autant plus indécrottables aujourd'hui qu'elles sont désormais perçues comme des évidences, or on le sait bien : plus une idée est évidente, moins on s'arrête sur elle pour l'examiner.
(Res)Sources :
- Propaganda, le livre de Bernays qui expose les principes de sa stratégie, est disponible sur internet, en français (voir aussi le bonus) et en anglais. La traduction française comporte une bonne préface de Normand Baillargeon dont sont tirées un certain nombre d'informations de cet article. Elle comporte en outre une bibliographie et "internetographie" très complètes. Il est aussi possible de l'acheter en librairie.
- Citons aussi deux émissions de §§là-bas si j'y suis§§ consacrées à Bernays, à télécharger sur internet : Propaganda, d'Edward Bernays, Chomsky et Cie (2), et Petit cours d'auto-défense intellectuelle.
- Il existe aussi un excellent documentaire (en anglais malheureusement) /Century of the Self/, d'/Adam Curtis/. Seuls les deux premiers volets concernent Bernays, mais les deux autres aussi sont excellents. Bon nombre d'informations présentes dans cet article viennent de ce documentaire, elles ont été ici traduites en français et mises à l'écrit pour ceux que la compréhension orale de l'anglais rebuterait.
- Le tome 1 concerne exclusivement la vie de Bernays jusqu'à la seconde guerre mondiale.
- Le tome 2 concerne le développement des relations publiques aux États-Unis après la seconde guerre mondiale, les considérations politiques sous-tendues par ses promoteurs (notamment Bernays), la vision d'Anna Freud sur l'utilisation de la psychanalyse pour le contrôle de l'individu.
- Le tome 3 concerne le mouvement de contestation du consumérisme comme produit des relations publiques à partir de 1968 et plus tard, puis la manière dont ces revendications ont été finalement récupérées par les publicitaires et autres contrôleurs des masses.
- Le tome 4 concerne la manière dont cette vision du consumérisme a forgé un individu consommateur au détriment de l'individu citoyen, et comment la gauche anglaise et américaine, en voulant s'adapter à cette nouvelle personnalité, s'est fourvoyée dans une conception clientéliste de la politique qu'elle ne parvient plus à dépasser aujourd'hui.
- Vous trouverez quelques articles sur Bernays, notamment ici, et ici. On trouve aussi des choses sur le bog de Normad Baillargeon, notamment sa préface de Propaganda (la même que sur Zones) et un extrait du film Chomsky et Cie où il parle de Bernays.
- Enfin, certaines informations ont été glanées ça et là sur internet, notamment sur wikipedia.
14:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bernays, psychanalyse, propagande, relations publiques, freud, consumérisme, tabac
07/05/2008
Bernays (IV) : une lecture de Propaganda
Ce texte est la suite de Bernays (IIV) : De Freud à Bernays
« La propagande ne cessera jamais d'exister. Les esprits intelligents doivent comprendre qu'elle leur offre l'outil moderne dont ils doivent se saisir à des fins productives, pour créer de l'ordre à partir du chaos. »
Propaganda est un livre dont je vous conseille la lecture. Il est truffé d'anecdotes intéressantes (de la guerre du dentifrice aux soirées de la femme de présidents de banques en passant par l'industrie du velours, ou l'engouement pour les pianos) et facile à lire. Il est disponible gratuitement sur internet.
Bernays a plus d'un tour dans son sac : en même temps qu'il a pour but de convaincre les industriels de l'efficacité de la propagande pour la manipulation des masses, il doit assurer envers le grand public la crédibilité de son entreprise, sans quoi elle perd toute efficacité. Il doit donc montrer qu'elle est efficace d'une manière qui la rend encore plus efficace. Pour s'y prendre, il fait de la propagande au carré, de la propagande pour la propagande : il s'efforce de nous démontrer son utilité social et son caractère émancipateur, alors même qu'elle devra servir à aliéner les masses pour servir les intérêts de ceux qui sont déjà les plus puissants. C'est cette contradiction qui donne un ton si particulier au texte : sous les formulations les plus candides se cachent les projets les plus inavouables, les fantasmes les plus dominateurs, les opinions les plus élitistes (cf. le chapitre 7 sur le rôle des femmes en politique : derrière des phrases prétendant concéder à la femme le droit de participer elle aussi à la politique se cache en fait un machisme féroce qui ne l'autorise qu'à s'occuper de la décoration des jardins publics et la santé des nouveaux-nés.). On retrouve toujours cette contradiction chez Bernays : comment faire l'éloge de quelque chose (la démocratie, la femme) pour mieux le renverser.
Cette page présente quelques extraits saillants de l'état d'esprit de Bernays, en même temps qu'un résumé des chapitres qui s'en tient aux arguments et non aux exemples. Si elle peut contribuer à vous donner envie de lire le livre, et vous permettre de le faire avec un certain œil critique, je serai content. bien souvent, je ne fais que synthétiser ce que dit Bernays lui-même, considérant que le lecteur est assez grand pour faire lui-même sa critique. Mais ce n'est pas parce que je ne critique pas que je suis d'accord...
I. Organiser le chaos
« Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »
La société d'aujourd'hui (les États-Unis en 1929) serait devenue tellement complexe que, même si nous vivons en démocratie, nous sommes obligés de nous soumettre à des gens haut placés chargés de nous dire quoi faire.
Par exemple, on ne pourrait pas s'y retrouver si on avait à choisir entre des milliers de candidats individuels aux élections, il faut faire confiance à un parti pour qu'à la fin il n'en reste plus qu'entre deux et quatre à élire. De même, on ne peut comparer soi-même les prix et qualités de milliers de versions concurrentes qui nous sont proposées d'un même produit : nous devons faire confiance aux propagandistes.
Une société aussi complexe que la notre ne peut se passer de gens pour choisir à la place du peuple ce qu'il devra choisir. Bien sûr, cela peut mener à quelques dérives, mais c'est le prix à payer pour que quelques personnes mettent de l'ordre dans le chaos de notre société.
II. La nouvelle propagande
« Il est désormais possible de modeler l'opinion des masses pour les convaincre d'engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. »
La propagande est simplement une technique qui vise à influer sur l'opinion de la majorité, pour la faire aller en direction des désirs d'une minorité. Le terme a acquis une connotation négative après la première guerre mondiale, pourtant ce qui est à blâmer n'est pas la propagande en-soi, mais les cas où l'on en fait un mauvais usage.
La propagande peut donc aussi être utilisée à bon escient, par exemple pour convertir les mentalités à des causes progressistes, pour sauver une industrie de la faillite et par conséquent les emplois qui y sont liés.
Aujourd'hui la propagande est partout, elle est utilisée par tout le monde dès lors qu'il s'agit d'entreprendre une action. C'est la structure actuelle de la société qui rend nécessaire le recours à la propagande, puisque l'adhésion de la population est nécessaire pour tout grand projet. Vouloir blâmer la propagande en elle-même serait donc un non-sens.
IIV. Les nouveaux propagandistes
« Qui sont les hommes qui, sans que nous en ayons conscience, nous soufflent nos idées, nous disent qui admirer, et qui mépriser, ou ce qu'il faut penser de la propriété des services publics, des tarifs douaniers, du prix du caoutchouc, du plan Dawes, de l'immigration ? qui nous indiquent comment aménager nos maisons et comment les meubler, quels menus doivent composer notre ordinaire et quel modèle de chemise il est de bon ton de porter ? ou encore les sports que nous devrions pratiquer et les spectacles que nous devrions voir, les œuvres de bienfaisance méritant d'être aidées, les tableaux dignes d'admiration, les argotismes à glisser dans la conversation, les blagues censées nous faire rire ? »
Ceux qui font l'opinion et les goûts sont les individus jouissant d'un certain prestige (politiciens connus, vedettes, ...). Mais ces mêmes individus suivent les conseils ou les ordres d'autres personnes vivant dans l'ombre (conseillers, ...), qui constituent le véritable gouvernement invisible.
« Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d'êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d'habiles personnages agissant en coulisse.
Plus important encore, nous ne réalisons pas non plus à quel point ces autorités façonnent à leur guise nos pensées et nos comportements. »
Du fait du coût de ces opérations de façonnage de l'opinion, seuls les individus ou entreprises possédant déjà un certain pouvoir ont les moyens de se les offrir. De plus en plus, ils font appel à des individus dont c'est le métier, qui maîtrisent déjà les canaux de l'information : les Conseillers en Relations Publiques.
Ceux-ci ne se contentent pas d'élaborer un slogan pour qu'il paraisse aguicheur, comme un simple propagandiste. Leur tâche principale consiste à évaluer le terrain des opinions, soit savoir ce qui est bien vu et ce qui est mal vu au sein d'un groupe social donné, afin de conformer l'image de son client à l'image qu'a le public de ce qui est considéré comme bien. D'une part le conseiller en relations publiques doit faire en sorte que l'offre de l'industriel corresponde vraiment à la demande formulée par ses clients, d'autre part il doit faire en sorte que les clients trouvent un intérêt dans ce qu'offre l'industriel.
Du fait de sa position, le conseiller en relations publiques ne peut pas être malhonnête, ni en faisant le choix de défendre des clients immoraux, ni dans les techniques qu'il emploie, puisque sa marge de manœuvre provient précisément de sa crédibilité, et qu'il ne peut pas se permettre de remettre celle-ci en question.
IV. La psychologie des relations publiques
« D'où, naturellement, la question suivante : si l'on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu'elles s'en rendent compte ?
La pratique de la propagande a récemment prouvé que c'était possible[...] »
La psychologie des foules montre que celles-ci ne se comportent pas exactement comme les individus isolés. Pour autant, chaque individu isolé possède toujours en lui sa part de "membre d'une foule" et se comporte toujours en tant que tel. L'appartenance à une foule n'est donc pas le fait physique de se trouver en compagnie d'autres personnes, mais le fait psychique de se comporter aussi selon des pulsions grégairement motivées.
Il est possible de dégager les grands traits d'un comportement au sein d'une foule : les individus auront tendance à imiter un leader en qui ils ont confiance. Elle peut prédire qu'un certain type d'évènement a certaines chances de susciter un certain type de réaction, mais demeure incertaine car elle ne peut pas prendre en compte la totalité des évènements qui interagissent pour former le jugement.
Lorsqu'un individu fait un choix (acheter une voiture, des actions, ...), il existe toujours une raison explicite qu'il invoque et qu'il croit être la seule raison de son choix car c'est la seule à laquelle il a accès. Mais il existe aussi des raisons implicites, inaccessibles à l'individu, qui concernent sa relation au désir et à sa frustration, et la manière dont il associe tous les actes de sa vie quotidienne à ce désir.
« Selon le schéma en usage autrefois, le fabricant suppliait l'acheteur potentiel : « Achetez-moi un piano, s'il vous plaît ! » Aujourd'hui, le schéma s'est inversé et c'est l'acheteur potentiel qui dit au fabricant : « Vendez-moi un piano, s'il vous plaît. » »
Alors que le propagandiste de la vieille école utilise les techniques behaviouristes de conditionnement (la répétition d'un stimulus, la prise à partie individuelle, ...), le propagandiste de la nouvelle école se fonde sur les travaux de Freud concernant l'association inconsciente des objets avec le désir. Plutôt que de concevoir sa publicité sous forme d'ordres envers ses clients, elle tentera de voir ce qui leur inspire confiance et sympathie (la position du médecin, la noblesse d'une cause, la popularité d'une vedette, ...), puis de faire en sorte que ce sentiment de sympathie soit associé au produit à vendre. Le client aura donc l'impression que c'est de lui-même qu'il va vers le produit, puisque c'est son désir qui le guide vers le produit, et non une injonction à consommer; mais en réalité son désir aura été façonné sans qu'il s'en rende compte par les publicitaires.
V. L'entreprise et le grand public
« Ce type d'argument de vente bien spécifique sera ensuite popularisé par la manipulation des principes bien connus du propagandiste – le grégarisme, la soumission à l'autorité, l'émulation, etc. »
Aujourd'hui, l'entreprise doit se soucier de son image auprès du grand public, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, car certains scandales des années passées ont rendu l'opinion vigilante au comportement des entreprises. Deuxièmement, car la production de masse implique une consommation de masse : plus on produit, plus il faut inciter le client à acheter. Troisièmement, la publicité peut aujourd'hui atteindre une population plus grande et peut l'atteindre plus efficacement. Quatrièmement, les entreprises sont aujourd'hui cotées en bourse, et c'est de leur image que dépendra le choix d'acheter ou de vendre leur actions : une rumeur à leur sujet peut être fatale au cours de leurs actions.
Il existe deux manières principales d'influer la vision qu'un consommateur a d'une entreprise :
« L'interprétation continue répond à la volonté de maîtriser les différentes façons de toucher l'opinion, en sorte de lui faire éprouver l'impression voulue, le plus souvent à son insu. L'exaltation des points forts vise quant à elle à capter l'attention du public pour la fixer sur un détail ou sur un aspect caractéristique de l'entreprise tout entière ; »
Aujourd'hui, l'opinion juge une entreprise sur la qualité de ses produite, mais aussi sur la personnalité de son président, la vie mondaine de sa femme, la qualité de vie de ses employés, etc. Une entreprise doit se conformer aux usages sociaux du public qu'elle cible en adoptant, dans sa manière de communiquer, les valeurs en usage au sein du milieu en question.
Il ne s'agit pas, pour le propagandiste, de dresser un portrait flatteur mais mensonger de l'entreprise, ses produits, son président; au contraire il s'agit d'amener à la connaissance du consommateur un certain nombre d'éléments sciemment choisis. Lorsque le propagandiste promeut un produit en l'associant à la justesse d'une cause sociale, il favorise en même temps un engouement pour cette cause, et ce faisant joue un certain rôle social.
« Le principe voulant qu'il existe un commun dénominateur entre les intérêts du vendeur et ceux des acheteurs peut être décliné à l'infini. » : il est dans l'intérêt de l'entreprise de montrer qu'elle œuvre dans l'intérêt du client.
Aujourd'hui, la concurrence n'a plus lieu simplement entre deux marques qui produisent un même produit, mais entre les produits entre eux, qui se battent pour le portefeuille du consommateur : dépensera-t-il son argent dans une voiture ou un piano ? L'un est en concurrence avec l'autre. De même, l'adoption d'un certain bien ou service peut modifier les habitudes de vie pour pousser à se passer d'un autre type de bien ou de service.
De plus, la concurrence entre produits industriels tend généralement vers une baisse de plus en plus grande des prix, qui n'est finalement pas profitable aux producteurs en concurrence. Pour sortir victorieux de la concurrence, mieux vaut le faire en se démarquant par un argument stylistique particulier plutôt que par l'argument du prix bas. Ainsi, on peut continuer à vendre son produit à son prix de départ.
VI. La propagande et l'autorité politique
« On peut amener une collectivité à accepter un bon gouvernement comme on la persuade d'accepter n'importe quel produit. »
Un des problèmes de la politique actuelle est que les politiciens se sentent obligés de s'inféoder à l'opinion du peuple. Or cette opinion est elle-même façonnée par des personnages influents. En jouant sur ce façonnage de l'opinion, le politicien pourrait la contrôler plutôt que de s'y soumettre : il n'adapterait plus son programme à ce que veut le peuple, mais adapterait ce que veut le peuple à son programme.
Les méthodes de propagande moderne sont nées de la politique, en temps de guerre, puis ont été ré-utilisées et affinées par l'industrie, mais la politique n'a pas su tirer en retour les bénéfices de ces améliorations de la propagande par les entreprises. La politique croit qu'elle peut convaincre en se contentant de discours, sans réaliser qu'elle aurait beaucoup plus d'impact en recourant aux émotions.
Voici la stratégie que devrait suivre un politicien : se fixer un but en sondant le terrain des opinions pour savoir quelle popularité ont les objectifs affichés, puis tendre à rapprocher l'un de l'autre, soit en façonnant l'opinion pour que ses préoccupations en viennent à correspondre au programme, soit en modifiant le programme et le discours pour qu'il s'adapte à la réceptivité du public.
« Ainsi, quelle que soit la manière dont il s'y prenne il réussira à attirer l'attention sur le problème avant de s'adresser en personne au public. Le jour où il parlera à la radio, il n'aura donc pas besoin de marteler ses arguments à ces millions de gens qui ont sûrement d'autres sujets de préoccupation, et pourraient s'offusquer qu'on vienne encore les solliciter. Son discours répondra au contraire aux questions qu'ils se posent spontanément ; il exprimera les attentes et les émotions d'un public déjà en partie gagné à sa cause. »
Les politiciens devraient intégrer de manière plus rigoureuse les frais de relations publiques au sein de leur budget de campagne, mais aussi une fois au pouvoir. Il devrait exister une instance spéciale chargée de veiller en permanence au lien entre le public et les gouvernants.
Non seulement le politicien doit élargir la palette des émotions qu'il entend toucher au sein de son public, mais de plus il doit veiller à ce que l'émotion suscitée soit adaptée et corresponde à un message, un style, faisant partie intégrante de son programme et ses objectifs de communication, qu'il entend transmettre.
Le politicien a tout à gagner en diversifiant les supports sur lesquels il opère sa propagande : aux médias habituels, il peut ajouter l'organisation d'évènements culturels, et tenter de s'adjoindre le support de personnalités diverses de la communauté qui ne versent habituellement pas dans la politique.
« Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la voie, elle doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider. »
VII. La propagande et les activités féminines
« De même que dans la vie privée les femmes complètent les hommes, elles les compléteront dans la vie publique en concentrant systématiquement leurs efforts sur ces objets qu'ils ont tendance à négliger. Un espace immense s'ouvre aux femmes désireuses d'être les protagonistes de nouvelles idées et de nouvelles méthodes dans l'administration politique et sociale du foyer. »
En politique, les femmes ne doivent pas empiéter sur le terrain des hommes, ceci pour deux raisons :
- « Elles ont, dans l'ensemble, des centres d'intérêt et des activités bien à elles, qui s'ajoutent à leurs occupations économiques et professionnelles. »
- « La position que les Américaines occupent aujourd'hui dans la sphère politique est beaucoup plus importante du point de vue de l'influence des divers groupes qu'elles ont constitués que du point de vue de l'autorité individuelle découlant des positions de pouvoir ou des charges qu'elles occupent. La femme politique n'a jamais eu beaucoup d'ascendant, jusqu'à présent, et les femmes en général estiment d'ailleurs que ce n'est pas là le plus important. »
Autrement dit : laissons les hommes s'occuper des choses sérieuses, et laissons-les jouir de leur charisme individuel, qui fait tant défaut aux femmes. Est-ce à dire que les femmes n'ont aucun rôle à jouer en politique ? Bien sûr que non ! Elles sont aujourdh'hui organisées en multiples clubs, groupes et organisation, et en usant des méthodes de la propagande plutôt qu'en faisant réellement de la politique, elles peuvent aussi avoir une influence.
« Aussi étonnant que cela paraisse, il était somme toute logique que les dernières recrues du monde politique s'emparent des armes neuves de la persuasion pour contrebalancer leur inexpérience dans ce qu'on appelle, par euphémisme, la « pratique » politique. »
Attention, comme nous l'avons dit plus haut, elles ne doivent pas traiter des sujets sérieux dont traitent les hommes. Par contre, il leur est tout à fait loisible de prendre des initiatives dans les domaines qui les concernent : la protection maternelle et infantile, l'assistance sociale, ...
« D'une portée très large, elles vont de la protection des enfants aux tâches domestiques, en passant par l'éducation, la cherté de la vie, les rémunérations des métiers féminins, la santé et la moralité publiques, l'émancipation civique et juridique des épouses, etc. »
Les femmes sont aussi jugées compétentes pour s'occuper politiquement de tout ce qui a trait à la vie du foyer, à l'art, la musique, et la littérature, « à la santé et à l'hygiène ; à l'approfondissement des connaissances artistiques ; à l'adoption de lois visant à améliorer le sort des femmes et des enfants ; à l'aménagement de terrains de jeu et à l'embellissement des jardins publics ; à la moralité sociale ou politique ; aux tâches ménagères et à l'économie domestique ; à l'éducation, et ainsi de suite. »
Parmi les actions glorieuses qu'elles peuvent commettre : l'organisation de cours de cuisine, le soutien à un mouvement pour la distribution de lait dans les écoles, ou l'ouverture d'un centre de soins pour les enfants en bas âge, le soutien à une radio locale pour qu'elle passe de la musique de qualité, l'organisation d'expositions ou de dissertations, ... Bref, les questions cruciales de la vraie politique, quoi !
IIX. La propagande au service de l'éducation
« La prospérité d'une université d'État dépend en définitive de sa capacité à se vendre à ses bailleurs, autrement dit à la population de l'État. »
Le système éducatif se trouve face à un dilemme : d'une part, il joue un rôle très important et il conviendrait de le doter de moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. D'autre part, il souffre d'une certaine déconsidération au sein de la population et des chefs d'entreprises, et c'est la raison pour laquelle il n'obtient pas les fonds nécessaires.
Ceci vient d'une mauvaise vision du système éducatif par les deux partis : à l'extérieur de celui-ci, les critères de "ce qu'est une vie réussie" poussent à admirer beaucoup plus un cadre qu'un professeur, qui gagne peu; et à l'intérieur-même de celui-ci, les professeurs vivent dans une forme de mépris de l'argent et négligent la nécessité d'être bien perçus pour pouvoir attirer des fonds et enseigner correctement.
« La formation qu'ils reçoivent dans les écoles normales devrait les amener à réaliser que leur tâche comporte en fait deux volets : l'enseignement à dispenser aux élèves en tant que professeur, et l'enseignement à dispenser à l'opinion en tant que propagandiste. »
Les établissements d'enseignement devraient donc pratiquer la propagande en faveur de l'éducation en général, et d'eux-mêmes en particulier, en jouant sur leurs particularités. Telle Université a-t-elle mauvaise presse ? Soit cette mauvaise presse n'est pas justifiée, et alors la corriger ne pose aucun problème, soit cette mauvaise presse est justifiée, et l'Université doit alors elle-même se corriger pour se conformer aux attentes de la population.
« Considérée sous l'angle de l'éthique, la propagande entretient avec l'enseignement le même rapport qu'avec l'entreprise ou avec la politique. Elle peut, c'est vrai, être dévoyée, utilisée pour flatter la réputation d'une institution et lui conférer dans l'opinion une valeur artificielle. Rien ne permet de garantir qu'elle ne sera pas abusivement employée. »
IX. La propagande et les œuvres sociales
« Autrefois, c'étaient les chefs de tribu, les rois, les dignitaires religieux qui créaient ou modifiaient l'opinion publique. Aujourd'hui, tout le monde partage ce privilège. »
La propagande est nécessaire non seulement à la propagation des idées humanistes mais aussi à la levée de fonds par les plus riches pour les œuvres sociales.
« En réalité, toutes les activités de nature sociale relèvent de la propagande. [...] En définitive, le service social peut être défini comme une propagande humaniste. »
Elle permet de diffuser les idées progressistes qui amélioreront la vie de demain. Sans elle, l'évolution l'opinion publique se heurte à l'inertie des idées. Elle permet à n'importe qui ayant une démarche altruiste de communiquer son message au public.
X. L'art et la science
« Les industriels n'ont donc pas d'autre solution que de créer dans de nombreux secteurs des conditions concurrentielles fondées sur des valeurs esthétiques. Des entreprises de tous ordres capitalisent sur ces valeurs ; elles capitalisent sur le sens du beau pour s'ouvrir des marchés et augmenter leurs bénéfices. Ce qui revient à dire que l'artiste a maintenant l'occasion de collaborer avec l'industrie et de cultiver ce faisant le goût du public, d'injecter de la beauté en place de la laideur dans des articles d'usage courant, et d'y gagner par-dessus le marché de la reconnaissance et de l'argent. »
L'art peut aujourd'hui s'allier à l'industrie pour être mieux diffusé. Il constitue une valeur ajoutée sur les produits qui leur procure un avantage concurrentiel, leur permettant ainsi de mieux se vendre, et favorisant l'éducation esthétique du peuple.
La propagande artistique consiste à rendre médiatiquement visible un évènement où des personnalités reconnues vanteront les mérites d'un certain type de produit dans un cadre artistique glorieux. Ceci aura pour effet d'éduquer le peuple à apprécier ce qui leur sera suggéré par les autorités reconnues, au travers des médias.
Les musées aussi peuvent user de la propagande pour inciter les gens à les fréquenter. Mais le principal but de la propagande pour les musées doit être de façonner les goûts en conformité avec ce qu'ils y représentent.
« Pourquoi n'instituerait-il pas un haut conseil des arts, chargé de préciser les règles du beau dans la décoration intérieure, en architecture et dans la production commerciale ? »
« Ce qui vaut pour l'art vaut également pour la science, pure ou appliquée. La première fut longtemps protégée et couvée par des sociétés savantes et des associations scientifiques. Aujourd'hui, l'industrie aussi la soutient et l'encourage. Bien des laboratoires de recherche théorique abstraite sont désormais rattachés à une grande entreprise, qui n'hésite pas à consacrer des centaines de milliers de dollars à ces hautes études scientifiques, dans l'espoir qu'elles débouchent un jour sur une invention ou une découverte en or. »
La science et l'industrie gagnent à collaborer : pour la première, l'industrie lui permet des fonds supplémentaires et la propagation de ses résultats au sein du grand public, pour la seconde, la science est un investissement qui permet de rapporter gros lorsqu'il débouche sur une nouveauté technologique.
XI. Les mécanismes de la propagande
Il existe plusieurs types de supports pour la propagande : notamment les journaux, les conférences, le cinéma :
« Il n'y a pas si longtemps, les rédacteurs de presse s'offusquaient de ce qu'ils appelaient « l'utilisation des colonnes des journaux à des fins de propagande ». [...] Aujourd'hui, [...] il n'est ni dans les attributions ni de la responsabilité d'un journal de garantir que rien de ce qu'il publie ne sert les intérêts de qui que ce soit. [...] Telle est la dure loi de l'actualité. »
« Les conférences n'ont plus tout à fait le même pouvoir de persuasion que jadis, et leur valeur s'est réduite à celle, toute symbolique, d'un cérémonial. La seule chose qui compte, pour les objectifs visés par la propagande, est qu'elles aient lieu. »
L'école est aussi un lieu dans lequel les industriels peuvent promouvoir leur produit (cf. ici et ici ce qu'en pensent les casseurs de pub)« Dans notre monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Il n'a pas son pareil pour propager idées et opinions.
Le cinéma a le pouvoir d'uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. [...] Le cinéma ne sert que les idées et les faits à la mode. »
« La diffusion d'informations scientifiques peut éventuellement passer par l'école. Le fait qu'une entreprise en bénéficie parce que cela contribue à éclairer la nature de ses activités ne condamne pas en soi ce mode de dissémination de l'information, pourvu que celle ainsi traitée ait toute sa place dans les programmes d'étude. Imaginons une boulangerie industrielle qui proposerait à une école des tableaux et des graphiques décomposant le processus de fabrication du pain ; si les explications sont exactes et claires, cette propagande n'a rien de répréhensible, étant entendu que les autorités scolaires auront soigneusement soupesé les qualités pédagogiques de ces documents avant de les accepter. »
Pour finir, en cadeau pour ceux qui sont allés jusqu'au bout, une petite note qui a comme une allure de verité à notre époque... devinez à qui je pense !
La suite : Bernays (V) : Conclusion« La personnalité des dirigeants est un autre instrument de choix de la propagande. La tactique qui consiste à exploiter les traits de personnalité aurait-elle été poussée trop loin ? Il y a lieu de le craindre, au vu des photographies montrant le président Coolidge en grand attirail de chef indien au milieu de guerriers peau-rouge bon teint – images qui marquent le point culminant de vacances abondamment commentées dans la presse. Un personnage public peut devenir absurde si l'on utilise à contretemps le mécanisme qui a contribué à lui donner son ascendant. »
16:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bernays, psychanalyse, propagande, relations publiques, freud, consumérisme



